LA FRANCE LIBÉRÉE

ESPRITS LIBRES - Dominique Voynet n’aime pas la viande française !

 © Élodie R.

Dernièrement Mme Dominique Voynet, dont a pu mesurer depuis des décennies le peu d’empathie qu’elle éprouve envers les Français, vient de nous gratifier d’une sortie que je vous laisse savourer : « Je préfère de beaucoup que ma viande vienne d’Espagne plutôt que du Nord de la France. »

Il existe, dans l’histoire politique française, des responsables dont les erreurs relèvent du mauvais jugement. Et puis il existe des figures plus rares : celles qui auront consacré leur carrière à transformer une conviction militante en politique d’État, au prix d’un affaiblissement durable du pays.

Dominique Voynet appartient à cette seconde catégorie.

Depuis trente ans, son nom demeure associé à une certaine écologie française : doctrinaire, punitive, profondément méfiante envers l’industrie, hostile à la puissance technologique, et souvent indifférente aux conséquences concrètes de ses choix sur la souveraineté nationale.

Son parcours éclaire une mutation plus large : le passage d’une écologie de protection de la nature à une écologie idéologique, parfois animée moins par le souci du réel que par la volonté de déconstruire les fondements industriels du pays.

Une carrière construite contre le nucléaire.

Médecin anesthésiste de formation, Dominique Voynet devient dans les années 1980 l’une des figures montantes des Verts. Très tôt, son engagement se structure autour d’un axe central : la lutte contre l’énergie nucléaire. Cette hostilité n’est ni secondaire ni circonstancielle. Elle constitue le cœur de sa pensée politique.

Candidate à l’élection présidentielle de 1995, puis ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement dans le gouvernement de Lionel Jospin entre 1997 et 2001, elle participe directement à l’installation durable de l’antinucléaire dans le débat public français. C’est durant cette période qu’intervient l’un des épisodes les plus contestés de l’histoire énergétique française : l’arrêt du réacteur Superphénix de Creys-Malville. La fermeture définitive est confirmée par le gouvernement Jospin en 1998, conformément aux engagements pris avec les Verts.

Pour les partisans du nucléaire, cette décision demeure un désastre stratégique. Superphénix n’était pas une centrale ordinaire. Il s’agissait d’un prototype de surgénérateur à neutrons rapides, destiné à ouvrir une nouvelle génération de réacteurs capables d’utiliser plus efficacement le combustible nucléaire et de réduire une partie des déchets à longue durée de vie. Le projet souffrait certes de surcoûts, d’incidents techniques et d’une forte contestation politique. Mais son abandon a également entraîné l’effondrement d’une filière de recherche dans laquelle la France disposait d’une avance mondiale. Beaucoup d’ingénieurs du secteur considèrent aujourd’hui que cette décision a marqué le début du recul stratégique français dans certaines technologies nucléaires avancées.

Il serait excessif de prétendre que Dominique Voynet « a détruit seule » le nucléaire français. L’histoire énergétique d’un pays résulte de décennies d’arbitrages, de gouvernements successifs, de contraintes économiques et de choix industriels.

Mais il serait tout aussi faux de minimiser son rôle.

Dominique Voynet a incarné, légitimé et popularisé une vision selon laquelle le nucléaire français n’était pas un atout stratégique mais une faute historique.

Une écologie de la culpabilité. Le problème dépasse la seule question énergétique. Chez Dominique Voynet, comme chez une partie de l’écologie politique française de cette époque, apparaît une méfiance presque instinctive envers la puissance industrielle nationale.

 L’industrie lourde est suspecte.
La technologie est suspecte.
La croissance est suspecte.
L’État stratège est suspect.

À mesure que d’autres nations consolidaient leurs capacités énergétiques, la France, elle, commençait à douter d’un modèle qui lui avait pourtant assuré pendant des décennies une électricité abondante, relativement décarbonée et compétitive. Cette contradiction demeure l’un des paradoxes les plus saisissants de l’écologie française : avoir combattu avec acharnement l’une des rares énergies massivement décarbonées capables d’assurer une production continue.

Le temps a cruellement rattrapé cette vision.

Au moment où la souveraineté énergétique redevient une question centrale, où l’Europe découvre sa dépendance stratégique, où les prix de l’énergie fragilisent l’économie et les classes moyennes, les certitudes antinucléaires des années 1990 apparaissent soudain moins visionnaires que profondément imprudentes.

Le mépris des territoires productifs.

La phrase attribuée à Dominique Voynet — préférer une viande venant d’Espagne à une viande du Nord de la France — choque parce qu’elle donne le sentiment d’un mépris social et territorial. Qu’elle soit sortie de son contexte ou non, elle réactive une fracture désormais bien connue : celle qui oppose une partie des élites écologistes urbaines aux territoires productifs. Car derrière certaines postures écologiques se cache parfois une forme d’indifférence envers ceux qui produisent réellement : agriculteurs, ouvriers, techniciens, ingénieurs, éleveurs.

Comme si produire était déjà suspect. Comme si transformer la matière relevait d’une faute morale. Comme si la France devait expier son passé industriel.

Or, une nation qui cesse de produire devient rapidement une nation dépendante.

L’énergie, l’agriculture, l’industrie et la souveraineté alimentaire ne sont pas des abstractions idéologiques. Ce sont les fondations concrètes d’un pays libre.

Une carrière intégralement construite dans la sphère publique.

Il existe également une autre contradiction dans le parcours de Dominique Voynet. Pendant des décennies, elle aura dénoncé avec vigueur le modèle productiviste français, l’industrie lourde, les grandes infrastructures énergétiques et une certaine idée de la puissance économique nationale. Pourtant, l’essentiel de sa carrière s’est déroulé à l’intérieur même des institutions publiques.

Députée européenne, ministre, sénatrice, maire, puis inspectrice générale des affaires sociales : Dominique Voynet appartient à cette génération de professionnels de la politique dont l’existence entière s’est déployée dans les structures financées par l’argent public.

Il ne s’agit évidemment pas d’un scandale en soi. Servir l’État est légitime. Exercer des responsabilités publiques est honorable. Mais cette trajectoire éclaire un phénomène plus large : une partie de l’écologie politique française s’est développée à distance des réalités industrielles concrètes.

Très peu d’expérience du monde productif. Très peu de confrontation directe aux contraintes de compétitivité.
Très peu d’ancrage dans les secteurs qui créent effectivement richesse, énergie, exportations et emplois. D’où parfois cette impression d’une écologie administrée depuis les ministères, les cabinets, les collectivités et les institutions, mais déconnectée des conséquences économiques réelles de certaines décisions. Quand une usine ferme, quand une filière décline, quand des ingénieurs partent à l’étranger, quand la dépendance énergétique augmente, les conséquences, elles, sont supportées par le pays réel.

Là réside peut-être le cœur du problème.

Une partie de cette classe politique écologiste n’a jamais véritablement payé le prix des politiques qu’elle défendait.

Le contribuable, l’industrie et les territoires productifs, si.

Une responsabilité historique.

Dominique Voynet n’est évidemment pas seule responsable du déclin industriel français, pas plus qu’elle n’est l’unique cause des hésitations de la politique énergétique nationale. Mais elle représente un moment historique précis : celui où une partie des élites politiques françaises a commencé à considérer la puissance industrielle du pays non comme une force à moderniser, mais comme une culpabilité à réduire.

L’époque actuelle renverse brutalement cette logique. La guerre en Ukraine, les tensions énergétiques mondiales, la compétition technologique avec la Chine et les États-Unis, la nécessité de produire une énergie abondante et stable : tout rappelle aujourd’hui que la souveraineté n’est pas un slogan.

Elle repose sur des infrastructures.
Des ingénieurs.
Des filières.
Des capacités industrielles.
Et sur une vision de long terme.

L’histoire jugera peut-être sévèrement les responsables politiques qui auront affaibli ces capacités au nom d’une idéologie persuadée de détenir la vertu.

Dominique Voynet restera probablement comme l’un des symboles les plus marquants de cette époque.

Non parce qu’elle aurait tout détruit seule.

Mais parce qu’elle aura incarné avec constance une écologie politique qui, au nom du progrès moral, aura parfois contribué à désarmer le pays.

Raphaël Delpard

Date de dernière mise à jour : 21/05/2026

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