
Croissance en berne, chômage orienté à la hausse, déficit public plus important qu’attendu… L’économiste Marc Touati juge la trajectoire budgétaire française de plus en plus fragile. Sur Sud Radio, il estime que le choc pétrolier lié au Moyen-Orient ne fait qu’aggraver une situation déjà préoccupante.
Pour l’économiste Marc Touati, la situation des finances françaises est catastrophique, et pour la décrire il n’a pas mâché ses mots, au micro de Sud Radio mercredi 20 mai. Selon lui, la guerre au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz mettant la pression sur le marché des hydrocarbures ne sont pas la source de nos problèmes. «La catastrophe était déjà là quand le budget était en train d’être fait», a-t-il dit, tout en critiquant la gestion budgétaire du gouvernement, qu’il juge «pas du tout crédible». En effet, la hausse des dépenses publiques et les hypothèses économiques jugées trop optimistes étaient déjà les indices d’un dérapage budgétaire à venir.
Selon Marc Touati, les prévisions de croissance du gouvernement étaient aussi bien trop optimistes. Projetée à 1,2 %, la croissance n’attendra que 0,4 % «dans le meilleur des cas» d’après l’économiste. Et en ce qui concerne le marché du travail, le constat n’est pas plus glorieux, puisque le retour à l’emploi évoqué par le gouvernement n’est finalement pas d’actualité pour l’économiste, et que le chômage repart dans le mauvais sens. Une situation qui avait déjà commencé avant le choc pétrolier, et qui pourrait se dégrader encore dans les prochains mois.
Un déficit public plus élevé qu’annoncé
Pour l’économiste, le déficit pourrait en fait approcher des 6 % du PIB, soit près de 200 milliards d’euros, plutôt que des 5 % initialement visés. «La dette publique va encore exploser», martèle-t-il. Marc Touati insiste aussi le risque de la remontée des taux d’intérêt sur la dette française.
La remontée des taux d’intérêt à 4 % sur la dette française est aussi préoccupante pour Marc Touati, une hausse inédite depuis juin 2009. D’autant qu’elle renchérit mécaniquement le coût du financement de l’État et alourdit encore la facture budgétaire. Plus largement, l’économiste reproche aux dirigeants français leur manque d’anticipation face aux crises économiques.
Pauline Linard-Cazanave