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« La démocratie, c'est le gouvernement du peuple exerçant la souveraineté sans entrave »  Charles de Gaulle

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LA FRANCE LIBÉRÉE 2027

NATION - Non je ne regrette rien…

Edith Piaf - Moulin Rouge

« Non, rien de rien/Non, je ne regrette rien/Ni le bien qu’on m’a fait/Ni le mal/Tout ça m’est bien égal./Non, rien de rien/Non, je ne regrette rien/C’est payé, balayé, oublié/Je me fous du passé ». (Chanson chantée par Edith Piaf ; musique  de Charles Dumont sur des paroles de Michel Vaucaire ).

La belle chanson « Je ne regrette rien » d’Edith Piaf me donne la chair de poule dès que je l’entends. Elle évoque pour moi les accents gutturaux des Légionnaires-parachutistes du 1er REP (1), après l’échec du putsch des généraux d’avril 1961 à Alger. Le bradage de notre Algérie française  est un événement majeur de notre histoire. La France y  a perdu son autosuffisance énergétique et elle a amorcé l’immigration-invasion maghrébine dont notre pays est en train de crever. Et pourtant une grande  majorité de Français n’a pas pris conscience de ce qui se tramait. Certains se réveillent mais je crains qu’il ne soit trop tard. C’est pour cela qu’aujourd’hui, alors que je vais avoir 77 berges, j’ai envie de chanter « Je ne regrette rien » en guise de réponse à tous ces convertis de fraîche date qui se croient obligés de m’expliquer que la France va mal et que l’islam conquérant gagne du terrain.

Mon vieil ami Marcel Bouyer, ancien député de Charente-Maritime et fondateur d’un réseau de l’OAS-Métro, avait coutume de dire « ce n’est pas aux nouveaux convertis de porter la bannière ». Marcel Bouyer était un patriote.  Au même titre que mon père, Jean-Marie Le Pen, François Brigneau ou Roger Holeindre, il a contribué à forger mes engagements et mes convictions politiques. Je n’ai pas attendu que la France soit moribonde pour dénoncer le délitement de mon pays. Emmanuel Macron a été missionné par le Nouvel Ordre Mondial pour euthanasier une nation malade en phase terminale, mais le délitement du pays n’est pas né avec lui. Il a commencé bien avant.

Il y a quelques années, j’ai lu un roman de Lionel Duroy intitulé « Le chagrin ». L’auteur est issu d’une famille de dix enfants, très « fin de race ». Il est né en 1949, comme moi. Il  a été pro-Algérie française avant de virer à gauche et de devenir journaliste à « Libération ». Il a réglé ses comptes avec son milieu au travers de deux pavés indigestes « Priez pour nous » et « Le chagrin » (2). J’y ai lu des pages qui m’ont fait sourire; la description des idées de son grand père, par exemple: «… Membre de l’Action Française, camelot du Roi, (il) était un adepte de Charles Maurras… Il est assez vraisemblable qu’il fut antidreyfusard  avec Maurras et Léon Daudet, puisqu’il partageait avec eux la peur et peut-être même la haine des Juifs et des francs-maçons… ». J’aurais pu, en gros, écrire la même chose mais moi, je n’ai pas trahi mon camp.  Il m’est arrivé de ne pas me sentir en phase avec mon milieu; ça ne m’autorise pas à renier un héritage intellectuel. Mon père s’est méfié toute sa vie des partis politiques ; il n’en attendait rien de bon. Ses combats étaient plus religieux que politiques.

Avec le recul, je pense qu’il avait raison. Moi, j’ai beaucoup milité et toujours à la droite de la droite. Il parait que les imbéciles ne changent pas d’avis mais je préfère passer pour un imbécile que pour une girouette qui vire au gré du vent, même quand le vent à des odeurs fétides de flatulence.

Mon premier engagement politique date des « Jeunesses Patriotes et Sociales » de Roger Holeindre, après la chienlit soixante-huitarde. Vint ensuite « Ordre Nouveau », parti  dissous en 1973, en même temps que la LCR de Krivine. Puis  quelques hommes décidés, sous l’égide d’un ex-député,  Jean-Marie Le Pen, allaient tenter de fédérer les courants nationalistes dans un grand mouvement politique: le « Front National ». En fait, sans le vouloir, le pouvoir gaulliste avait rendu service au courant nationaliste avec l’amnistie accordée aux défenseurs de l’Algérie française. Les associations d’anciens combattants poussaient à l’amnistie. De Gaulle était rancunier. Seul Pompidou parviendra à le faire fléchir. En 68, les prisons se vident, tous les clandestins rentrent en France (la plupart d’entre eux reviennent d’Espagne) et s’empressent de se regrouper pour militer à nouveau. Le mérite de Le Pen, secondé par François Brigneau, Roger Holeindre, et quelques autres moins connus, est de (tenter de) fédérer les différents courants. Le FN veut clairement « donner une dimension nouvelle aux luttes de l’opposition nationale ». L’autre mérite de Le Pen, sera de faire cohabiter les catholiques de la « Contre Réforme Catholique » (CRC) ou de la « Rue des Renaudes » avec des groupuscules totalement athées ou agnostiques.

En 1974, Georges Pompidou meurt. En dehors de ses goûts artistiques discutables, cet homme avait du bon sens, des valeurs « terriennes » et un véritable attachement à la France. Avec lui, et bien qu’il s’en défende, le pays tirait un trait sur le gaullisme. 1974, c’est aussi le premier choc pétrolier. En bradant le Sahara nous avons perdu notre autosuffisance énergétique (gaz ET pétrole). C’est le début de « la crise » : de 1974 à… ce jour, nous irons de crise en crise ; nous ne connaîtrons plus de budget en équilibre jusqu’à atteindre plus de 3400 milliards d’euros de déficit. Après les « 30 glorieuses », nous entrions dans les « 40 piteuses ».

À la Présidentielle de 1974, Le Pen se présente mais les mouvements catholiques appellent à voter pour Jean Royer, le maire de Tours. Le Pen fait  0,74 % des suffrages ; Royer, 3,2 %. À l’époque, je lis « Minute » et « Valeurs Actuelles » ainsi que le journal (quatre feuillets !) du FN, qui ne s’appelle pas encore « National Hebdo » mais « RLP le National » et le mensuel « Lectures françaises ». Même si je continue à croire, comme le dit Maurras, que « tout est politique », je rêve à une droite dure. Mon milieu prône une droite « soft » et lit « le Figaro » (surtout pour le carnet mondain). Ce sont les mêmes qui s’indigneront, autour d’une tasse de thé, de la Loi Veil autorisant l’IVG puis l’accepteront quand elle sera votée. Ils n’ont pas compris  que l’avortement, devenu légal, n’en est pas pour autant moral. L’important pour « ces gens là » c’est que Giscard (d’Estaing depuis… 1929) et sa pimbêche d’épouse aient « de la classe ». J’ignorais, pour ma part, qu’on pût jouer de l’accordéon – le « piano à bretelles » – avec distinction.

Le 10 mai 1981, Giscard  d’Estaing se faisait sortir par François Mitterrand. L’auteur du « coup d’état permanent » arrivait enfin aux fonctions suprêmes, après trois tentatives avortées. La France devenait officiellement socialiste. Jean Cau écrivait : «  Nous sommes gouvernés par des instituteurs morts : dès le 10 mai, dès qu’un croque-mort alla déposer des roses sur les tombes du Panthéon, la France changea de visage. Tout avait la ressemblance qui est celle de tous les cadavres … » (3). Pour beaucoup de gens, la France basculait à gauche; pour moi elle passait d’une gauche larvée à une gauche avouée. L’arrivée de la gauche au pouvoir marquait aussi la percée de la droite nationale. De nos jours, on s’ingénie à écrire que Mitterrand a favorisé la montée du FN pour gêner la droite parlementaire. C’est une ineptie, au moins partiellement. Certes, en introduisant la proportionnelle aux Législatives de 1986, il permettait au FN d’avoir plus d’une trentaine de députés. Je n’ai aucune sympathie pour François Mitterrand; je lui reconnais cependant un (grand!) mérite: avoir laminé le Parti Communiste qui, jusque là, totalisait 20 à 25% des suffrages à chaque élection. Mais la percée du Front National, du moins de 1981 à 1986, ne doit rien à la gauche sinon à l’incapacité de cette dernière à endiguer le chômage, la délinquance,  l’insécurité, l’immigration-invasion, etc.

C’est une période de ma vie où je ne me suis pas limité au rôle modeste de militant de base. J’ai cependant souvent occupé mon temps libre à faire de l’affichage nocturne  ou bien à renforcer le service d’ordre des meetings du FN. Il m’arrive de plaisanter en disant que : « J’ai passé un CAP de tapissier en cours du soir », allusion à mes nuits de collage d’affiches, faites de franche rigolade mais parfois aussi de frayeurs et de démarrages en trombe (avec la « cale à roulis » dans le seau de colle, pour éviter d’en renverser dans ma voiture). Je me suis également présenté à quelques élections qui se sont soldées par des claques mémorables. En 1986, juste après l’entrée au Palais Bourbon d’un groupe parlementaire RN-FN (4), nous créons, avec Marcel Bouyer et quelques amis, le « Comité de Liaison des Amitiés Nationalistes » (CLAN). Marcel en est le président, moi le vice-président. Partant de l’adage de Philippe Malaud – ex président du CNI – « je n’ai pas d’ennemis à droite », nous voulons fédérer les droites nationales autour du FN. Mais au plan régional, on soupçonne Marcel Bouyer de vouloir traiter directement avec son ami Jean-Marie Le Pen (ils ont été députés UDCA ensemble de 56 à 58). C’est à cette époque que Marcel Bouyer me fait connaître le général Edmond Jouhaud, le seul « pied-noir » du putsch des généraux d’avril 1961. Le général me dédicace deux de ses livres (5). Puis, lors d’un méchoui, me décerne le titre de « pieds noirs d’honneur » en raison de mes écrits pour la défense de l’Algérie française.

1987, lassé par les querelles internes au sein du FN régional, je claque la porte avec quelques amis mais je reste proche des « Indépendants nationaux » de Michel de Rostolan.

Nous prônons encore et toujours une union des droites mais Le Pen, avec la fameuse affaire du « détail », diabolise à jamais le FN aux yeux des tièdes : le mouvement devient infréquentable. Même si la tirade de Le Pen a été – volontairement – déformée et/ou mal interprétée, c’est un coup mortel porté à nos années de militantisme. Et au FN, Bruno Mégret se sent pousser des ailes. Une partie des cadres est prête à le suivre en dissidence. Le clash aura lieu deux ans plus tard. La droite a encore manqué son rendez-vous avec l’histoire, comme le 6 février 1934, comme le 21 avril 1961…

Quelques années plus tard, j’ai repris ma carte au FN dans l’espoir que Bruno Gollnisch en deviendrait président, au congrès de janvier 2011. L’élection de Marine, due à des manipulations internes et aussi au népotisme de Jean Marie Le Pen, m’a fait prendre du recul : le FN de Marine, devenu RN, n’a plus ni la doctrine, ni les valeurs intellectuelles d’antan. C’est un parti démagogue et racoleur qui rivalise avec celui de Mélenchon. Je reste cependant cohérent avec moi-même : « pas d’ennemi à droite » donc je continue à voter RN. Mes idées n’ont pas changé mais j’estime que j’ai passé l’âge de jouer les bateleurs d’estrade, de distribuer des tracts sur les marchés ou de coller des affiches la nuit. Et puis, je dois l’avouer, je crois de moins en moins à la « démo-crassie ». À quoi sert, en effet, l’adage parfaitement idiot « un homme, une voix » quand cet homme n’est pas capable de lire (ou de comprendre) un programme politique, quand il n’ingurgite plus que des niaiseries, qu’il est totalement anesthésié par la téléréalité, le cinéma porno, les 35 heures, le loto ou le foot ?

Déjà, en 1871, Gustave Flaubert écrivait : « Le rêve de la démocratie est d’élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois. Le rêve est en partie accompli ». Mais j’aime mieux cette citation de Léon Daudet, l’une des meilleures plumes de « l’Action Française » : « La démocratie, c’est la révolution couchée et qui fait ses besoins dans ses draps ». Ou celle, encore plus sévère, d’Henri Louis Mencken : « La démocratie, c’est l’art de diriger le cirque à partir de la cage des singes ».

« Je ne regrette rien » de mes choix politiques et de mes années de militantisme même si je reconnais, sans fausse modestie, que j’ai été d’une redoutable inefficacité. Disons que, par mes écrits, j’aurai été ce qu’on appelle de nos jours un « lanceur d’alerte ». Ceux qui me traitaient de facho il y a trente ou quarante ans découvrent aujourd’hui que mes mises en garde d’antan sont devenues réalités. C’est déjà ça !  Mais je les dispense de leurs leçons de morale ; qu’ils évitent de me dire ce qu’il faudrait faire pour sauver le pays. J’ai fait mienne la citation de La Hire, le compagnon de Jeanne d’Arc : «  Comme soldat, j’ai fait mon devoir. Pour le reste, j’ai fait ce que j’ai pu… »

Eric de Verdelhan

 1) 1er REP : Régiment Étranger Parachutiste, dissous après le putsch.

2) « Le chagrin » de Lionel Duroy; Julliard; 2010 ; « Priez pour nous »; Barrault; 1990.

3) « La barbe et la rose » de Jean Cau; Table Ronde; 1982.

4) « Rassemblement National – Front National » : car le groupe comptait aussi des « Indépendants Nationaux » comme Michel de Rostolan.

5)-« Ô mon pays perdu » du général Edmond Jouhaud; Fayard; 1969. « Serons-nous enfin compris ? » du même auteur; Albin Michel; 1984.

Date de dernière mise à jour : 15/07/2026

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