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« La démocratie, c'est le gouvernement du peuple exerçant la souveraineté sans entrave »  Charles de Gaulle

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LA FRANCE LIBÉRÉE 2027

INTERNATIONAL - Poutine est-il en train de perdre la guerre ?

Guerre en Ukraine : Poutine viole la trêve, Zelensky tenté de lui rendre la  monnaie de sa pièce

«…On fait la guerre quand on veut, on la termine quand on peut… »    (Nicolas Machiavel)

                Il y a bien longtemps que je n’ai rien écrit sur la guerre russo-ukrainienne et ce pour deux raisons. Primo : n’ayant jamais risqué ma peau sur un champ de bataille, je n’ai aucune compétence pour commenter un quelconque conflit. Secundo : nous avons coupé tous les canaux d’information avec la Russie, or « qui n’entend  qu’une cloche n’entend qu’un son ». Les médias sont tous favorables à l’Ukraine. Il n’y a plus de débats ni d’analyses objectives et honnêtes de cette guerre. Je me garde donc d’émettre un avis, mais je défends le même point de vue depuis février 2022. Et j’accepte de me faire agonir par les tenants du « camp du bien », ceux qui me traitent de poutinolâtre parce que j’ai osé dire et répéter, au risque de radoter, que nous n’aurions jamais dû nous lancer dans un soutien inconditionnel de l’Ukraine, car cet État mafieux n’est membre ni de l’OTAN ni de l’UE.

Aujourd’hui encore, je persiste et je signe : il nous fallait adopter une prudente neutralité car nous aurons besoin, tôt ou tard, de renouer des liens avec la Russie. Ceux qui m’accusent d’avoir choisi mon camp – celui de la Russie – n’ont rien compris. Je suis partisan de la realpolitik et mon camp, c’est celui de la France qui sera parmi les grandes perdantes de ce conflit.

                Cette guerre est-elle en train de changer ? Si j’en crois les nombreux experts – autoproclamés pour la plupart – qui s’expriment sur les plateaux-télé, la Russie va perdre la guerre, après avoir perdu la face, car les Russes nous disent-ils  ne veulent plus se battre. À l’inverse de l’Ukraine qui regagne le terrain perdu grâce à la combativité de troupes motivées et à l’armement moderne que nous lui fournissons.  Autour de moi, des amis ou relations qui connaissent plus ou moins bien la Russie ont des avis tranchés sur l’issue de cette guerre. Ils me disent que Poutine est foutu, qu’il est détesté par son peuple et que son régime – dictatorial – tombera comme un fruit mûr avant longtemps. Je suis perplexe et dubitatif comme « Le meunier, son fils et l’âne » de la fable de La Fontaine. Je lis les analyses, assez convaincantes, de Jacques Guillemain sur Riposte Laïque. Ce dernier était colonel d’aviation, je présume donc qu’il sait de quoi il parle, mais d’autres officiers supérieurs ou généraux disent très exactement le contraire. Sachant que nous avons coupé tous les canaux d’information russes, il est difficile voire impossible d’avoir une vision claire et objective des choses.

Personnellement, je ne suis allé qu’une fois en Russie. C’était sous Boris Eltsine, quelques années à peine après la chute du mur de Berlin. La prémonition – ou la prévision ? – d’Hélène Carrère d’Encausse  (1) s’était réalisée : l’Union Soviétique  avait implosé.  Le pays allait à vau l’eau ; plus rien ne fonctionnait ; tous les vieux Bolcheviques regrettaient l’époque communiste ; sur les marchés improvisés de Saint-Pétersbourg, d’anciens militaires vendaient leurs médailles et leurs uniformes (parfois même leurs armes) ; le soir des mafieux à gueule patibulaire venaient livrer leur lot de putes dans les hôtels pour touristes ; les commerçants (comme les putains  des hôtels) voulaient être payés en Dollar et non en Rouble. Sincèrement, je me demandais ce qu’allait devenir ce pays, asservi, affaibli, goulaguisé, abruti, anesthésié, par soixante-dix ans de communisme. Il me faisait l’effet d’un drogué aux drogues dures qu’on aurait sevré brusquement et brutalement. Je pensais qu’il allait en crever. La réponse est venue peu de temps après, et elle s’appelait Vladimir Poutine.

On peut penser ce qu’on veut de Poutine mais je lui reconnais quelques mérites : celui, entre autres, d’avoir sur réconcilier l’ancienne Russie des Tsars avec celle des Soviets et d’avoir réinstallé le christianisme orthodoxe, bien malmené sous l’ère communiste, comme religion d’État. En France, j’attends encore qu’un dirigeant, en demandant pardon pour le populicide vendéen, réconcilie le France « catholique et royale » avec la République laïque. J’attends aussi, sans illusion, que l’histoire officielle reconnaisse que le gouvernement de Vichy a honnêtement (2) et correctement géré le pays  durant quatre ans et que certaines de  ses lois sont encore bien utiles aujourd’hui. Nos présidents préfèrent diviser pour régler et ne veulent pas d’une réconciliation, encore moins d’une union nationale. Chez nous, on diabolise les patriotes et on exclut en gros la moitié de la population, celle qui vote à droite, du débat politique, comme s’il s’agissait de sous-citoyens.

Pour en revenir à cette guerre en Ukraine, je ne sais pas comment tout ça finira ? En eau de boudin ou en troisième guerre mondiale ? J’ai une préférence pour la première hypothèse. À vrai dire, je ne sais pas qui est vraiment Poutine ? Est-ce un fou ou un stratège génial ?

Le 24 février 2022, date du début de l’offensive en Ukraine, c’était la fin de trois  décennies de naïveté et d’illusions sur le triomphe de la démocratie et des sacro-saints droits-de-l’homme.

En 1989, la Russie a failli sombrer à l’image de Boris Eltsine, l’ivrogne jovial et rougeaud qui lui servait de chef. En quelques mois, l’URSS, s’est effondrée comme un château de cartes. Elle a été remplacée par une Communauté des États Indépendants (CEI), avec la Fédération de Russie, réduite à ses limites administratives de l’époque soviétique, et 89 sujets, satellites aux statuts variables : républiques, territoires autonomes, etc.

Boris Eltsine, après sa victoire sur les putschistes du Kremlin, s’est appliqué à sauver ce qui pouvait l’être de l’héritage soviétique, entre autres, son siège au Conseil de sécurité de l’ONU et sa force de frappe nucléaire. En corollaire, il ouvrait la Russie aux économistes néolibéraux et aux affairistes qui entouraient Bill Clinton. Alliés aux anciens hiérarques de la Nomenklatura, ces gens-là ont gaillardement pillé le pays tout en prétendant le libéraliser. Tous les indicateurs économiques et sociaux se sont effondrés. Et les Russes, étonnés, abasourdis ou écœurés, ont vu sur leurs écrans de télévision le bellâtre Bill Clinton se moquant d’un Boris Eltsine ivre-mort.

Dans le même temps, Helmut Kohl et François Mitterrand lançaient la monnaie unique dans l’espoir de donner un nouveau souffle à l’Union Européenne. Le Traité de Maastricht (1992) signait l’adhésion des Européens au néolibéralisme. Cela s’est traduit, dès 1993, par la première récession économique depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

En 1992, la Tchétchénie refusait de devenir l’un des sujets de la Fédération de Russie et proclamait son indépendance. Boris Eltsine a tardé à réagir. En décembre 1994, Il envoyait enfin des troupes pour réprimer la sécession. Cette première guerre de Tchétchénie a été une humiliation du Kremlin. En 1996 la Russie reconnaissait l’indépendance de la Tchétchénie ; c’était le prélude à la désintégration de la Fédération de Russie.  À l’autre bout du continent, la Yougoslavie implosait.

Le 15 janvier 1992, l’Allemagne reconnaît l’indépendance de la Croatie et de la Slovénie. Le 6 avril, Sarajevo est bombardée par l’armée serbe. C’est le début des guerres de Yougoslavie…

 Et puis, l’OTAN bombarde Belgrade et envahit le Kosovo sans attendre l’aval de l’ONU. C’est la première violation du droit international, 10 ans après la fin de la «guerre froide». C’est aussi la première  intervention militaire de l’OTAN depuis sa création 50 ans plus tôt. Je relate ce fait juste pour rappeler d’où sont venus les premiers bombardements car on semble l’avoir oublié…

Pensant naïvement  que les Occidentaux n’avaient plus rien à craindre de Moscou, les Russes avaient demandé qu’à défaut de supprimer l’OTAN, ils s’abstiennent pour le moins de l’étendre au-delà de l’Elbe. Mais les guerres de Yougoslavie ouvraient de nouvelles opportunités à l’OTAN.

De plus, les anciens pays satellites de l’URSS, avides de prendre une revanche sur leur grand voisin, demandaient à entrer dans l’OTAN. En mars 1999, c’était chose faite pour la Pologne, la Hongrie et la Tchéquie. Les autres pays ainsi que les trois États baltes ne tardaient pas à suivre.

En août de la même année, les Tchétchènes envahissent le Daghestan voisin. C’est Vladimir  Poutine qui conduit la contre-offensive. Poutine n’est pas un tendre et il déclare : «J’irai buter les Tchétchènes jusque dans les chiottes». De fait, Grozny, la capitale de la Tchétchénie, tombe le 6 février 2000 après avoir été intégralement rasée. Boris Eltsine cède le pouvoir à Vladimir Poutine. Porté par sa victoire en Tchétchénie, le 26 mars 2000, le nouveau président est élu confortablement.

En septembre 2001, Poutine exprime sa vison de l’avenir de son pays, devant le Bundestag à Berlin : «Nul ne remet en question l’importance des relations partagées entre l’Europe et les États-Unis. Toutefois, je pense que l’Europe peut assurer à long terme sa réputation de centre puissant et politiquement indépendant si elle parvient à associer ses ressources avec celles de la Russie… avec les ressources naturelles, humaines et territoriales… avec le potentiel économique, culturel et de défense de la Russie».  On ne saurait être plus clair ! Et, en gage de bonne volonté, le président russe apporte un soutien militaire aux Américains engagés en Afghanistan dans la lutte contre les Talibans.

Ensuite, il lui faut sortir la grande Russie du marasme économique.

Il bénéficie de grosses rentrées financières occasionnées par la flambée des prix des matières premières et des hydrocarbures sur les marchés mondiaux, (flambée due à la très forte demande chinoise). Les indicateurs sociaux et démographiques connaissent un redressement spectaculaire qui étonne les économistes. L’État russe relance la recherche scientifique, les industries d’armement et le nucléaire. Il réaffirme son autorité sur les gouvernements régionaux et les grandes entreprises du pays, ce qui conduit Poutine à mettre fermement au pas les oligarques enrichis sous Eltsine.

En 2003, il fait incarcérer pour malversations financières le patron de Loukos, la première compagnie pétrolière russe, qui projetait de vendre son groupe à Exxon Mobil. L’affaire déplaît aux Américains qui lorgnaient avec avidité sur les gisements russes (de pétrole et de gaz). Dès lors, Washington va tout faire pour déstabiliser la Russie, aidé en cela par le milliardaire George Soros qui entend promouvoir des «sociétés ouvertes», ultralibérales, en Europe.

En 2007, Poutine s’inquiète de ce que les Américains installent un «bouclier anti-missiles » en Pologne et en Tchéquie sous le prétexte de prévenir d’éventuelles attaques… iraniennes ! Lors d’un forum sur la sécurité à Munich, le 10 février 2007, il déclare : « Un pays, les États-Unis, sort de ses frontières nationales dans tous les domaines. C’est très dangereux: plus personne ne se sent en sécurité, parce que personne ne peut plus trouver refuge derrière le droit international… ».

Le 17 février 2008, le Kosovo devient indépendant alors que le Conseil de sécurité de l’ONU, sur demande russe, avait promis qu’il demeurerait une province autonome au sein de la Serbie.

Mais Vladimir Poutine poursuit sa coopération avec l’Occident. Invité au sommet de l’OTAN, à Bucarest, en avril 2008, il autorise le transit par la Russie de matériel destiné à l’Afghanistan. Mais il dénonce la promesse faite par l’OTAN à l’Ukraine et à la Géorgie d’entrer un jour dans l’alliance.

Le 10 juillet 2008, le président géorgien Mikheïl Saakachvili reçoit la visite de la secrétaire d’État des USA Condoleezza Rice. Sans doute s’entretiennent-ils de l’OTAN. Puis, se croyant couvert tant du côté russe que du côté américain, il lance ses troupes vers l’Ossétie le 7 août 2008. Dès le lendemain, l’armée russe pénètre à son tour en Géorgie. Le 12 août, Sarkozy, président en exercice de l’UE, adresse aux Russes une demande de cessez-le-feu. Au Kremlin, il fait une déclaration assez stupéfiante : « Il est parfaitement normal que la Russie veuille défendre ses intérêts ainsi que ceux des Russes en Russie et des russophones à l’extérieur de la Russie… ». De tels  propos ne tombent pas dans l’oreille d’un sourd. Par une violation du droit international, Poutine reconnaît l’indépendance des Abkhazie/Ossétie du sud et se garde d’évacuer la Géorgie, désormais sous tutelle.

Lors de l’invasion de la Géorgie, Poutine a pris la mesure de l’impréparation de son armée. Il va donc redoubler d’efforts pour la moderniser et redynamiser le secteur militaro-industriel.

Désormais convaincu, à juste titre, qu’il n’a rien à attendre de l’Amérique, encore moins de l’UE, il relance « l’Organisation de Coopération de Shanghai » qui réunit la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan. L’OCS s’élargira à l’Inde et au Pakistan en 2016, puis à l’Iran en 2021.

En février 2014, des manifestations éclatent à Kiev, place de l’Indépendance (« Maidan » en ukrainien). Le 23 février, le Parlement destitue le président pro-russe Viktor Ianoukovitch et… enlève à la langue russe, parlée par un quart de la population, son statut de seconde langue officielle. L’Est du pays, russophone, se rebelle aussitôt, avec le soutien de Poutine qui en profite pour récupérer la Crimée, une péninsule traditionnellement russe. Consultés par le Parlement, la 12 janvier 1991, ses habitants s’étaient prononcés à une écrasante majorité pour une séparation d’avec l’Ukraine. La Crimée, c’est aussi le port militaire de Sébastopol, indispensable à la marine russe pour accéder à la Mer Noire et à la Méditerranée. Poutine ne peut admettre que les Américains mettent la main sur ce port en cas d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. L’armée russe entre donc en Crimée, sans qu’une goutte de sang soit versée, et la péninsule est annexée officiellement le 18 mars 2014.

Washington réagit en édictant des sanctions économiques contre l’entourage de Poutine, ce qui est une grave entorse au droit international. Les Européens, qui ont impérativement besoin du gaz russe, s’en tiennent à des gesticulations, des rodomontades et des protestations verbales.

Mais dorénavant, les ponts sont coupés entre la Russie et l’Occident. Poutine en prend acte et cherche d’autres soutiens.

Le 29 mai 2014, est fondée une zone de libre-échange, l’Union Economique Eurasiatique: Biélorussie-Russie-Kazakhstan. Le grand bénéficiaire en est le président chinois Xi Jinping qui peut lancer ses « nouvelles routes de la soie dans un espace libéré de toute entrave ». L’Organisation de Coopération de Shanghai est étendue à l’Inde et à l’Iran et rassemble dorénavant… près de la moitié de la population mondiale. Et le nouveau tsar russe se durcit. Comme sous l’ancien régime, il intervient partout où sont ses intérêts, en affichant son mépris pour la pusillanimité de l’Europe et la lâcheté de l’Amérique. Avec l’Iran et la Turquie, au Moyen-Orient il va occuper le vide laissé par le départ des Occidentaux. Il joue les arbitres entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Il va même intervenir dans le pré-carré de la France en Afrique, par le biais des mercenaires de Wagner.

Enfin, Vladimir Poutine s’est  préparé à toutes les éventualités en développant une économie de guerre dans différents domaines : autosuffisance alimentaire, cyber-sécurité, système bancaire, internet autonomes, etc. Souvenons-nous qu’en 2022, le pontifiant Bruno Le Maire nous annonçait que nous allions mettre l’économie russe à genoux. À priori, ce n’est pas gagné !

Comment cela finira-t-il ? Et quand ? Qui sera le vainqueur (s’il y a un vainqueur) ? Je n’en sais strictement rien, mais une chose est certaine : nous entrons dans une période sombre… pour l’Occident et pour l’Europe, car demain, que pèsera le « G7 » devant les « BRICS+ » ? Je rappelle que le terme « BRIC » est un acronyme pour désigner quatre pays se regroupant à partir de 2009 : Brésil, Russie, Inde et Chine. En 2011, l’adhésion de l’Afrique du Sud a donné naissance à l’acronyme « BRICS ». En 2024, avec l’ajout de l’Égypte, des Émirats arabes unis, de l’Éthiopie et de l’Iran, le groupe est devenu les « BRICS+ ».Au début de 2025, l’Indonésie a rejoint le groupe. Les dix pays des « BRICS+ » représentent près de la moitié de la population mondiale. La suprématie de l’Occident est en train de mourir, quant à l’Europe, elle est déjà sortie de l’histoire.

Dans l’affaire ukrainienne il eut été sage, pour nous Français, de laisser les deux belligérants dos-à-dos et d’afficher notre neutralité. Ce n’est pas être « poutinolâtre » que de le dire. Et qu’on ne vienne pas m’invoquer le « droit d’ingérence » ou la morale. Car en matière de realpolitik, il n’y a pas de morale, il n’y a que des intérêts bien compris.

Eric de Verdelhan

1) « L’Empire éclaté : La révolte des nations en URSS », d’Hélène Carrère d’Encausse ; Flammarion ; 1978.

2) Malgré des enquêtes poussées à l’époque de l’épuration, aucun ministre de Vichy, pas même Pierre Laval n’a été accusé d’affairisme ou d’enrichissement personnel.

Date de dernière mise à jour : 08/07/2026

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