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LA FRANCE LIBÉRÉE 2027

ÉCOLOGIE - Comment parler de développement durable aux enfants?

Irene Lampert est enseignante et chercheuse à la Haute École pédagogique de Zurich.Irene Lampert est enseignante et chercheuse à la Haute École pédagogique de Zurich

Pour sensibiliser les jeunes aux enjeux climatiques, les mots ne suffisent pas, selon une experte de la Haute École pédagogique. L’exemple des adultes compte davantage.

La sensibilité aux enjeux climatiques et environnementaux se forge dès l’enfance. Irene Lampert, enseignante et chercheuse à la Haute École pédagogique de Zurich, explique comment les adultes peuvent accompagner les enfants et les adolescents dans le développement de leur conscience écologique.

À partir de quel âge les enfants peuvent-ils comprendre des concepts aussi complexes que la durabilité ou la protection du climat ?

Dès l’âge préscolaire, de nombreux enfants développent déjà une bonne compréhension de la nature et du monde vivant. Ils reconnaissent des relations simples de cause à effet. Selon des études, les premières approches de la pensée systémique peuvent être observées dès 4 ou 5 ans. Un cap est ensuite franchi vers l’âge de 7 ans. Mais cela ne signifie pas qu’il ne faut rien faire avant, bien au contraire. À l’école enfantine, l’accent doit être mis sur le contact avec la nature, l’empathie envers les êtres vivants et les petits choix du quotidien. Ce sont les racines sur lesquelles pourra se développer, plus tard, une vraie compréhension des enjeux climatiques.

Il est également important de noter que, même chez les adolescents, certaines fausses croyances ont la vie dure. Par exemple, beaucoup confondent le trou dans la couche d’ozone et l’effet de serre. Des recherches menées dans les pays germanophones montrent que ces idées reçues sont profondément ancrées et qu’une simple transmission de connaissances théoriques ne suffit généralement pas à les corriger.

Pouvez-vous donner des exemples de thèmes liés à la durabilité adaptés à des élèves de primaire ?

La règle générale consiste à partir de leur environnement proche et de leurs propres observations pour aller vers l’abstrait. Durant le premier cycle primaire, l’accent est mis sur ce que les enfants peuvent expérimenter de manière concrète. Il s’agit par exemple de la météo, des déchets ou de la vie en groupe. Dès la 5P, on commence à aborder des mécanismes plus complexes comme le cycle de l’eau, la biodiversité ou les effets de la consommation ou de la mobilité sur l’environnement. En principe, tous les sujets liés au développement durable peuvent être abordés, pour autant qu’ils soient adaptés à l’âge des élèves. C’est le degré de complexité qui compte, pas le thème en soi.

Qu’en est-il pour les enfants plus âgés et les adolescents ?

Les élèves du secondaire sont capables de comprendre des concepts abstraits comme l’effet de serre. À cet âge, on peut aussi aborder des questions de justice et de politique climatiques, ou analyser les chaînes d’approvisionnement. Le plan d’études intègre une grande partie de ces thématiques. Je trouve également utile de présenter les 17 objectifs de développement durable de l’ONU en les adaptant à l’âge des élèves.

La durabilité et la protection du climat ont de nombreux visages

Qu’ils travaillent dans une déchetterie ou s’engagent bénévolement pour la cause animale, ces citoyens agissent concrètement pour l’environnement, dans l’ombre ou la lumière. Dans cette série en 18 épisodes, nous dressons le portrait de personnalités qui illustrent la diversité d’un quotidien tourné vers l’avenir. Nous les suivons dans leurs activités, en coulisses, en leur donnant directement la parole.

Jusqu’à quel point faut-il être honnête avec les élèves de primaire sur les conséquences du changement climatique ?

La recherche montre que le silence ne protège pas les enfants, mais plutôt qu’il leur nuit. L’idée n’est pas de leur imposer le sujet, mais de prendre leurs questions au sérieux et d’y répondre. Il est important de ne pas ignorer leurs inquiétudes. Ce qui pèse le plus sur les enfants, ce n’est pas la réalité du réchauffement climatique, c’est le décalage entre ce qu’ils ressentent et ce qu’ils observent chez les adultes. L’écoanxiété est une réaction normale face à une menace bien réelle. Concrètement, il faut accueillir leurs craintes sans les minimiser, tout en adaptant le discours à leur âge et en leur proposant des pistes d’action. Présenter des scénarios alarmistes sans perspectives a un effet contre-productif.

Comment éviter que les enfants ne se sentent dépassés par le sujet ?

La clé réside dans ce que la recherche appelle «l’espoir constructif». Il convient toutefois de faire une distinction importante. L’espoir basé sur le déni, comme le fait de se dire que la situation n’est pas si grave et qu’elle va finir par s’arranger, réduit l’engagement. À l’inverse, l’espoir constructif reconnaît la réalité et cherche activement des solutions. Concrètement, cela signifie qu’il ne faut pas s’arrêter aux scénarios catastrophes, mais proposer des pistes d’action. Les enfants qui constatent qu’ils peuvent agir à leur échelle – par exemple dans le potager de l’école, lors d’une bourse aux vêtements ou dans le cadre d’un projet local en faveur de la nature – développent une vraie confiance en leur capacité d’action, et non pas un sentiment d’impuissance. D’autres remparts protègent aussi contre l’anxiété: le contact régulier avec la nature, le fait de faire partie d’un groupe qui se mobilise en faveur du climat, et un environnement où l’on peut exprimer librement ses inquiétudes.

Quelles méthodes pédagogiques ont fait leur preuve pour sensibiliser les enfants et les adolescents à la durabilité?

Les cours sur les molécules de CO₂ ne modifient ni les attitudes ni les comportements. Ce qui fonctionne, ce sont les formes d’apprentissage participatives, où les enfants et les adolescents participent de manière active. Un jardin d’herbes aromatiques entretenu en commun, par exemple, rend la durabilité plus concrète. Les projets locaux, directement liés au quotidien des enfants, donnent également de très bons résultats. De plus, l’intervention de spécialistes, comme des climatologues, ainsi que des discussions en classe permettent de développer la compréhension de différents points de vue. Enfin, les enseignants peuvent partir des idées reçues des élèves pour leur expliquer des faits scientifiques.

Comment encourager et ancrer durablement cette sensibilité écologique ?

Quelques projets isolés et des enseignants engagés ne suffisent pas. Les études montrent que les activités liées à la durabilité restent sans effet si elles ne sont pas intégrées dans le fonctionnement de l’école. Il faut ce que l’on appelle une approche globale, ou whole school approach, qui intègre la durabilité dans le plan d’études, la gestion de l’école, la culture de l’établissement et la collaboration avec l’environnement local.

Mais ce qui compte vraiment, c’est l’exemple que nous donnons. Si l’on parle de durabilité en classe, mais que l’école fait l’inverse, le message perd en crédibilité. Les enfants et les adolescents perçoivent ces contradictions. La direction de l’école est l’une des clés de cette cohérence. Dans le cadre de notre projet de recherche à la Haute École pédagogique de Zurich, nous avons mis en évidence sept domaines clés pour une gestion d’école orientée vers la durabilité. Ils vont du développement d’une vision commune à l’ouverture vers l’extérieur, en passant par des structures participatives. Lorsque la durabilité fait partie intégrante de la vie de l’école, il n’y a plus besoin de projets spécifiques.

Quels conseils donneriez-vous aux adultes qui souhaitent parler de durabilité avec des enfants ?

Ici aussi, ce que l’on dit est secondaire – ce qui compte, c’est ce que l’on fait. Les enfants copient leurs parents et les autres adultes. Mais l’effet inverse est particulièrement intéressant: les enfants influencent aussi leurs parents. Une étude a montré que le fait d’aborder les questions climatiques à l’école augmente significativement la sensibilité des parents à ce sujet. Lorsque les enfants parlent de durabilité à l’école et en discutent ensuite à la maison, cela a un effet sur toute la famille. Mon conseil aux parents est donc le suivant: agissez et ne vous contentez pas de parler. L’enfant a besoin d’un espace pour partager ses connaissances et exprimer ses inquiétudes. En tant que parents, on a aussi le droit de montrer ses propres incertitudes et d’apprendre avec eux.

D’après votre expérience, qu’est-ce qui motive réellement les jeunes à changer leur comportement ?

Les changements de comportement résultent d’un mélange de motivation, de sentiment de pouvoir agir et d’appartenance à un groupe. Des mouvements comme Fridays for Future réunissent ces trois facteurs et sont donc particulièrement efficaces. Les jeunes, en particulier, sont fortement influencés par le comportement des autres. Il suffit souvent qu’ils sachent que des personnalités ou des personnes de leur âge réduisent leur consommation de viande pour qu’ils en mangent moins eux-mêmes. Le constat est le même chez les enfants: s’ils agissent eux-mêmes de manière concrète, leurs comportements changent de manière plus durable que s’ils avaient simplement entendu parler du sujet.

Comment les adultes peuvent-ils réagir face à des jeunes qui ont l’impression que leurs actions ne changeront rien ? 

Il faut d’abord chercher à comprendre d’où vient cette attitude. Elle découle souvent d’un sentiment d’impuissance, l’un des freins psychologiques les plus fréquents face aux questions climatiques. Plutôt que de vouloir les contredire tout de suite, il vaut mieux leur demander: qu’est-ce qui déclenche ce sentiment chez toi?

Une expérience publiée dans la revue scientifique «Science» a montré que les normes sociales basculent dès qu’une minorité engagée atteint 25% de la population. Une action individuelle n’est pas une goutte d’eau dans l’océan, c’est une contribution à un mouvement plus large qui pousse la société à changer. Il suffit donc de faire partie de cette minorité, dont l’impact est bien plus grand qu’on ne le pense. On peut donc dire aux enfants et aux adolescents: «Tu ne sauveras pas le climat tout seul, mais tu fais partie d’un groupe qui peut le faire.»

Stephanie Sigrist

Date de dernière mise à jour : 10/06/2026

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