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LA FRANCE LIBÉRÉE 2027

ENSEIGNEMENT - Bac 2026 : la bataille de l’orthographe

Bac 2026 : le corrigé de l'épreuve de français (voie générale)

À l’occasion du bac 2026, le ministre de l’Éducation nationale durcit les critères de notation en orthographe et grammaire. Un tournant qui répond à une crise majeure : le niveau d’écriture des élèves et étudiants français s’effondre, avec des étudiants de classes préparatoires faisant jusqu’à 60 fautes par copie.

Une catastrophe linguistique dans l’enseignement français

Le baccalauréat français franchit un cap décisif avec l’édition 2026. L’épreuve anticipée de français débutée le 11 juin marque une rupture : pour la première fois, le ministère de l’Éducation nationale impose une fermeté drastique sur l’orthographe et la grammaire, peu importe la discipline évaluée. Cette décision intervient après des années de décrochage linguistique chez les lycéens et collégiens, une tendance qui alarme désormais l’ensemble du système éducatif.

Les chiffres communiqués par les formations de l’enseignement supérieur sont glaçants. Alain Joyeux, président de l’association des professeurs de classes préparatoires économiques et sociales, parle d’un véritable « effondrement » du niveau d’orthographe depuis trois à quatre ans. Ses constats révèlent que même parmi les étudiants ayant obtenu les meilleures mentions au baccalauréat, certains produisent des copies contenant 40, 50 à 60 fautes d’orthographe. Ces erreurs ne relèvent pas de subtilités linguistiques : ce sont des confusions basiques entre la conjugaison des verbes en « er » et le participe passé « é », ou encore des oublis d’accents sur le « a ».

Les causes d’un relâchement généralisé

Comment en est-on arrivé là ? Les enseignants du supérieur pointent du doigt un relâchement systématique des exigences au collège et au lycée. Selon Alain Joyeux, les jeunes générations ont été habituées à ce que l’orthographe ne soit « pas ou peu sanctionnée » dans les évaluations. Cette tolérance progressive a créé un cercle vicieux : les élèves négligent l’orthographe puisqu’elle n’est pas rigoureusement notée, et les professeurs du secondaire, eux-mêmes confrontés à des directives moins exigeantes, ne relèvent plus systématiquement les fautes.

Les témoignages d’élèves de lycée confirment cette dynamique préoccupante. Lors d’interviews menées avant les épreuves, des lycéens admettaient sans détour : « En fait au lycée, on ne fait plus attention à l’orthographe ». Ils reconnaissaient aussi que « maintenant, ce n’est pas trop important, personne ne calcule en vrai ». Cette absence de retour critique sur les erreurs orthographiques crée une indifférence généralisée, d’autant plus que certains professeurs ont cessé de relever systématiquement les fautes dans les contrôles.

La désaffection pour la lecture aggrave la crise

Au-delà de l’orthographe, un phénomène plus profond préoccupe les enseignants de français : la désaffection croissante pour la lecture chez les adolescents. Plus d’un tiers des jeunes âgés de 16 à 19 ans ne lisent pratiquement pas pour leurs loisirs. Ce décrochage commence dès 13 ans et conduit à un temps de lecture moyen extrêmement faible : dix minutes par jour pour les garçons et dix-neuf minutes pour les filles, selon les dernières données du Centre national du livre.

Cette disparition de la lecture dans les pratiques culturelles des jeunes a des conséquences en cascade sur la maîtrise de la langue. La lecture, activité naturelle d’exposition aux structures linguistiques et aux règles orthographiques, ne remplit plus son rôle de transmission culturelle. Les enseignants de lettres font face à un défi de plus en plus complexe : non seulement transmettre les œuvres du patrimoine littéraire francophone (Le Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie, On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset, La Peau de chagrin d’Honoré de Balzac), mais aussi redonner du sens à ces lectures auprès d’élèves peu motivés par le livre.

sabelle Henry, présidente de l’Association française pour l’enseignement du français, insiste sur l’enjeu sociétal : « Il y a un vrai enjeu social et sociétal à ce que l’école crée ou recrée du lien avec la littérature ». Cependant, elle déplore que « l’éducation nationale n’a fait qu’apporter des contraintes qui réduisent la liberté des enseignants et la possibilité pour les élèves de s’exprimer plus librement ».

Le bac 2026, un tournant pédagogique

Face à cette crise, le baccalauréat 2026 introduit des changements significatifs dans l’évaluation du français. L’épreuve anticipée, dotée d’un coefficient 5 pour les deux séries (générale et technologique), constitue le premier acte de ce renforcement. En filière générale, les élèves font le choix entre une dissertation et un commentaire de texte. En filière technologique, le commentaire de texte ou la contraction de texte suivie d’un essai sont proposés. L’oral de français, avec le même coefficient, sera organisé par les académies à partir du 22 juin.

La dimension nouvellement stricte de la notation porte sur l’orthographe, la syntaxe et la grammaire, comptabilisées dans la note quelle que soit la discipline. C’est une volonté affichée par le ministère, qui reconnaît implicitement que ces éléments ne doivent pas être relégués au seul cours de français, mais doivent devenir une exigence transversale du système éducatif.

Les universités prennent les devants

Conscientes que le système scolaire classique ne suffira pas à redresser le niveau, les formations du supérieur mettent en place des dispositifs correctifs. Les universités et écoles sont de plus en plus nombreuses à imposer des modules et des tests de maîtrise du français à leurs nouveaux étudiants. La plupart de ces entraînements se déploient sur des plateformes en ligne spécialisées, comme « ecri+ » ou le « Projet Voltaire ».

Le Projet Voltaire revendique 900 établissements de l’enseignement supérieur parmi ses clients, dont l’Institut catholique de Paris. À la rentrée prochaine, les nouveaux étudiants de cet établissement devront tous passer une certification de maîtrise du français. Hortense De Chabot-Tramecourt, directrice des affaires académiques de l’Institut, explique : « Ils auront des heures d’entraînement, des ECTS. Ce sera intégré dans des modules déjà existants, probablement des modules de méthodologie ». Pour elle, comme pour de nombreux responsables académiques, « c’est une compétence absolument essentielle qu’il faut revaloriser ».

Ces formations du supérieur saluent la direction prise par le ministère avec la nouvelle directive aux correcteurs du bac, considérant qu’il est urgent de replacer l’orthographe et la grammaire au rang des priorités éducatives.

Repenser l’enseignement du français pour l’avenir

Le défi qui se profile est structurel et multidimensionnel. Il ne s’agit pas simplement de durcir la notation, mais de rétablir une culture de l’exigence linguistique à tous les niveaux du cursus scolaire. Les enseignants du secondaire, souvent critiqués pour leur « relâchement », ne sont pas les seuls responsables : c’est le système entier qui a, progressivement, abaissé ses standards d’exigence en orthographe et grammaire.

La restauration du niveau linguistique des élèves français passera par une triple action : renforcer la sanction des erreurs orthographiques dans toutes les évaluations (ce que le bac 2026 amorce), restaurer une pratique régulière de la lecture et de l’écriture, et redonner du prestige culturel à la maîtrise de la langue. Le combat ne fait que commencer, mais les signaux envoyés par le ministère de l’Éducation nationale et les formations supérieures suggèrent une volonté enfin affichée de freiner cette tendance inquiét

Emilien Lacombe

Date de dernière mise à jour : 11/06/2026

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