
Napoléon (1769-1821) est un des personnages les plus étonnants de l’histoire, tant par sa destinée extraordinaire que par son génie et sa prodigieuse activité. Mais une imagination excessive et l’orgueil l’entraînent peu à peu à des entreprises démesurées.
La monarchie impériale est un véritable despotisme. Pendant dix ans, toute la vie de la France et de l’Europe est dominée par la personnalité de l’Empereur, une des plus puissantes de l’histoire du monde.
Les antécédents de l’Empereur s’inscrivent dans la période pré-révolutionnaire et dans la période révolutionnaire. Napoléon a des origines corses. Les années 1779-1785 sont les années d’écoles : Brienne, École Militaire de Paris. Les années 1785-1791 sont des années de formation personnelle, garnison à Valence, à Auxonne. La Révolution achève d’orienter la carrière de Bonaparte. Son ascension est fulgurante et décisive.
Ses manières dont simples. Son abord est familier. Il apparaît comme un des génies les plus exceptionnellement doués de l’histoire du monde. Par la vigueur de l’intelligence. Par la puissance de travail et la capacité de réflexion : travail intense, méthodique et réalisateur. Par la force de l’imagination. Tous ces dons exceptionnels sont mis au service d’un égoïsme qui développe l’insensibilité, le mépris des hommes et l’ambition. Sa volonté dissimule une violence naturelle à laquelle il s’abandonne de plus en plus.
Les idées de Napoléon sont en harmonie avec ses traits de caractère. En politique intérieure, il hait les factions et les partis. Il est l’héritier des despotes éclairés du XVIIIe siècle. Il est volontiers machiavélique. Il se méfie des financiers. Il demande au clergé de prêcher l’ordre public. À l’extérieur, il affirme vouloir la paix. Mais il est partisan des frontières naturelles de la France, et notamment de la rive gauche du Rhin. D’où le conflit avec l’Angleterre qui ne peut tolérer que la France possède Anvers. Dans un domaine plus intime, il adhère à l’idéologie romantique de l’époque.
En 1804, Napoléon a déjà une oeuvre derrière lui. Le 13 Vendémiaire, 5 octobre 1795, près de l’église Saint-Roch, Bonaparte a mitraillé les « collets noirs », les royalistes menés par le général Danican. Sa fortune date du 13 Vendémiaire. Pour les royalistes, il sera le « général Vendémiaire ».
Une oeuvre intérieure. Après le coup d’Etat de Brumaire 1799, Bonaparte entend donner à la France un gouvernement « réparateur, ordonnateur et législateur ». L’oeuvre administrative modifie sensiblement celle de la Révolution. Il accomplit une oeuvre de redressement financier et intérieur. La loi du 28 mars 1803 fixe la valeur du franc à celle de 5,90 g d’argent. 21 mars 1804 : La promulgation du « Code civil des Français » réalise l’unification du droit civil.
Bonaparte accomplit une oeuvre de pacification religieuse. Par le Concordat signé le 15 juillet 1801, le gouvernement reconnaît que la religion catholique est celle de « la grande majorité des Français ». Et une oeuvre extérieure. Bonaparte rétablit la paix.
À partir de 1800, les brumairiens consolident le nouveau régime. Les oppositions royaliste et jacobine sont brisées. Bonaparte fait taire les intellectuels, qu’il appelle les Idéologues. Il épure l’armée. Le 21 mars 1804, l’exécution du duc d’Enghien indigne l’Europe. Le 24 juin 1804, douze conspirateurs royalistes sont exécutés, dont le chef Cadoudal.
Le 18 mai 1804, le Sénat rend un sénatus-consulte en vertu duquel « le gouvernement de la République est confié à l’Empereur Napoléon » : 3 572 329 oui contre 2 579 non.
Le 2 décembre 1804, dans le chœur de Notre-Dame, après avoir reçu l’onction du Pape Pie VII, Napoléon se couronne lui-même Empereur, puis couronne Joséphine agenouillée devant lui.
Les institutions permettent à Napoléon de gouverner en maître absolu, de 1804 à 1815. Les nouveaux textes de l’an XII rétablissent en France un régime monarchique, successif et dynastique. Malgré les apparences, le régime napoléonien ramène la France à l’absolutisme, un absolutisme que l’énergie du chef rend plus exigeant que celui des rois.
Les assemblées s’effacent progressivement. Tout semblant de pouvoir législatif disparaît. Le gouvernement impérial est une dictature personnelle. Napoléon gouverne seul et détient tous les pouvoirs.
Napoléon veut autour de lui tout l’apparat d’une véritable monarchie. La Constitution de l’an XII lui fournit les éléments primordiaux d’une Cour, dont le faste égalera, sinon dépassera celui de l’ancienne Cour des rois. Elle accorde aux membres de la famille impériale un rang officiel dans l’Etat. Des Grands Dignitaires et des Grands Officiers sont placés près de l’Empereur.
Tout ce monde chamarré aux uniformes étincelants d’or et de pierreries évolue selon une étiquette aussi rigide que celle des anciens rois. Mais la Cour impériale est une Cour de parvenus, il lui manque l’aisance et l’esprit de l’autre. Un décret de 1808 adjoint aux plus hauts personnages un nombre croissant de ducs, comtes, barons et chevaliers.
La monarchie impériale est un véritable despotisme. Des moyens de domination servent l’Empereur. L’armée impériale, appelée la Grande Armée à partir d’août 1805, est issue de l’armée de la République. C’est avant tout l’armée de l’Empereur, elle lui appartient corps et âme. Mais les soldats se laissent souvent aller à la maraude, au jeu, à la boisson. Le pillage est la règle. À des chefs de valeur, Napoléon donne des directives essentielles, les directives que son génie militaire lui inspire. Un génie qui applique à l’art militaire des dons exceptionnels : lucidité de l’intelligence, soudaineté et pénétration du coup d’œil, puissance du travail, mémoire, imagination. L’esprit du chef est tout.
L’administration centralisée renforce l’autorité du gouvernement. Les préfets, création du Consulat, gardent un rôle considérable. Le chef de l’Etat nomme les magistrats qui perdent toute indépendance.
Les finances sont un autre moyen de domination. Les dépenses deviennent de plus en plus lourdes. Napoléon imagine de nouvelles taxes. Le budget, toujours en déficit, ne se soutient que par des expédients. Il faut avoir recours aux capitaux privés.
La police de Fouché assure de façon méticuleuse la surveillance des individus, des livres et des journaux. La liberté des individus ne pèse pas lourd devant la volonté du maître. La presse subit un régime de surveillance tracassière. Les livres comme les journaux sont étroitement surveillés.
Napoléon a pour les femmes le mépris d’un vieux Romain. Il ne peut admettre l’universelle curiosité de Mme de Staël, son esprit de discussion, son indépendance. Il la traite de façon indigne, l’appelle dans ses lettres « cette coquine », « cette méchante intrigante », « ce vrai corbeau ». Il lui interdit le séjour de Paris, l’oblige à s’enfermer à Coppet. Chateaubriand, est en disgrâce pour avoir protesté contre le meurtre du duc d’Enghien.
L’Université, l’enseignement sont des auxiliaires du gouvernement. L’Université impériale, fondée en 1806, est dirigée par un Grand-Maître nommé par l’Empereur, Fontanes, et par un Conseil de l’Université. Elle est divisée en académies. Elle comprend trois degrés, le primaire, le secondaire, et le supérieur. L’enseignement de cette Université est d’esprit étroit.
L’Université impériale est investie du monopole de l’enseignement, afin de maintenir en toutes choses « l’unité de vues », dit Fontanes.
La surveillance constante des maîtres comme des élèves permet de vérifier que l’Université impériale ne dévie pas du but pour lequel elle a été fondée. Maîtres et élèves sont surveillés et astreints à une discipline quasi militaire.
L’Église, comme l’Université, doit être pour Napoléon un instrument de despotisme. Au début, les prêtres lui sont attachés. Puis des questions politiques provoquent un conflit avec le pape. La persécution religieuse entraîne le mécontentement et l’opposition des catholiques.
Le besoin d’agir sur les âmes explique la politique napoléonienne à l’égard des autres cultes. L’Empereur prétend s’arroger un droit de regard sur ces cultes. Les Articles organiques de 1804 concèdent aux pasteurs une place officielle, à condition que leur désignation soit soumise à l’agrément du gouvernement. D’où la reconnaissance des protestants. Les rabbins juifs, qui restaient indépendants de l’Etat, sont à leur tour soumis à son contrôle.
Le développement économique, scientifique, artistique, l’adhésion populaire au régime, sont remis en cause par des guerres incessantes.
La France impériale est longtemps prospère, grâce à la paix intérieure. Le dirigisme économique est un facteur de prospérité : l’Etat commande l’économie. Des institutions économiques sont créées et hiérarchisée. Le gouvernement soutient l’économie et les entreprises.
Une longue période de prospérité s’ouvre et se manifeste dans tous les domaines, l’agriculture, l’industrie, le commerce. Les grands travaux d’outillage économique constituent une œuvre durable.
La prospérité économique permet l’éclat de la civilisation. Napoléon protège les artistes promeut l’éclat des arts : architecture, culture, musique. Mais l’Empire n’a pas d’écrivains. Ceux que l’histoire conserve sont des opposants : Chateaubriand, Mme de Staël, Benjamin Constant.
Le progrès des sciences sert au perfectionnement de l’industrie, grâce à des savants nombreux : Monge, Laplace, Lagrange, Berthollet, Gay-Lussac, Chaptal. Cuvier est un anatomiste. Broussais et Laënnec sont des médecins.
Napoléon entreprend contre l’Angleterre une guerre économique, le blocus continental, qui trouve ses origines dans la volonté de ruiner l’Angleterre. Le blocus continental exerce une influence considérable sur les destinées de l’Empire. Il a des conséquences économiques : commerce et industrie ralentis en France, contrebande active de l’Angleterre, irritation de l’Europe. Le blocus continental entraîne Napoléon à une politique de guerres et d’annexions perpétuelles.
Les guerres compromettent les résultats et entretiennent les mécontentements et les résistances. D’abord, les idées françaises exercent une influence considérable en Europe, régions d’Italie, pays allemands, Prusse, Russie, Pologne, Suisse, Espagne.
Cependant, la puissance napoléonienne, si forte en apparence, est gravement compromise et présente des causes de faiblesse. En France même, des causes économiques, religieuses, politiques, remettent en cause l’adhésion des Français au régime. Par sa mentalité, Napoléon est l’artisan principal de sa propre chute. La faillite du système familial ajoute aux difficultés intérieures.
Hors de France, la situation est plus inquiétante encore. Réveil national contre la France, en Italie, en Allemagne, en Prusse. La guerre d’Espagne est une véritable plaie au flanc de l’Empire. Dans les alliances, il n’y a ni sincérité, ni solidité.
Les signes de faiblesse et de mécontentement se manifestent partout. En France, l’adhésion au régime et à l’Empereur recule. Dans toute l’Europe, l’opposition à la domination française grandit.
L’Empire continue les guerres de la Révolution, s’agrandit puis chute. La guerre contre l’Angleterre marque les débuts de ces affrontements. 1804-1807. Les victoires conduisent à la formation du Grand Empire. 1805-1806 : La troisième coalition entraîne les débuts du système familial. 1806-1807 : La quatrième coalition est vaincue en deux campagnes, le Grand Empire est consolidé.
1807-1811. Napoléon est à la tête d’un Grand Empire, mais l’éveil des nationalités suscite des inquiétudes. Les événements d’Espagne ont une importance capitale pour l’avenir de l’Empire. La Cinquième coalition est à nouveau vaincue en 1809. Vers 1810-1811, l’Empire atteint sa plus grande extension, on peut parler d’une Europe napoléonienne.
1812-1814. L’ère des défaites précipite la chute de l’Empire. 1812 : L’expédition de Russie produit le premier recul de Napoléon. 1813 : La campagne d’Allemagne sonne la fin de l’Europe napoléonienne. 1814 : L’invasion, puis la campagne de France entraînent la chute et l’abdication de Napoléon.
Après un séjour à l’île d’Elbe, Napoléon revient au pouvoir pour cent jours : 20 mars 1815 – 18 juin 1815. Napoléon a un nouveau programme, mais la dernière lutte qui s’annonce est sans issue. 18 juin 1815 : La campagne de Belgique se termine par le désastre de Waterloo.
1815 – 1821 : Après une seconde abdication, Napoléon terminera sa vie à Sainte-Hélène.
Les causes de l’échec final de Napoléon sont de trois ordres. Des raisons militaires. Impossibilité de battre l’Angleterre militaire. La guerre d’Espagne, véritable plaie au flanc de l’Empire. Le mécontentement dû à la conscription. Trafalgar définitif, Austerlitz toujours à recommencer.
Des raisons économiques. Impossibilité de remporter une guerre économique. Mécontentement dû au blocus.
Des raisons politiques. Résistance des peuples, espagnol, prussien, russe. Résistance des Français. Ni sincérité, ni solidité dans les alliances.
Napoléon génie et despote. À chacun de se faire son propre jugement.
Jean Saunier