
10 Thermidor, 28 Juillet 1794. Chute et exécution de Maximilien Robespierre.
28 Juillet 2026, jour anniversaire de l’exécution. La France Insoumise rend hommage au chef des Jacobins.
Antoine Léaument, député de l’Essonne, né en 1989, assume une démarche politique, prend « un vrai plaisir à faire rager l’extrême droite ».
En 2024, Jean-Luc Mélenchon avait dit : « retirer Robespierre de notre Histoire, c’est retirer la devise républicaine qu’il a proposée aux Français ».
Il avait revendiqué l’héritage de la Révolution : « Oui, nous prenons tout, et nous continuons d’être la France qui répond de cet instant glorieux de son histoire, la France de la liberté, de la fraternité, de l’égalité, car cette formule, c’est Maximilien Robespierre ».
Pendant la Révolution, la dictature montagnarde s’exerce impérieusement et s’incarne en un seul homme, Robespierre.
« Monsieur Robespierre », comme l’appellent les Enragés, représente la Révolution de 1789. Démocrate sincère, patriote rigide, d’une foi républicaine quasi mystique, il n’a jamais fléchi. En ce sens, il est « l’Incorruptible » et s’attire l’estime du peuple.
L’ancien avocat d’Arras vient d’avoir 35 ans. Sa mise soignée contraste avec le débraillé des sans-culottes. Il doit assumer la responsabilité de sauver la Révolution : la lutte implacable est une nécessité impérieuse. D’Avril à Juillet 1794, période décisive, Robespierre dirige tout et domine tout.
La politique de Robespierre et du Comité de salut public se résume en quelques faits : un effort social, le renforcement du gouvernement central, l’aggravation de la Terreur, l’organisation d’une religion révolutionnaire, le culte de l’Etre Suprême.
Robespierre, Saint-Just, et leurs partisans, imprégnés des idées de Rousseau, entendent créer une démocratie de petits propriétaires pour consolider la République.
Leurs idées sont exposées dans les « Fragments sur les institutions républicaines », ébauche d’une République idéale.
« Donner à tous les Français les moyens d’obtenir les premières nécessités de la vie sans dépendre d’autre chose que des lois et sans dépendance mutuelle dans l’état civil ».
Défenseur intransigeant du peuple, homme du suffrage universel, Robespierre en vient à des conceptions de plus en plus hardies, de plus en plus égalitaires, de plus en plus autoritaires.
Le but, c’est « d’atteindre un ordre des choses où les distinctions ne naissent que de l’égalité même … où la patrie assure le bien-être de chaque individu … où le commerce soit la source de la richesse publique et non pas seulement de l’opulence monstrueuse de quelques maisons ».
Robespierre pratique la centralisation à outrance. Le Comité de salut public veut réunir entre ses mains, ou sous sa surveillance directe, tous les organes de dictature et de Terreur.
Les ministres supprimés sont remplacés par des commissions exécutives, de docilité éprouvée. Les représentants en mission, jugés peu dociles ou trop indépendants, sont rappelés et destitués.
Les procès politiques ne seront plus jugés que par le Tribunal révolutionnaire de Paris.
Le Comité de salut public s’arroge les pouvoirs de police et la recherche des suspects.
Désormais, tout part et tout aboutit au Comité de salut public et dans le Comité de Robespierre et de ses deux fidèles, Saint-Just et Couthon, les « triumvirs ».
Une loi religieuse instaure le Culte de l’Etre Suprême. La vertu, c’est-à-dire le désintéressement et le dévouement à l’intérêt général doit être une autre base de la République. Or, Robespierre est persuadé qu’il ne peut y avoir de vertu sans croyance en Dieu.
L’Etat ne peut donc se désintéresser de la religion et se passer d’un culte. En disciple de Jean-Jacques Rousseau, Robespierre croit à la nécessité d’une religion dans un Etat démocratique.
Une religion seule capable d’inspirer au peuple les vertus privées.
Une religion conforme aux idées des Philosophes, aux idées d’une « religion naturelle », dégagée des dogmes et réduite à des croyances très simples.
Autant Robespierre répudie le catholicisme et ses prêtres « qui sont à la religion ce que les charlatans sont à la médecine », le catholicisme qui est une superstition, autant il condamne l’athéisme qui lui semble lié à l’immoralité, qui est le privilège de la classe supérieure, et autant il désapprouve la politique anti-religieuse des Hébertistes.
Robespierre invite à dépasser les préoccupations matérielles, et à trouver une récompense dans une espérance métaphysique.
Depuis la Constituante, une religion patriotique s’est développée. Cette religion a son credo : la Déclaration des Droits,
ses symboles : la cocarde tricolore, le bonnet rouge, les autels de la patrie, les arbres de la liberté, ses cérémonies : les fêtes où l’on célèbre les martyrs de la Révolution, on commémore les grands moments, ses hymnes, la Marseillaise, la Carmagnole, le Chant du Départ.
Maître du pouvoir, Robespierre veut « raviver la morale publique » et « l’attacher à des bases éternelles et sacrées ». Considérant la déchristianisation comme un fait accompli, il veut du moins la régulariser, la purifier de toute grossièreté, et organiser le culte officiel, à caractère moral et patriotique.
De là, sort le projet d’un culte nouveau, fondé sur l’Idée de l’Etre Suprême, le Dieu des Philosophes, et sur l’idée de l’immortalité de l’âme.
« L’idée de l’Etre Suprême et de l’immortalité de l’âme est un appel continuel à la justice, elle est donc sociale et républicaine ».
7 Mai 1794. Un décret organise la nouvelle religion. Il est voté à l’unanimité par la Convention.
Article 1. Le peuple français reconnait l’existence de l’Etre Suprême et l’immortalité de l’âme.
Article 2. Le culte le plus digne de l’être Suprême est la pratique des devoirs de l’homme.
Article 3. Au premier rang de ces devoirs, détester la mauvaise foi et la tyrannie, punir les tyrans et les traîtres, secourir les malheureux, respecter les faibles, défendre les opprimés …
Article 4. Des fêtes rappellent à l’homme la dignité de son être.
Article 5. Elles emprunteront leurs noms des événements glorieux de la Révolution, des vertus les plus chères et les plus utiles à l’homme.
Article 6. La République française célébrera tous les ans les fêtes du 14 Juillet 1789, du 10 Août 1792, du 21 Janvier 1793, du 31 Mai 1793.
Article 7. Elle célébrera aux jours de décadi, les fêtes suivantes : à l’Etre Suprême et à la Nature, au genre humain, aux bienfaiteurs de l’humanité, aux martyrs de la liberté, à la liberté et à l’égalité, à la République, à la liberté du monde, à la vérité, à la justice, à la pudeur, à la gloire et à l’immortalité, à l’amitié, à la frugalité, au courage, à la bonne foi, à l’héroïsme, au désintéressement, au stoïcisme, à l’amour, à la foi conjugale, à l’amour paternel, à la tendresse maternelle, à l’enfance, à la jeunesse, à l’âge viril, à la vieillesse, au malheur, à l’agriculture, à l’industrie, à nos aïeux, à la postérité, au bonheur.
Dans un discours, le même jour, Robespierre affirme : « Le fondement unique de la société civile, c’est la morale. L’immoralité est la base du despotisme ».
Il faut épurer la vie publique et privée, chasser les fripons et les athées.
20 Prairial 1794, 8 Juin 1794, jour de la Pentecôte, on célèbre à Paris la première fête dédiée à l’Etre Suprême. Robespierre, au comble de la popularité, joue le rôle principal. Le programme de la fête a été dressé par le grand peintre David.
Tandis que les choeurs entonnent l’hymne de circonstance ; « Père de l’univers, suprême intelligence », Robespierre met le feu à une statue de l’athéisme.
Un cortège s’achemine des Tuileries au Champ de Mars, dans le bruit des musiques et des tambours.
Au Champ de Mars, s’élève une montagne artificielle, agrémentée de rochers et d’arbres, surmontée d’un arbre de la liberté. Les Conventionnels gravissent les pentes de la montagne. Différents choeurs exécutent l’hymne à l’être Suprême.
22 Prairial 1794, 10 Juin 1794. La loi du 22 Prairial aggrave la Terreur : c’est la Grande Terreur.
Robespierre la justifie : « La Terreur n’est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible, elle est donc une émanation de la vertu ».
Pour Couthon, « le délai pour punir les ennemis de la patrie ne doit être que le temps de les reconnaître, il s’agit moins de les punir que de les anéantir ».
La loi supprime toutes les garanties habituelles de la justice, comme le suggèrent les articles suivants :
Les ennemis du peuple sont ceux qui ont « provoqué le rétablissement de la royauté … cherché à avilir ou à dissoudre la Convention nationale … trahi dans le commandement des places et des armées … cherché à empêcher le ravitaillement de Paris … répandu des fausses nouvelles … cherché à dépraver les moeurs et à corrompre la conscience publique, à inspirer le découragement … » Toutes sortes d’imputations vagues à multiples tranchants.
En outre, la loi supprime l’interrogatoire préalable des accusés, qui ne sont plus questionnés qu’à l’audience, en public. Elle écarte l’audition des témoins, dans les cas où on aurait suffisamment de preuves, « soit matérielles, soit morales », contre les prévenus.
Enfin, la loi interdit les plaidoiries des avocats. Et une seule peine, la mort.
Ainsi, la loi du 22 Prairial réorganise la procédure devant le Tribunal révolutionnaire, afin d’accélérer les jugements. Elle provoque les hécatombes de la Grande Terreur où les têtes tombent « comme des ardoises par un temps d’orage », comme dit Fouquier-Tinville.
Le tribunal expédie par « fournées » à la guillotine
31 anciens parlementaires qui ont protesté jadis contre la suppression des parlements,
35 habitants de Verdun coupables d’avoir fait bon accueil aux Prussiens en 1792,
28 anciens fermiers généraux parmi lesquels le savant Lavoisier,
Madame Elisabeth, soeur de Louis XVI,
les veuves d’Hébert et de Camille Desmoulins,
le poète André Chénier,
de nombreux nobles et ecclésiastiques,
beaucoup plus de gens du peuple encore, comme en 1793.
La dénonciation devient un devoir civique. Les acquittements sont peu nombreux, à peine un sur vingt jugements.
Le chiffre des exécutions s’accroît : 155 en Avril, 354 en Mai, 1376 du 23 Prairial au 8 Thermidor, en quarante-six jours.
Robespierre a voulu cette loi terrible pour briser les résistances que rencontre sa politique sociale et hâter l’exécution des décrets de ventôse.
Une pareille loi justifie toutes les accusations de tyrannie.
Mais la lassitude de la Terreur s’accroît. Le caractère arbitraire de la Terreur frappe l’opinion, fait peser sur le pays un sentiment d’insécurité, finit par soulever le dégoût de l’opinion.
La crise économique ne cesse de se développer. Elle se manifeste par un échec économique et social. Des dissensions apparaissent dans le personnel politique.
9 Thermidor 1794. Les ennemis de Robespierre, convaincus qu’il y va de leur tête, risquent tout. Comme ils ont l’avantage du nombre et de l’intrigue, leur contre-offensive est victorieuse lors d’une dramatique séance à la Convention. C’est alors l’écroulement du « dictateur » et de ses amis, mis en état d’arrestation.
10 Thermidor 1794. A deux heures du matin, les troupes de la Convention, commandées par Barras et Bourdon, parviennent à l’Hôtel de Ville et trouvent la place nette.
Robespierre est arrêté, la mâchoire fracassée. Suicide ? Coup de feu d’un gendarme ?
Vers sept heures du soir, Robespierre, Saint-Just, Couthon sont guillotinés sur la place de la Révolution.
Au total, cinq-cents robespierristes seront exécutés. Les ouvriers applaudissent et crient au passage des charrettes : « A bas le maximum » ou « Foutu le maximum ! »
Robespierre, pour la démocratie, pour la République, pour les pauvres, pour la justice, pour l’égalité, pour la liberté, pour la morale, pour l’Etre Suprême. Mais dans les faits
Une démocratie dont les fondements en interdisent l’application.
Une République qui n’est pas la chose de tous, le bien commun.
Par son origine kabbalistique, son naturalisme et son déisme, le culte de l’Etre Suprême est maçonnique.
L’égalité, la liberté, la justice, la morale bafouées, abaissées et foulées aux pieds.
Les pauvres encore plus pauvres.
Robespierre, icône, figure emblématique de Mélenchon et de sa troupe. Non, Monsieur Léaument, vous ne m’inspirez pas la rage, mais le dégoût, l’horreur et la répulsion.
Monsieur Mélenchon, il n’est pas question de retirer Robespierre de notre histoire, mais de raconter la vérité historique. Quant à l’héritage de la Révolution, il n’a offert que des fruits empoisonnés.
Jean Saunier