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« La démocratie, c'est le gouvernement du peuple exerçant la souveraineté sans entrave »  Charles de Gaulle

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LA FRANCE LIBÉRÉE 2027

CFDT : le syndicat des cadres macroniens

Depuis 2017, la CFDT s’est muée en bras armé social du pouvoir macroniste. Fini la lutte des classes. Place au dialogue permanent, aux petits arrangements et à la défense d’un système taillé pour les cadres. Marylise Léon et sa centrale n’ont plus rien d’un syndicat d’ouvriers ou d’employés. C’est le syndicat des cadres bien installés qui ont trouvé leur confort dans le régime.

France: le leader de la CFDT met en garde Emmanuel Macron - RFI

Emmanuel Macron et Laurent Berger

Aujourd’hui, sur le budget 2027 et la piste de désindexation partielle des retraites, elle colle au régime Macron au détriment des retraités des petites classes moyennes qui ont toujours travaillé. Ceci dans le but de sauvegarder le système d’assistanat qui profite à ceux qui n’ont jamais contribué au financement de notre protection sociale.

Une sociologie de salariés privilégiés et conformistes

Fin 2024, la CFDT revendiquait 640 631 adhérents1 : premier syndicat de France grâce aux cadres. Elle écrase la concurrence dans cette catégorie avec 27,51 % des voix (public + privé), loin devant la CFE-CGC. Un tiers environ de ses troupes travaille dans la fonction publique. Le portrait-robot du salarié stable, diplômé, qui profite des errements du régime Macron sans en supporter les inconvénients2.

Cette composition explique tout. Les cadres cultivent le compromis, la mobilité et le conformisme. Ils n’ont aucune culture de confrontation. Les fonctionnaires sont bien protégés et ne risquent ni le chômage ni les sanctions, même en cas d’insuffisance professionnelle. Résultat : un électorat naturellement complaisant face au social-libéralisme de Macron et de ses successeurs.

Pendant ce temps, la CGT, FO et Solidaires gardent une base ouvrière et employée. Leur opposition frontale n’est pas un hasard. Celle de la CFDT non plus. La CFDT représente ceux qui ont intérêt à ce que le système continue de tourner à peu près comme aujourd’hui. Les autres représentent ceux qui en paient le prix.

Les dirigeants confirment le diagnostic. Marylise Léon assume un parcours d’experte plutôt que de militante. Laurent Berger avant elle avait déjà installé la culture du dialogue permanent et des négociations en coulisses. C’est l’héritage de la deuxième gauche : social-libéralisme, pragmatisme, refus du radicalisme. Autrefois proche du Parti socialiste la CFDT est maintenant la « courroie de transmission » du régime Macron.

Les preuves de la soumission

Octobre 2024. Le gouvernement reporte de six mois la revalorisation des pensions. 3 à 4 milliards d’économies sur le dos des retraités, y compris les deux millions qui vivent sous le seuil de pauvreté. Marylise Léon s’indigne poliment : « Profondément injuste ». Puis elle regagne Matignon pour discuter. Pas de grève. Pas d’appel à la mobilisation massive. Juste de la critique de salon, suivie d’un retour à la table.

Fin 2025. Conférence Travail et Retraites. Léon valide explicitement le cadre gouvernemental : « C’est un cadre qui nous va bien. » La CGT boycotte. La CFDT, elle, s’installe et discute. Elle participe activement, légitime la méthode, et continue de faire croire qu’elle défend les salariés.

La suspension de la réforme Borne (âge légal à 64 ans) est brandie comme une victoire historique de la CFDT. En réalité, c’est un échange de bons procédés et une concession au Parti socialiste pour qu’il puisse soutenir hypocritement le régime Macron, tant il a peur de nouvelles élections législatives. La centrale obtient un sursis et continue de négocier dans le même cadre libéral. Elle partage même le diagnostic macroniste : le système n’est pas tenable à horizon 10-15 ans.

Plus révélateur encore : la CFDT défend toujours la retraite par points, version à la carte. Liberté de choisir son âge de départ et le montant de sa pension. Marylise Léon le répète sans complexe en 2025. C’est exactement le projet initial de Macron en 2017-2019, abandonné sous la pression de la rue. Un système structurellement fait pour les cadres aux carrières linéaires et pour les marchés financiers.

Dernier exemple en date : la nomination de Jean-Pierre Farandou, ancien PDG de la SNCF, symbole des suppressions de postes, de l’ouverture à la concurrence et des réformes libérales, au ministère du Travail. Réaction de Marylise Léon ? « Plutôt un bon signal. » On avait « un très bon dialogue » avec lui à la SNCF.

Plus anciennement, la CFDT lors des réformes du Code du travail, a été mise en cause. Des critiques, y compris syndicales, affirment que sa position favorable à un compromis avec le gouvernement sur la loi El Khomri correspondait très exactement à l’idéologie véhiculée par ce dernier.

Cette position avait d’ailleurs suscité en interne des opposions rudement réprimées : en janvier 2020, la CFDT est condamnée à 25 000 euros d’amende pour « abus de pouvoir » sur un de ses syndicats. Le Syndicat Commerce Indépendant Démocratique (SCID) — 3 500 adhérents — s’était, en 2014, opposé à la direction de la CFDT, à laquelle il est affilié, sur la Loi travail visant à étendre le travail de nuit et le travail le dimanche dans certaines zones touristiques. Les adhérents du SCID réunis en congrès extraordinaire ont finalement voté, à plus de 95 %, leur désaffiliation de la CFDT.

La méthode : négocier dans le dos des salariés

La CFDT a systématiquement préféré les petits comités aux rues. Rencontres bilatérales avec Attal, Bayrou ou Lecornu, « négociations flash » sur l’assurance chômage, conférences restreintes. Elle valide la méthode Macron dans son essence : décider entre soi, loin du peuple, loin du Parlement, loin de la rue.

Elle critique parfois pour la forme, histoire de garder une crédibilité minimale. Mais elle ne rompt jamais. C’est sa marque de fabrique depuis des années. Laurent Berger avait déjà installé cette culture. Marylise Léon l’a perfectionnée. Le résultat est toujours le même : le pouvoir avance, la CFDT accompagne, et les salariés paient.

La critique la plus fondée concernant le rapport de la CFDT aux ouvriers porte sur un tournant stratégique majeur. Des travaux de socio-histoire montrent comment la CFDT au tournant des années 1990 est passée du socialisme autogestionnaire au réformisme apolitique en moins d’une génération. Ce basculement s’est accompagné de la fin de l’ouvriérisme CFDT, c’est-à-dire l’abandon d’une culture militante qui plaçait la classe ouvrière et ses luttes au cœur de l’action syndicale.

Il n’y a pas de mystère. La CFDT n’est pas le syndicat des ouvriers et des employés. C’est le syndicat des cadres qui ont fait alliance objective avec l’idéologie sociale-libérale, portée par l’extrême centre. Sociologie favorable, dirigeants technocrates, culture du compromis permanent, refus systématique de la confrontation réelle : tout converge.

Marylise Léon assume. Elle se décrit elle-même comme plus « experte » que militante. Exactement ce dont le régime a besoin : un interlocuteur présentable, réformiste, qui légitime les décisions douloureuses sans jamais vraiment s’y opposer.

Jean Lamolie

1D’après une étude de 2007 ce chiffre est très surestimé : Les syndiqués en France, 1990-2006 :

https://shs.hal.science/halshs-01897061/file/AndolfattoLabbeSyndicalisation2007.pdf

2La CFDT est bien implantée chez les hauts fonctionnaires de certains ministères.

Date de dernière mise à jour : 27/08/2026

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