
La halah romance
La rentrée scolaire aura lieu dans quelques jours. Dans les matières essentielles, notamment le français dans son expression orale comme écrite, le niveau des jeunes est bien souvent catastrophique. Catastrophique, également, la lecture, peu pratiquée, mal comprise, décriée. On martèle à qui veut l’entendre que certains auteurs classiques sont à bannir : trop complexes, trop mâles, trop vieux, trop Blancs. En lieu et place, la culture woke LGBTQIA++++ qu’on cherche à caser dans les têtes est une entreprise de déstructuration des corps et des esprits. Alors on voit surgir une troisième voie, celle de la littérature halal, qui, au nom de la pudeur, lance sur le marché des romans à l’eau de rose charia-compatibles et anti-France.
Un phénomène éditorial
Il y a quelques mois, Sarah-Louise Guille nous alertait sur l’énorme succès d’un livre intitulé Nous, malgré tout (Scrineo). L’auteur, LK Imany, y raconte l’histoire d’Amina, une jeune musulmane qui vient d’arriver à Grenoble. Le récit est celui d’une jeune femme confrontée à l’islamophobie qui, écrit-elle, gangrène la société française, « laïcarde, capitaliste, raciste ».
Au dernier Festival du livre de Paris qui s’est tenu au Grand Palais en avril, l’éditeur Scrineo a vu son stand pris d’assaut. Le livre de LK Imany s’y est arraché, révélant ce qui s’annonce comme un véritable phénomène éditorial : la « romance halal ». Une jeune maison d’édition est née, Mawadab, spécialisée dans le genre, et l’on peut lire dans BondyBlog (un média en ligne né au moment des émeutes de 2005) qu'« on aura vraiment réussi quand ce ne sera pas seulement présent dans des maisons d’édition indépendantes, mais vraiment partout, à une échelle plus nationale. Parce que tout le monde mérite d’avoir sa place dans l’édition. » La romance halal viendrait donc combler un vide, offrant enfin aux jeunes femmes un miroir que leur refuse la société française.
Europe 1 relate que sur TikTok et autres plates-formes, des influenceuses voilées expliquent combien la littérature classique est incompatible avec leurs valeurs religieuses. L’une d’elles explique : « Une romance halal, c’est une romance qui respecte le cadre islamique pour se courtiser. Pas de relation charnelle, pas de relation romantique avant le mariage » - mariage arrangé, bien sûr. Une autre témoigne, sur un ton revendicatif, de son succès d'auteur : « Vous me croyez si je vous dit que j'ai réussi à faire publier une halal romance dans la France de Macron bollorisée (sic) ? »
S’il ne s’agissait que d’un choix personnel – après tout, il y a bien une clientèle pour les romans de gare et les histoires de princesse de Barbara Cartland –, cela serait de peu d’importance. Hélas, on l’a compris, c’est de conquête culturelle qu’il s’agit, et pas seulement de lectorat.
« L’extension du halal comme espace normatif »
Invitée, ce lundi, d’Europe 1 Matin, l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler voit dans ce phénomène « une extension du halal comme espace normatif, c’est-à-dire quelque chose qui doit régimenter les activités quotidiennes du musulman ». Il ne faut pas oublier que halal signifie « licite », et cela ne sert plus seulement à qualifier la nourriture ou les actes rituels. Cela touche désormais le vêtement, la finance, les voyages, l’enseignement… Maintenant, il faut aussi produire « des récits, des émotions, des imaginaires licites pour les musulmans ».
Il ne s’agit pas d’instaurer une culture en parallèle mais bien une culture de remplacement. L’objectif, à terme, est de supprimer la lecture des auteurs classiques. Plus qu’un « séparatisme », dit l’anthropologue, il s’agit d’un « projet prosélyte ». La romance halal n’est pas l’expression d’une préférence littéraire, « c’est un appel à l’adhésion, qui va de pair avec le rejet ». C’est « une catégorie dans le marché généraliste qui va jusqu’à sa normalisation comme une espèce de sous-genre de romance pour les adolescentes ». Ce qui serait acceptable si ces romances ne véhiculaient pas la haine de la France, et particulièrement de son principe de laïcité dont Florence Bergeaud-Blackler conclut qu'elle est considérée « comme l’instrument de relégation et de rejet des musulmans ».
Marie Delarue