Rien d’étonnant à ce monumental échec collectif, puisqu’un ex-chef d’état-major de l’armée de l’Air a reconnu sans détour devant la commission de la Défense : « Il y a dix ou quinze ans, je faisais partie de ceux qui n’y croyaient pas ».

Loin de moi l’idée d’accabler la hiérarchie militaire qui considérait les drones à leur apparition comme de simples outils de surveillance, mais certainement pas comme des armes de combat capables un jour de frapper l’ennemi en profondeur. Pour un pilote, l’avion de chasse, et notamment notre fabuleux Rafale, restait le maître incontesté du combat aérien.
https://www.ladepeche.fr/2026/08/19/defense-nous-sommes-terriblement-en-retard-cest-dramatique-la-france-a-lepreuve-des-drones-militaires-13512908.php
Or, on voit aujourd’hui sur le front ukrainien que 70 à 80 % des pertes humaines sont le fait des drones kamikazes et que les grandes offensives de fantassins et de blindés sont devenues des opérations suicide.
Les chasseurs et bombardiers russes, très vulnérables aux défenses sol-air ukrainiennes, tirent leurs missiles et leurs bombes planantes en restant prudemment à 50 km de la ligne de front. L’ère des duels chevaleresques en plein ciel est depuis longtemps révolue et les combats tournoyants au canon ont cédé la place aux missiles.
À cette réticence de la hiérarchie à l’égard des drones se sont ajoutés des retards et des échec industriels fort pénalisants, qu’ils concernent des projets nationaux ou bien l’Eurodrone, modèle de fiasco de coopération industrielle internationale.
Moyennant quoi, toute l’opération Barkhane au Sahel s’est poursuivie avec des drones américains Reaper, avec les contraintes habituelles d’une dépendance opérationnelle envers Washington. L’alliance a ses limites.
Finalement, c’est la guerre en Ukraine qui a mis tout le monde d’accord.
Le drone, naval ou aérien, est désormais au cœur du combat moderne.
La France va consacrer 8 milliards au programme des drones, en s’appuyant aussi sur le secteur privé en partenariat avec nos industriels de la Défense.
Elle mise sur le haut de gamme avec des drones lourds et des drones « ailiers » connectés au Rafale F5. Ce sont ces drones qui s’avancent en zone hostile pour repérer les cibles afin de transmettre les données au Rafale resté en retrait. L’IA devient omniprésente.
Des écoles de pilotage de drones sont au programme. Mais on demeure dans la haute technologie au détriment du low cost, l’arme fatale visant la saturation des défenses ennemies. Un choix discutable.
Car l’attaque de masse a fait ses preuves sur le front ukrainien. La haute technologie défensive ne peut pas, à elle seule, repousser une stratégie de saturation par le nombre. Par son coût face à un essaim de drones low cost et par son incapacité à éviter la submersion.
La France se doit donc de ne négliger aucune voie.
Nos industriels travaillent par ailleurs sur les armes à énergie dirigée, lasers et micro-ondes, ainsi que sur l’artillerie automatisée et le brouillage électromagnétique de tout un secteur pour contrer un essaim de drones.
Nul doute que nos ingénieurs sauront relever le défi technologique. Mais 15 à 20 ans de retard ne se rattrapent pas en cinq ans.
Jacques Guillemain