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POLITIQUE - Le communisme existe dans le cœur des hommes depuis des siècles
« Il n’y a pas de communisme trans historique, c’est une vision simpliste de l’histoire », prétend un philosophe universitaire.
Au XIXe Siècle, des formes multiples de communisme doctrinal revêtent un vernis fallacieusement religieux. Le principe communiste a pris pied chez une fraction notable des ouvriers. C’est pour eux une vérité incontestable.
Jusqu’en 1848, le communisme se donne un certain air de religiosité. Saint-Simon (1760-1825), pose le principe. L’école saint-simonienne fabrique une communauté où dominent le despotisme le plus étendu, doté du droit d’autorité, l’industrialisme universel à titre de loi inviolable de la nature, la passion la plus dégradante ceinte de l’auréole éclatante de la sainteté.
À la société chrétienne basée sur le droit individuel, on substitue la société de la communauté.
À la mortification des passions, on substitue le déchaînement des passions.
Tous les hommes sont égaux. À chacun selon sa capacité.
La chair doit être réhabilitée. Les plaisirs des sens sont des choses saintes.
La propriété et l’hérédité sont des privilèges incompatibles avec l’égalité.
Le salaire doit disparaître par la constitution de l’association hiérarchique universelle.
Charles Fourier (1772-1837) met sur pied sa communauté en lui donnant un vernis religieux apparent. De la loi d’attraction universelle, il passe à la loi d’attraction passionnée. Attraction des planètes et des soleils. Attraction dans le gouvernement des hommes. D’où l’ordre, l’harmonie, le bonheur et l’unité sur la terre.
L’accord harmonieux cherché aurait lieu entre 1620 et 1800 individus. La société est divisée en autant de phalanges qu’il y a de fois 1620 ou 1800 individus. Chaque phalange est logée dans un corps de bâtiment appelé phalanstère. Le travail est divisé en groupes et en séries. L’éducation est commune. La vie en commun et le travail exécuté sont la source de gains matériels immenses.
Dans l’ordre politique, le suffrage universel décide de tout. Les groupes, séries, phalanges élisent leurs chefs ou maîtres. Les phalanges nomment le pouvoir suprême.
Dans l’ordre moral, le système de Fourier supprime le mariage indissoluble. La polygamie et la polyandrie sont autorisées au plus haut degré. Toutes les passions sont satisfaites sans frein.
Le bonheur fleurit là où triomphent la passion la plus vile, le sentiment le plus brutal de l’homme.
Fourier affirme que la nature éternelle se compose de trois principes éternels, incréés et indestructibles : Dieu, la matière et la justice. En définitive, son système n’est qu’un panthéisme.
On se rend compte de l’inanité et des turpitudes des formes panthéistes.
Pierre Leroux (1797-1871) veut chasser du monde la charité chrétienne qu’il dit être une chose vieille, démodée, et mettre à sa place la solidarité mutuelle. La formule liberté, fraternité, égalité, doit s’établir plus solidement dans la vie sociale. La théorie cachée dans le mot égalité est celle d’une nouvelle organisation sociale, dans le sens du communisme.
Tous les hommes doivent être égaux, non seulement en droit, mais en fait. Il y a entre les hommes une étroite solidarité mutuelle, comme étant partie du tout universel.
Mais ni l’égalité de fait, ni la solidarité ne peuvent se vérifier dans une société, à moins qu’on y introduise une organisation communiste. On doit fatalement arriver à cette conclusion : le communisme.
Etienne Cabet (1788-1856) définit le royaume de Dieu : « une nouvelle organisation sociale… une nouvelle société… basée sur la volonté de Dieu, sur l’amour paternel, sur la fraternité, sur l’égalité, sur la souveraineté du peuple, sur la démocratie radicale et pure, sur la suppression des privilèges et de toute espèce de domination ». Il pouvait dire plus brièvement : le royaume du Christ, c’est le communisme. Cabet voit le communisme préconisé dans l’Evangile. C’est un procédé indigne.
Mais le royaume de Dieu n’est pas un royaume de ce monde, comme se l’imagine Cabet, mais un royaume spirituel, avec une organisation tendant à une fin spirituelle.
À l’imitation de l’Utopie de Thomas More, Cabet publie un roman intitulé Voyage en Icarie. Le voyageur, un seigneur anglais, trouve en Icarie le communisme en pleine floraison.
L’Icarie connaît une condition fortunée depuis qu’elle jouit de l’organisation communiste. Elle était plongée dans l’infortune antérieure et a réussi à s’en affranchir. L’Icarie communiste paraît être le paradis. L’Icarie non communiste paraît être l’enfer lui-même. Des arguments divers exaltent et appuient le communisme.
Pour Cabet, la vraie société chrétienne est celle où règne le communisme. Jésus-Christ a été le premier communiste.
Au XIXe siècle, d’autres formes de communisme ont une teinte athée, politique et économique.
Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) répand et propage une doctrine qu’il estime être la loi morale du monde. Cette doctrine consiste en une triple haine sombre et féroce.
1- Haine contre le droit de propriété
2- Haine contre Dieu
3- Haine contre l’autorité
Une fois l’édifice social de l’ordre actuel renversé de fond en comble, Proudhon nous donne les grandes lignes d’un ordre nouveau.
Première règle. La propriété est remplacée par la possession. Les possessions égales varient selon le nombre d’individus.
Deuxième règle. Les produits doivent s’acquérir par l’échange avec d’autres produits. Tout gain est impossible et injuste.
Troisième règle. Les hommes se trouvent tous associés par une loi physique. Donc l’égalité des conditions est de stricte justice, de droit social.
Quatrième règle. L’association libre est la seule forme de société possible, la seule juste, la seule vraie. La propriété est le suicide de la société. Le gouvernement de l’homme par l’homme est oppression. La plus haute perfection de la société se trouve dans l’union de l’ordre et de l’anarchie.
Il importe donc de purifier le monde de la gangrène sociale de la propriété, d’enlever de l’esprit des hommes toute idée de Dieu, en anéantissant le catholicisme.
Karl Marx (1818-1883), écrit et publie un programme dans Le Capital. Les communistes défendent les intérêts généraux de toutes les classes, à travers la lutte entre les ouvriers et les capitalistes. Le but immédiat des communistes est le renversement de la suprématie des capitalistes, par l’acquisition du pouvoir politique.
D’après Marx, le gain net que le capitaliste retire d’un travail donné et qu’il s’approprie est une usurpation du bien d’autrui, et par suite, une injustice. Il faut dépouiller les usurpateurs par les mains du peuple. La possession privée des capitaux sera remplacée par la possession collective. Le système économique de Marx est de forme communiste.
Ferdinand Lassalle (1825-1864), un autre allemand, imagine une réforme sociale dans un sens communiste. Il exige que l’Etat accomplisse la réforme, en poussant le peuple.
Le principe fondamental de Lassalle : en vertu du droit naturel, la propriété est basée sur le travail de l’individu qui le produit. À la propriété privée, il substitue une propriété basée sur le travail.
Le seul travail personnel de l’individu fait produire et crée la propriété.
Le travail de l’homme sert à fixer la valeur du produit.
La propriété, l’hérédité, le droit de famille, sont des choses changeantes.
La loi des salaires est une loi de l’iniquité exécrable.
Les propriétés foncières et les capitaux doivent tomber entre les mains de l’Etat.
Les ouvriers doivent devenir propriétaires des grandes usines.
D’autres penseurs rendent service au communisme : John Stuart-Mill (1806-1873), Wilhelm Heinrich Roscher (1845-1923, Knies (1821-1898).
Au XIXe siècle encore, des formes pratiques de communisme sont mises à l’essai ou à mettre à l’essai. Robert Owen, théoricien britannique (1771-1858), imagine un système coopératif.
Quand les hommes auront reconnu la nécessité de renoncer à leurs richesses, pour embrasser l’égalité parfaire et la communauté absolue, ils se partageront en sociétés coopératives de deux ou trois mille têtes. Chaque société loge dans un bâtiment commun. Elle est à la fois agricole et manufacturière. De 15 à 25 ans, les associés forment le corps des producteurs. De 20 à 30, le corps des distributeurs et des conservateurs des produits. De 30 à 40, l’administration intérieure. De 40 à 60, des conseils. Au-delà, d’après l’âge, il y a un conseil de gouvernement.
L’impiété et l’impudence règnent dans le système. Tout associé peut abandonner une femme et en prendre une autre. Les mascarades et le bal remplacent le culte. Toute propriété individuelle est supprimée. Dans cette société, on nage en pleine félicité.
Le système est essayé dans une usine de 2000 ouvriers à New-Lanark, en Ecosse, et obtient un plein succès.
En 1824, en Amérique, Owen fonde une bourgade de 2000 habitants et lui donne le nom de New-Harmonia. Résultat. La désunion, la misère, l’immoralité. Il faut dissoudre la colonie.
À son retour en Angleterre, New Lanark est en pleine révolte et en pleine dissolution. Licenciement des gens assemblés. Faillite d’un million.
Louis Blanc, membre du gouvernement provisoire français en 1848, (1811-1882), imagine un système pratique. Pour lui, la concurrence est la source de tous les maux de la société. Il faut à tout prix la détruire.
On doit établir de grands ateliers nationaux, de grandes usines ou fabriques nationales. Toutes les usines doivent être reliées et solidaires entre elles.
Le gain perçu sera partagé en trois parties. L’une aux associés ou compagnons producteurs, en parts égales. La deuxième pour l’entretien des vieillards, des infirmes, des accidentés. La troisième pour l’achat des instruments de travail. Ce qui est dit de l’industrie est applicable à l’agriculture.
Le gouvernement doit contracter un formidable emprunt qui servira à fonder les grandes officines sociales.
Louis Blanc veut empêcher les capitaux d’alimenter et de soutenir l’industrie privée. En conséquence, une loi de l’Etat doit supprimer l’hérédité en ligne collatérale au profit des communes et du gouvernement.
En 1848, Louis Blanc change le principe de l’égalité des salaires. Travail d’après les aptitudes et les forces. Rétribution d’après les besoins.
Les communautés industrielles et agricoles deviendraient propriétaires perpétuels de tous les capitaux et de toutes les terres de la nation. La misère serait écartée et l’abondance assurée.
La théorie de Louis Blanc peut faire illusion aux ouvriers, mais sur le plan de la solution du problème économique, elle n’a aucune valeur.
Les systèmes de communisme du XIXe siècle ne sont qu’un plagiat des systèmes passés. Au XXe siècle, le système communiste se met en place en Russie devenue URSS, en Chine, dans les démocraties populaires d’Europe de l’Est, à Cuba, au Cambodge. On connaît le résultat.
Définir le communisme comme une doctrine philosophique athée élaborée par Marx et Engels est beaucoup trop réducteur.
En fait, le terme équivoque « communisme » désigne au minimum tout à la fois :
un instrument d’intoxication des peuples en vue d’obtenir leur auto destruction,
un outil de domination des peuples,
au niveau spirituel, une doctrine de « vie » en accord avec la gnose panthéiste.
Le communisme est le régime politique rêvé des puissances financières capitalistes, lesquelles ont financé le maître, dans la mesure où toute concurrence commerciale y est bannie par l’instauration de monopoles. Le rêve des chantres de la libre concurrence est… la destruction de leur concurrence. N’est-ce pas ce qui se passe aujourd’hui, avec le triomphe des multinationales tenues par des milliardaires, l’établissement de monopoles, et l’élimination des petits et moyens producteurs ? Et la surveillance, le contrôle, l’assujettissement des peuples.
En tant que système, le communisme indique qu’une collectivité déterminée vit sur la base de la propriété en commun ou sur la distribution des richesses ou de la partie principale de ces richesses.
En tant que doctrine, le terme indique les théories soutenant que le système communiste est le meilleur, puisqu’il élimine les inégalités et les injustices entre les hommes.
Cette révolte morale existe dans le cœur des hommes depuis des siècles, d’où la permanence trans historique du communisme. Ce n’est pas une vision simpliste de l’histoire, c’est un fait.
Depuis plus de 3000 ans, il y a une continuité historique du communisme.
Le communisme est une théorie fondée sur le principe de la collectivisation des moyens de production et des biens de consommation, au nom de l’idéal d’égalité des hommes.
Les thèses marxistes ont une saveur discrètement séduisante, laissant croire à l’homme qu’il peut se libérer de l’obligation morale. Marx a répliqué le discours de l’antique serpent à destination des hommes.
Certains apôtres communistes peuvent être authentiquement désintéressés, dévoués, généreux, mais tous ressentent confusément qu’ils sont libérés des obligations morales, et que le communisme apportera la félicité sur terre.
En fait, le communisme présente beaucoup d’analogies avec les millénarismes du passé. Tous élaborent une doctrine qui supprime la liberté et la dignité humaine.
Les buts sont les mêmes : ordre nouveau, paradis sur terre, nouvelle société, nouvelle civilisation, avenir radieux, homme nouveau, changement de la nature humaine, physique et mentale, loi d’amour des autres jusqu’au mépris de soi.
Les moyens sont les mêmes : gouvernement des esprits, dictature spirituelle, justice sélective, police politique, école de propagande, destruction de l’ordre existant, liquidation de la religion, démantèlement de la culture, abrogation des racines, anéantissement de la dignité humaine, renversement de la morale, négation de l’existence individuelle, renonciation à l’idée de droits, élimination des opposants, règne de l’arbitraire, du despotisme, diabolisation des résistants, dévalorisation des idées non conformes.
Les causes sont les mêmes :
Un moteur psychologique, l’envie sociale, l’argent, le profit,
Une conviction, l’ordre présent considéré comme mauvais, ringard, dépassé, moisi, ranci,
Un dogme, le mythe de l’égalité primitive,
Une foi, la croyance en un paradis perdu.
Ces analogies ne se retrouvent-elles pas dans le mondialisme actuel ?
Le communisme trans historique est bien une vérité incontournable, et non une vision.
Saint-Thomas d’Aquin (1225-1274) : « L’étude de la philosophie consiste à savoir non ce que les hommes ont pensé, mais ce qui est réellement ».
Jean Saunier
Date de dernière mise à jour : 25/08/2026
