MÉDIAS - La presse de propagande contre l’IA française Mistral

Adelean - La revue de presse du 25 Novembre 2021

Une fois de plus, la bien-pensance médiatique française s’est empressée de relayer, sans esprit critique, un rapport de NewsGuard accusant le chatbot français « Le Chat » de Mistral AI de relayer trop souvent des « fausses informations » liées à la guerre en Iran. Ce soudain intérêt pour la « fiabilité » d’une IA européenne tombe à point nommé. Car derrière cette offensive se cache une réalité beaucoup moins reluisante : celle d’une entreprise étasunienne étroitement liée à l’appareil sécuritaire des États-Unis et aux milieux néoconservateurs et démocrates interventionnistes.

NewsGuard : un fact-checker orienté

NewsGuard n’est pas une organisation indépendante et neutre. Cofondée par Steven Brill (démocrate modéré, souvent décrit comme libéral) et L. Gordon Crovitz (conservateur traditionnel, ancien du Wall Street Journal), l’entreprise a noué des contrats avec le Pentagone et le Département d’État américain. Elle a notamment perçu des fonds pour lutter contre la « désinformation étrangère », particulièrement russe, chinoise et iranienne.

Son Advisory Board est tout aussi révélateur : on y trouve d’anciens hauts responsables du renseignement et de la diplomatie US comme Michael Hayden (ex-directeur de la CIA), Tom Ridge (ex-secrétaire à la Sécurité intérieure), Richard Stengel (ex-responsable de la diplomatie publique sous Obama, qui s’est autoproclamé chief propagandist) ou encore Anders Fogh Rasmussen (ex-secrétaire général de l’OTAN). Autant dire que l’orientation est clairement atlantiste, interventionniste et alignée sur la vision du monde de l’État profond démocrate et néo-conservateur.

Une hostilité récurrente envers les conservateurs

Aux États-Unis, NewsGuard fait l’objet de vives critiques, notamment de la part des Républicains et des médias conservateurs. La Chambre des représentants a ouvert des enquêtes sur ses pratiques, l’accusant de biais anti-conservateur. Plusieurs études, dont celle du Media Research Center, ont pointé un écart systématique : les médias de gauche obtiendraient en moyenne des notes bien plus élevées que les médias de droite sur des critères soi-disant « apolitiques ».

NewsGuard se défend en affirmant que son système de notation est neutre. Pourtant, elle est régulièrement accusée de participer à une forme de censure en fournissant des listes noires aux annonceurs et aux plateformes. Dans un contexte où l’administration Trump a multiplié les attaques contre les organismes de « lutte contre la désinformation » perçus comme des outils de censure, NewsGuard apparaît de plus en plus comme un acteur partisan au service d’une certaine élite washingtonienne.

Tous les IA ont des biais idéologiques… sauf qu’on ne les dénonce pas tous

Le plus savoureux dans cette affaire est l’hypocrisie. Toutes les grandes IA présentent des biais idéologiques marqués.

Claude (Anthropic) et ChatGPT (OpenAI) sont régulièrement accusés de biais progressistes prononcés : sur les questions de genre, d’immigration, d’identité, de climat ou de politique étrangère, ils peinent souvent à sortir du cadre woke dominant dans la Silicon Valley. Des études indépendantes les classent régulièrement comme liberal ou establishment left.

Les IA étasuniennes dominantes relaient volontiers la narration atlantiste et néoconservatrice sur les conflits internationaux, tout en étant beaucoup plus frileuses dès qu’il s’agit de remettre en cause le narratif officiel sur l’Ukraine, Israël ou les interventions américaines.

Pourtant, on ne voit guère la presse française se scandaliser de ces biais lorsqu’ils servent la doxa dominante. En revanche, dès qu’une IA européenne comme Mistral montre une moindre docilité – ou simplement un taux d’erreur comparable aux autres sur des sujets géopolitiques sensibles –, elle devient soudainement une menace pour la « démocratie » et la « vérité ».

Une tentative de déstabilisation de la seule IA européenne indépendante ?

On est en droit de se poser la question : cette campagne ciblée contre Mistral n’est-elle pas une opération visant à affaiblir le seul acteur européen capable de rivaliser avec les géants américains (OpenAI, Google, Anthropic) et chinois ?

La France et l’Europe ont enfin un champion technologique souverain en matière d’intelligence artificielle. Mistral développe des modèles performants, ouverts ou semi-ouverts, et « Le Chat » est accessible au grand public. Affaiblir sa réputation, c’est freiner l’émergence d’une IA qui n’est pas entièrement inféodée aux valeurs et aux intérêts de la Silicon Valley ou de Washington.

Derrière les grands mots de « lutte contre la désinformation » se cache souvent une volonté de contrôle de l’information et de la narration. Quand NewsGuard, liée à l’appareil sécuritaire US, pointe du doigt l’IA française, il ne s’agit peut-être pas tant de défendre la vérité que de préserver l’hégémonie étasunienne sur les technologies stratégiques du XXIe siècle.

L’Europe a le droit – et même le devoir – de développer ses propres outils d’IA sans se faire dicter sa conduite par des organisations américaines aux liens troubles avec le complexe militaro-industriel et les milieux interventionnistes.

La presse française de propagande, toujours prompte à dénoncer les « ingérences étrangères » quand elles viennent de Moscou ou de Pékin, se montre étrangement silencieuse sur celles qui viennent de l’autre côté de l’Atlantique. C’est pourtant la même logique : celle de la souveraineté technologique et informationnelle.

Mistral n’est pas parfaite, comme aucune IA ne l’est. Mais elle mérite d’être jugée avec la même sévérité – et la même indulgence – que ses concurrentes étasuniennes.

Jean Lamolie

Date de dernière mise à jour : 03/05/2026

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