
Pendant 14 mois consécutifs, CNews a dominé le paysage des chaînes d’information en France. Portée par une ligne éditoriale résolument ancrée à droite, la chaîne a séduit un public de tous âges et de toutes CSP – agriculteurs, commerçants, cadres, fonctionnaires, employés, patrons, etc., en quête d’un discours médiatique alternatif. Pourtant, depuis quelques semaines, CNews perd de l’audience. BFMTV lui a repris la première place des chaînes d’info, et LCI, longtemps distancée, a également doublé la chaîne de Vincent Bolloré. De 4 % au mois d’octobre, la part d’audience de CNews n’a cessé de chuter pour atteindre 2,7 % entre le 1er et le 18 avril, contre 2,9 % pour LCI et 3,1 % pour BFMTV.
Un positionnement pro-israélien sans doute trop marqué
Depuis le conflit Israël-Hamas, CNews a adopté une ligne pro-israélienne très affirmée, sans laisser de place au débat contradictoire. 74 % des Français sont favorables à des sanctions contre Israël, et 63 % soutiennent la reconnaissance de l’État palestinien (sondages Ifop, 2026). Alors qu’une très large majorité de Français ont marqué leur solidarité avec Israël lors des pogroms du 7 Octobre, les images de la réponse militaire israélienne à Gaza ont choqué une grande partie de l’opinion publique, y compris parmi les sympathisants traditionnels de la chaîne. Même dans la communauté juive, très attachée à la chaîne – « C’est CJews ! » raille la gauche antisémite qui n’hésite pas à déterrer les ancêtres juifs de Vincent Bolloré – cette ligne éditoriale univoque ne fait pas l’unanimité.
Les bombardements de Tsahal au Liban, qui ont causé de très nombreux morts civils, en particulier dans la communauté chrétienne du pays, n’ont rien arrangé. Par ailleurs, si l’on voulait avoir des informations sur le quotidien en Israël au plus fort des bombardements iraniens sur le pays, il fallait aller sur d’autres chaînes : la vérité « officielle » était que tout allait bien pour Israël et que le dôme de fer ne laissait rien passer. 370 000 Israéliens ont quitté le pays depuis le début de la guerre ? Ce n’est pas sur CNews qu’on a pu l’apprendre. CNews qui affirmait au contraire que de nombreux juifs français allaient faire leur Alya. En pariant sur les opinions tranchées de ses chroniqueurs, la chaîne ne peut rivaliser avec l’expertise des spécialistes de la géopolitique invités sur BFMTV et LCI.
Par ailleurs, les Français ne souhaitent pas que les sujets brûlants oblitèrent complètement leurs réalités quotidiennes : l’insécurité, le pouvoir d’achat, ou encore les réformes sociales. Or, CNews a parfois consacré des émissions entières pendant des semaines entières au conflit du Moyen-Orient, au détriment de l’actualité nationale, ce qui a décalé une partie de son audience.
La chaîne aurait pu – dû ? – faire la différence sur le dossier ukrainien
L’absence de mise en perspective de l’aide française et européenne à l’Ukraine est sans doute mal perçue par les téléspectateurs, qui peuvent par ailleurs s’informer par d’autres canaux et constater que le régime de Kiev est corrompu jusqu’à l’os. Des milliards en pure perte pour l’Ukraine, alors que les caisses de l’État sont vides et que les Français doivent se serrer la ceinture. On observera que les autres chaînes sont plutôt à l’unisson. C’était le moyen pour le média Bolloré de faire la différence et d’accrocher une part importante de l’opinion publique, non en prenant totalement le parti de la Russie bien entendu, mais en faisant entendre une voix dissonante, renforçant ainsi son statut de média alternatif. Les Français sont allés se renseigner sur les réseaux sociaux. Ou sur Riposte Laïque…
Le positionnement pro-Sarkozy : un pari ingagnable
Nicolas Sarkozy est une des vaches sacrées de la chaîne – qui l’a comparé au Christ lors de son séjour en prison… Ces éloges appuyés au-delà de toute raison ont déconcerté une partie des téléspectateurs. Le bilan de l’ancien président n’est sans doute pas aussi consensuel à droite que la chaîne semble le suggérer : le traité de Lisbonne (2008), perçu comme une trahison et un abandon de souveraineté française ; l’intervention militaire en Libye (2011) – sous l’influence d’un BHL totalement démonétisé – dont les conséquences chaotiques (guerre civile, migration) sont encore critiquées aujourd’hui ; sa gestion catastrophique de la crise migratoire ; un Sarkozy qui en 2007 s’est fait élire sur un programme de droite pour ensuite pratiquer une ouverture à gauche : Kouchner aux Affaires étrangères, Jouyet à l’Économie, Besson au ministère de l’Immigration, Fadela Amara à la politique de la Ville, Morin à la Défense, etc. ; un Sarkozy qui a prononcé en 2008 un discours proprement hallucinant sur l’ « impérieuse nécessité du métissage ».
’en passe et peut-être des pires. Les téléspectateurs de CNews n’ont pas tous, loin s’en faut, adhéré à cette réhabilitation systématique. Beaucoup préfèrent une analyse critique plutôt qu’un culte de la personnalité. On murmure que Bolloré et Sarkozy ont noué de longue date des liens d’amitié. Si ces liens, précieux pour les hommes, sont toxiques pour la chaîne, il faudra sans doute faire un choix. Le Sarko Circus va connaître dans les prochains mois de nouveaux développements. Il serait navrant que Vincent Bolloré impose son point de vue personnel à ses journalistes sur un dossier qui est loin de faire l’unanimité des Français.
L’affaire Morandini et le départ de Sonia Mabrouk : deux coups durs pour l’image de la chaîne
L’affaire Jean-Marc Morandini, condamné pour corruption de mineurs, a salement éclaboussé CNews dont le patron promeut par ailleurs une morale chrétienne. La chaîne a maintenu son animateur phare pendant des mois, avant de finalement s’en séparer sous la pression médiatique et judiciaire (Morandini est parti « de lui-même », à la demande sans doute de Bolloré). Cette gestion maladroite a nui à l’image de la chaîne, perçue comme trop complaisante envers ses stars.
Par ailleurs, le départ concomitant de Sonia Mabrouk, figure respectée pour son sang-froid et son professionnalisme, a privé CNews d’une voix modératrice dans la fermeté. Son absence a renforcé l’impression d’un plateau trop monolithique. Sonia Mabrouk, musulmane et parfaitement Française, officie depuis sur BFM. Est-ce l’un des secrets de la remontada de la chaîne de Rodolphe Saadé ?
Un format de débat en question ?
Contrairement à BFMTV ou LCI, qui multiplient les confrontations d’idées, CNews propose souvent des échanges entre intervenants partageant le même avis, ce qui laisser supposer au public que des informations sont volontairement occultées. Les émissions 100% politique et 100% Frontières, ce dernier en collaboration avec l’excellent magazine Frontières, n’échappent pas à cette règle, mais avec des intervenants particulièrement percutants et en insérant de nombreux reportages de terrains, voire des documentaires long format, ce qui est un plus considérable. Cela dit, les analyses des quatre mousquetaires de l’émission de Christine Kelly, idéologiquement très cohérents, sont de purs moments de bonheur, aux antipodes du goût des jeunes publics pour la facilité, la rapidité et le clash…
Dans la vidéo ci-dessous de TVLibertés, on trouvera un format de débat entre deux grosses pointures intellectuelles – Franck Tanguy et Jean-Yves Le Gallou – sur un sujet éminemment clivant : la remigration est-elle possible ? Le débat est frontal, argument contre argument. C’est peut-être ce type de format qui fait défaut sur CNews.
Pascal Praud, arme absolue ou handicap ?
Le présentateur star de la chaîne a la fâcheuse manie de couper régulièrement la parole à ses invités et n’hésite pas à imposer son point de vue. Exposer une idée jusqu’à son terme relève de l’exploit. Quand il invite en contrepoint le socialiste André Vallini par exemple, celui-ci, peu charismatique et souvent à côté de la plaque (est-il invité précisément pour cela ?), ne pèse pas face aux autres intervenants. Résultat : le débat semble truqué, et les téléspectateurs recherchent ailleurs un vrai échange d’idées.
Philippe Bilger, longtemps pilier de « L’Heure des pros », en a eu assez de servir de punching ball au reste de l’équipe et a fini par prendre ses cliques et ses claques. Dans son dernier livre, l’ancien magistrat règle ses comptes avec Pascal Paud et dénonce l’unanimisme de l’émission, entre autre sur le dossier Sarkozy. C’est plus sur la forme que sur le fond qu’a eu lieu le divorce : Bilger affirme en effet être en accord avec 95 % de la ligne éditoriale de la chaîne. « L’Heure des pros » gagnerait à s’adjoindre un ou deux intervenants de gauche capables d’argumenter sans se laisser marcher sur les pieds. Franck Tanguy serait-il partant ?…
Depuis septembre, « L’Heure des pros » a perdu 200 000 téléspectateurs sur la tranche 9 h 00 -10 h 30, soit six points de part d’audience. Le par ailleurs talentueux Eliot Deval semble parfois vouloir imiter Pascal Praud dans ses pires travers…
Nous nous inquiétons de sa baisse d’audience et suggérons modestement quelques remédiations. Nous n’oublions pas que CNews est en ligne de mire de la gauche qui a déjà obtenu la peau de C8 et cherche coûte que coûte celle de CNews. Elle avait cru trouver le biais avec une accusation de racisme à l’encontre d’un des intervenants-phare de la chaîne, Michel Onfray. Accusation qui a fait pschitt et l’Arcom, après avoir consulté ses cabinets d’avocats, a dû convenir que le dossier était vide et n’y a donc pas donné suite.
Le service public dénigre la chaîne de Vincent Bolloré à longueur d’antenne, preuve qu’elle est éminemment urticante pour le Système. Des attaques qui sont d’ailleurs autant de spots publicitaires pour CNews : si les téléspectateurs cherchent un discours vrai sur le réel – immigration, insécurité, islamisation de la France, paupérisation des classes moyennes et populaires, arrogance et privilèges de la caste politico-médiatique, liquidation de pans entiers de notre économie, dont l’agriculture, sur l’autel de Bruxelles, bilan catastrophique du macronisme dans à peu près tous les domaines, faillite intellectuelle et morale de la gauche, etc. – ils savent que c’est évidemment sur CNews qu’ils le trouveront : dis-moi qui tu déranges, je te dirai si ton combat est juste.
Henri Dubost