DÉFENSE NATIONALE - Vers une armée d’amateurs ?
« La grande trouvaille de l’armée, c’est qu’elle est la seule à avoir compris que la compétence ne se lit pas sur le visage. Elle a donc inventé les grades. » (Alphonse Allais)

L'armée française en passe de devenir la 7 ème compagnie ?
Dans la période très préoccupante que nous traversons, chaque jour qui passe nous donne l’occasion de mesurer le délitement, l’effondrement, la dégénérescence de la France : tout va à vau-l’eau, plus rien ne fonctionne normalement, et nous venons de vivre le troisième week-end de casse et de violence orchestré par les islamo-gauchistes de LFI. Le pouvoir ne tient plus la rue, mais a-t-il réellement envie de faire respecter la loi et de ramener le calme dans nos villes ? Rien n’est moins sûr ! On désarme les forces de police ; on poursuit en justice les flics qui font leur devoir et on ne condamne pas les casseurs. Depuis que Macron, sur un coup de tête, a dissous l’Assemblée, on a l’impression que tout est mis en œuvre pour « bordéliser » le pays, et ça fonctionne plutôt bien !
Avant-hier, à Marseille, un pompier a été gravement blessé par balle et, à Paris, c’est un gendarme qui a été brûlé par un cocktail Molotov. Les nervis de l’ultragauche et leurs comparses des banlieues se livrent à des saccages et des guérillas urbaines mais c’est la droite nationale, qualifiée d’extrême, qui est désignée à la vindicte populaire depuis l’odieux attentat raciste de Trappes. Le gnome élyséen a même osé dire que c’était la première fois que, dans notre pays, quelqu’un était tué en raison de sa couleur de peau. Macron a mis une cible dans le dos du RN et de l’« extrême-drrooaate ». C’est abject ! Depuis 2015, les attentats islamistes ont tué 270 personnes chez nous. On pourrait remonter à 1995, quand le GIA algérien exportait ses tueries en France ; ou en 1957, quand Alger, deuxième ville du pays à l’époque, subissait… 112 attentats pour le seul mois de janvier.
Macron, qui prenait la Guyane pour une île, est aussi nul en histoire qu’en géographie. Ce genre de bourde, si elle n’est pas volontaire, en dit long sur le niveau de l’ENA. Si elle est volontaire, elle atteste du pourrissement moral de l’individu qui nous gouverne.
Je ne crois pas un seul instant que la situation calamiteuse de notre pays soit imputable à la conjoncture et encore moins au hasard. Depuis des décennies, les européistes forcenés sont à la manœuvre pour pousser au délitement des nations au profit des États-Unis d’Europe.
Il y a, chez nos dirigeants, une volonté délibérée de tout tirer vers le bas, d’entretenir la médiocrité, de dévaloriser les diplômes, les qualifications, les grades, les décorations, pour que les Français, bien conscients de leur médiocrité, acceptent les diktats de Bruxelles, et qu’on les conduise vers une gouvernance européenne, puis mondiale, comme on mène un bétail docile au pâturage ou… à l’abattoir. On a l’impression que Macron a été choisi pour donner de coup de grâce à un pays bien malade, un mourant en phase terminale, mais qui se cramponnait à ce qui lui restait de vie.
Pour tuer un pays, il faut tuer son peuple historique. Macron a engagé fin 2023 une révision de la Constitution pour y inscrire « la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse ». Un projet de loi constitutionnelle a été adopté par les députés (y compris le RN) le 30 janvier 2024. Nous savons que, depuis la loi Veil en 1975, à raison de 220 à 230 000 avortements par an, le pays aura tué 10 millions de petits Français, lesquels ont été remplacés par des gens issus de l’immigration. Nous savons aussi que, pour attaquer l’omelette par l’autre bout, Macron est également favorable à l’euthanasie pour les vieux et les malades, or la France est un vieux pays bien malade.
Macron, ce pompier-pyromane, n’est pas le seul responsable de la situation catastrophique actuelle, même s’il semble être de dernier maillon d’une chaîne infernale. Depuis longtemps déjà, « panem et circenses », ou, si vous préférez, MacDo, la télé et le foot, ne suffisent plus à abrutir les masses. L’homme occidental est devenu, au fil des ans, un enfant gâté, il faut donc le flatter dans ses plus bas instincts pour lui ôter toute envie de rébellion.
La pornographie, les loisirs, les 35 heures, la violence télévisuelle, la drogue quasi légalisée, les mœurs les plus dépravées, l’entretiennent dans une sorte d’hédonisme narcissique dans lequel une large majorité se vautre et se complaît. Notre époque décadente fait immanquablement penser à la fin de l’Empire romain ; les mêmes causes provoquent les mêmes effets.
Les Français supportent, subissent et se taisent car on leur explique à longueur d’année que l’Europe c’est l’avenir et que le populisme et le nationalisme sont le mal absolu.
Certains – une minorité – ne se laissent pas faire. Les autres sont devenus des moutons ou des bœufs, en aucun cas ils ne deviendront des taureaux de combat ou des lions, mais pour éviter chez eux des velléités de rébellion, il faut leur faire croire qu’ils ont de l’importance. Et pour ça, quoi de mieux que les médailles, les hochets, les diplômes au rabais et les titres ronflants ? Ça flatte l’ego des imbéciles et des crétins prétentieux, et ça ne coûte pas cher au pouvoir qui les délivre.
Quand je parle de ceux qu’on caresse dans le sens du poil pour qu’ils votent bien, ne croyez pas que je noircis le trait à plaisir car cette volonté de dévalorisation des diplômes, des grades, va se nicher partout, y compris dans l’Armée qui est pourtant un corps attaché à ses traditions.
Je pourrais vois parler de nos 95 ou 96 % de réussites à un Bac au rabais qui ne débouche que sur le chômage. Aujourd’hui les cancres manifestent car, après avoir supprimé de Certificat d’études primaires, dévalorisé le BEPC et le Bac, ils voudraient qu’on leur donne leurs licences ou masters. Mais je vais vous parler de notre Armée, d’active ou de réserve. Mes compétences, qui sont fort modestes, s’arrêtent à l’armée de Terre. Je ne connais rien de la Marine, la « Royale » ou de l’armée de l’Air, pompeusement rebaptisée « armée de l’Air et de l’Espace ».
Macron, moulé dans sa combinaison d’aviateur ou dans le tee-shirt des Forces Spéciales qu’il met pour téléphoner à son copain Zelensky, joue les matamores et menace la Russie. Ce type, qui n’a même pas fait son service militaire, qui est incapable de faire rétablir l’ordre dans son pays, se donne l’impression d’être un homme, un vrai, alors qu’il n’est qu’un pantin, car pour faire la guerre, il faut avoir une armée. Le général de Villiers, quand il était CEMA (1), avait déclaré : « L’Armée est à l’os » pour faire prendre conscience du sous-effectif et du sous-équipement dans lesquels se trouvait la « Grande Muette ». Macron l’a viré ! Depuis l’offensive russe en Ukraine, on ne parle plus que de (risque de) « conflit de haute intensité ». On se paie de mots car, depuis la fin de la conscription, nous n’avons plus d’armée. Nos militaires d’active sont très bien formés mais ils sont sous-équipés et trop peu nombreux. Le pouvoir fait des effets d’annonces et renforce les réserves ce qui ne règlera qu’une infime partie du problème.
Rappelons, juste pour mémoire, que la Réserve militaire a été créée après la guerre de 1870. On parlait d’ « officiers de compléments ». De 1914 à 1918, l’Armée française a compté dans ses rangs près de 195 000 officiers qui ont encadré 8,4 millions d’hommes. 36 593 officiers ont été tués. Une bonne moitié était des réservistes (2), dont entre autres, le lieutenant Péguy (3). Le commandant Kieffer, à la tête des seuls Français qui débarquèrent en Normandie le 6 juin 1944, était un réserviste ; comme le commandant Bourgoin dont les paras ont été largués sur la Bretagne dans la nuit du 5 et 6 juin. Le colonel Allaire, bras droit de Bigeard en Indochine, que j’ai eu l’honneur de connaître, était un aspirant de réserve avant d’intégrer l’armée d’active. Dans d’autres guerres, je pourrais citer le sous-lieutenant Jean-Marie Le Pen engagé chez les légionnaires paras en partance pour l’Indochine ou le commandant Erwan Bergot. Durant la guerre d’Algérie, on ne compte plus les officiers de réserve qui ont servi dans les unités combattantes ou les SAS (4). Le rôle de la réserve n’est plus à démontrer mais, de nos jours, je pense que la réserve « opérationnelle » devrait surtout être une affaire de spécialistes (service de santé, ingénieurs, etc.).
Et qu’il faudrait, si on veut l’étoffer, lui adjoindre un vivier de combattants potentiels proche du « soldat citoyen » suisse. J’ai un respect total pour les vrais professionnels or, en cas de conflit, la survie d’une troupe ne devrait pas être confiée à des « amateurs ». La réserve actuelle est constituée pour moitié de bons éléments (souvent d’anciens militaires d’active), et pour l’autre moitié de gens qui ont besoin d’exister. Parfois des vieux gamins, des boy-scouts attardés, qui se donnent des sensations fortes à coup de grenades à plâtre et de balles à blanc, ou qui trouvent, au sein des réserves, un grade ou une honorabilité qu’ils n’ont pas forcément trouvés dans le civil.
Ceci dit, depuis que l’Armée française est réduite à une peau de chagrin, les réservistes sont indispensables ; il est donc assez logique d’en augmenter fortement les effectifs. Mais comme nos dirigeants sont de champions de l’à-peu-près, ils n’ont rien trouvé de mieux que d’augmenter la limite d’âge des réservistes, dorénavant portée à… 72 ans. Si l’OTAN nous impliquait dans un conflit « de haute intensité », le déambulateur deviendrait l’arme du fantassin. Je plaisante, mais ce constat est plutôt tragique. À chaque cérémonie où je me rends, je retrouve quelques camarades et des gradés d’active ou de réserve : des commandants ou colonels ventripotents et qui, n’ayant pas un coup de fusil à se reprocher, aiment à s’écouter parler des campagnes ou des « opex » qu’ils auraient pu mener… si ma tante en avait.
Sébastien Le Cornecul, lieutenant de réserve de la gendarmerie, a été nommé… colonel au titre des spécialistes de la réserve en 2017. Et il est intervenu pour que le simple brigadier Alexandre Benalla soit nommé lieutenant-colonel dans la gendarmerie. Les exemples sont légion de ces officiers supérieurs nommés par le fait du prince. Or, rien ne justifie leur promotion éclair sinon la volonté de les caresser dans le sens du poil, souvent pour récompenser leur soutien inconditionnel au pouvoir.
On peut me rétorquer que l’inflation aux galons n’est pas un phénomène nouveau. À la Libération, la France, qui voulait se persuader qu’elle avait gagné la guerre toute seule, grâce à la Résistance, reconstituait ses pertes en régularisant des FFI et des FTP communistes. Fort Heureusement, avant d’en faire des militaires d’active, on envoyait ces cadres tester leur niveau de compétence à l’école des officiers de Cherchell, en Algérie. Mon vieil ami, l’ancien député Marcel Bouyer, lieutenant FFI, ex-agent de liaison dans la poche de Royan, me disait en rigolant: « Cherchell, c’était impayable ! Tu voyais des gens y rentrer avec des galons de colonels et qui ressortaient… sergents. ». L’inflation aux galons était monnaie courante à l’époque : Jacques Delmas (Chaban dans la Résistance), aspirant en 1939, sera… général en 1944, à 27 ans. On n’avait pas vu ça depuis Napoléon Bonaparte ! En ces temps troublés, tout était permis, il suffisait d’oser : on a même vu, chez les FTP, des « colonels à 6 galons ». De Gaulle, décorant à Bordeaux une rangée d’une douzaine de colonels – FFI ou FTP – trouvait, en bout de file, un simple capitaine auquel il déclarait en souriant : « Vous ne savez pas coudre ? ». Mais c’était la guerre et, s’il est vrai que certains chefs de maquis ont fait tuer leurs hommes par incompétence, si les FTP ont commis les pires atrocités durant la période appelée « l’épuration », d’autres se sont bien battus et beaucoup ont perdu la vie au service de la patrie.
C’était une époque où nous avions encore une armée. Nous avons pourtant lâché l’Indochine comme nous lâcherons quelques années plus tard l’Algérie française. Aujourd’hui nous sommes incapables de rétablir l’ordre dans nos villes et nos bidasses patrouillent comme des âmes en peine dans le cadre de l’opération « sentinelle ».
Eric de Verdelhan
1) CEMA : Chef d’Etat-Major des Armées.
2) Il s’agit d’une approximation car, même le « Rapport Marin », qui date de 1920 et comptabilise les tués de la Grande Guerre, manque de précision sur le sujet.
3) Le 5 septembre 1914, Charles Péguy, lieutenant au 276ème RI, a été tué (à la bataille à Villeroy).
4) SAS : Sections Administratives Spécialisées.