Un paquet de mesures destinées aux Français les plus touchés par la hausse des prix a été présenté mardi. Si l'exécutif assume le choix d'aides ciblées, certains secteurs regrettent de ne pas avoir été intégrés.

Pêcheurs, agriculteurs, infirmiers, aides-soignants, ménages les plus modestes... Pour faire à la flambée des prix des carburants, le gouvernement "a fait le choix d'être auprès des Français les plus précaires et qui travaillent", a défendu sa porte-parole et ministre chargée de l'Energie, mercredi 23 septembre sur franceinfo. Maud Bregeon a ainsi justifié le choix d'étendre les différentes aides ciblées déjà existantes, plutôt que d'opter pour une baisse générale de la fiscalité ou un plafonnement des prix. "Il faut passer d'une logique d'euro facile à une logique d'euro utile. (...) On a fait le choix d'aider en priorité les gens qui sont dans l'obligation d'utiliser leur voiture pour aller travailler", a expliqué de son côté le ministre de l'Industrie, Sébastien Martin, sur Public Sénat mercredi.
Or, cet arbitrage budgétaire laisse plusieurs secteurs sur la touche, comme les auto-écoles et les transporteurs routiers. "Si on doit discuter avec d'autres secteurs concernés, on est bien sûr ouverts à le faire", assure Maud Bregeon, justifiant ces arbitrages par la "réalité budgétaire" dans laquelle se trouve le pays, citant notamment "une situation nationale qui, sur le plan politique, sur le plan économique, est extrêmement contrainte". Voici tous ceux qui ne sont pas concernés par les coups de pouce de l'Etat.
Les Français qui dépassent le plafond de revenus, les chômeurs et les retraités
Désormais, 5,5 millions de Français sont éligibles à l'aide aux grands rouleurs. Toutefois, les travailleurs qui utilisent une voiture 100% électrique, ou qui réalisent moins de 30 km par jour ou moins de 8 000 km par an pour aller travailler sont exclus de ce dispositif. Idem pour ceux qui gagnent plus de 2 050 euros net pour une personne seule, 4 070 euros pour un couple et 6 100 euros pour un couple avec deux enfants. Un plafond jugé trop bas par l'association Familles rurales, qui propose de le relever "à 25 000 euros de revenu fiscal de référence annuel par part fiscale".
Les demandeurs d'emploi et les retraités se retrouvent, eux aussi, exclus du dispositif. "Cette aide doit également être accessible aux demandeurs d'emploi et aux jeunes en formation dépendants de leur voiture. Perdre son emploi ou commencer une formation ne fait pas disparaître les besoins de déplacement", pointe l'association dans un communiqué(Nouvelle fenêtre).
Les transporteurs routiers
Du côté des professionnels, les transporteurs routiers, en première ligne face à l'envolée des prix à la pompe, ont été écartés des dispositifs annoncés mardi par le gouvernement. "On est déjà dans une situation fragilisée, avec une économie qui est très faible, ce qui affaiblit l'activité, affaiblit les rentrées d'argent. Donc ça va être très compliqué", a tancé mercredi sur France Inter(Nouvelle fenêtre) Jean-Claude Barcos, président de la Fédération nationale des transporteurs routiers Occitanie-Pyrénées. "Une grande partie de la profession ne pourra pas s'en sortir", prévient-il.
Le ministre de l'Economie, Roland Lescure, a expliqué mardi que les routiers pouvaient répercuter la hausse du prix des carburants sur leurs factures. "Cet argument, comme nous l'avons expliqué au gouvernement à de nombreuses reprises, méconnaît profondément la réalité économique du secteur", dénonce l'Organisation des transporteurs routiers européens dans un communiqué(Nouvelle fenêtre). Le syndicat regrette "une décision aussi injuste que dangereuse pour la survie des entreprises", prévenant que "la surdité des ministères à nos explications répétées ne saurait rester sans conséquence". "C'est presque nous pousser à descendre dans la rue", a pour sa part averti Jean-Claude Barcos.
Les auto-écoles
Autre secteur exclu de ces mesures : celui des auto-écoles. "On ne roule pas pour aller travailler. Rouler, c'est notre outil de travail. On a demandé à Roland Lescure s'il y avait une aide pour les auto-écoles, il a dit 'non', sans explication", a tancé mercredi sur RMC(Nouvelle fenêtre) Patrick Mirouse, président du réseau de l'Ecole de conduite française (ECF). Conséquence : "On n'a pas le choix, on va devoir augmenter nos tarifs", prévient sur franceinfo Boris Grabowski, vice-président du pôle éducation et sécurité routières du syndicat Mobilians. Une hausse qui correspondrait à "environ 3 à 4 euros de plus par heure de conduite", selon ses calculs, et qui ne s'appliquerait que pour les nouveaux contrats et non pour les élèves déjà inscrits.
"Depuis le début de la crise géopolitique, mon entreprise et toutes les entreprises moyennes en France ont payé 5 000 euros de plus de carburant. C'est entre 700 et 800 euros de plus par mois", avance Boris Grabowski, qui est aussi patron d'une auto-école à Châteauroux (Indre). Face à cela, Mobilians, première organisation professionnelle des exploitants d'écoles de conduite, réclamait une aide similaire à celle accordée aux pêcheurs, à savoir 35 centimes du litre. Mais "l'Etat ne nous répond pas", déplore-t-il, alors que certaines écoles sont "au bord du précipice".
Albert Chirian