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« La démocratie, c'est le gouvernement du peuple exerçant la souveraineté sans entrave »  Charles de Gaulle

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LA FRANCE LIBÉRÉE

 

HISTOIRE - Nos troupes indigènes en 14-18

Nos troupes indigènes en 14-18.
« Le rôle joué pendant la Grande Guerre par les indigènes algériens a été grand, leur sang s’est mêlé au sang français sur tous les champs de bataille, leur acquérant des droits légitimes par des sacrifices communs… ». (Baron de Feuchins « Rapport sur le bilan des pertes » (1924))

La Grande Guerre et l'Afrique: les enjeux - Mémoire d'un continent - RFI

Mes lecteurs habituels savent que je dénonce, assez régulièrement, le « mentir-vrai » qui consiste à asséner une soi-disant vérité et à fustiger ceux qui osent dire le contraire, même preuve à l’appui. Je viens d’en avoir une nouvelle démonstration à la suite de deux de mes articles récents sur la Grande Guerre. Ces deux papiers, qui ne visaient qu’à rendre hommage à nos morts de la plus grande boucherie de notre histoire, m’ont valu de recevoir un mail d’un général en retraite rencontré à deux ou trois reprises lors de mondanités. C’est un individu content de lui, qui parle fort, qui a des avis sur tout, qui pontifie et qui ne supporte pas la contradiction. Je l’ai catalogué dès notre première rencontre quand il m’a déclaré que les parachutistes et les Légionnaires étaient des têtes brûlées.

Pur produit de la glorieuse arme de l’Intendance (il en faut, je sais !), il a réussi à faire une belle carrière, et à finir « général quart de place » sans avoir risqué sa peau dans une « opex ». Mais Il est plus décoré qu’un sapin de Noël ou qu’un caporal-chef de l’armée mexicaine. C’est ce qu’un ami, qui totalise une bonne quinzaine d’opérations extérieures, appelle « un officier Jacob-Delafon » car, il arbore la rosette de la « Rouge » (la Légion d’honneur) et la rosette de la « Bleue » (l’Ordre National du Mérite), tel… un bidet avec ses robinets, rouge pour l’eau chaude et bleu pour l’eau froide.

Ce brave général – « brave » étant à prendre au sens de « couillon » – m’a écrit ceci : « J’ai lu avec intérêt vos articles sur la Première Guerre mondiale, etc. Mais vous auriez dû parler de nos troupes issues d’Afrique qu’on a utilisé comme chair à canon… ». Et, dans son mail, il mélangeait allègrement l’Armée d’Afrique et les Bataillons d’Afrique (les fameux « Bat’d’Af »).
Je me demande parfois ce qu’on enseigne à nos futurs officiers à Coëtquidan, à Navale ou à Salon-de-Provence ? Beaucoup d’entre eux sont aussi nuls en histoire que Macron ! J’ai été atterré quand j’ai appris que Bernard Lugan – un de nos (rares) vrais spécialistes de l’Afrique – avait été privé de cours à Coëtquidan car il risquait de donner aux futurs cadres de l’ «opération Serval » une vision différente de la doxa officielle, ce qui est, là-encore, une illustration du « mentir-vrai » (1).

Mais revenons à notre sujet du jour, à savoir : les troupes africaines en 14-18.
Depuis que la France est entrée en repentance, depuis qu’elle bat sa coulpe sur son passé colonial, on nous raconte que nos troupes indigènes ont servi de « chair à canon » durant la Grande Guerre, ce qui est inexact ou, pour le moins, très exagéré. Les pseudo-historiens font un amalgame entre les troupes noires ou maghrébines et les unités de notre Armée d’Afrique. On entretient ainsi un mythe fallacieux qui permet de culpabiliser le Français et de le traiter de raciste.
À l’époque coloniale, nos forces étaient réparties en trois ensembles: l’Armée métropolitaine, les troupes coloniales et l’Armée d’Afrique qui dépendaient d’un seul état-major général.

Dans la terminologie militaire, les troupes coloniales désignaient les troupes « indigènes », hors Afrique du Nord, et métropolitaines : les anciennes formations de marine (« marsouins » pour l’infanterie et « bigors » pour l’artillerie), qui fusionnent, en 1900, pour former l’« Armée coloniale » (ou « la Coloniale »). Ces troupes se distinguent donc des troupes d’Afrique du Nord indigènes (Tirailleurs, Spahis) et européennes (Zouaves, Chasseurs d’Afrique, Légion étrangère), qui forment l’Armée d’Afrique (19e Corps d’Armée) et provenaient essentiellement d’Algérie.
Certains régiments, mixtes, regroupaient des chrétiens, des juifs et des musulmans, comme les unités de zouaves ou de tirailleurs. On estime que l’Empire a fourni, en quatre années de guerre, entre 550.000 et 600.000 « indigènes » à la  mère-patrie, dont 450.000 vinrent combattre en Europe. 270.000 mobilisés, dont 190.000 combattants, étaient des maghrébins, 180.000 mobilisés, dont 134.000 combattants, étaient des « Sénégalais » (2).

Les autres venaient de tout notre Empire : Madagascar, Indochine, Océanie et Somalis. Les « indigènes » ont représenté 7 % des 8.410.000 mobilisés de l’Armée française, affectés très majoritairement dans les régiments de tirailleurs. La proportion de Français au sein des régiments de tirailleurs nord-africains (Algérie, Tunisie, Maroc) était d’environ 20 %. Un peu moins – 10 ou 15% – dans les régiments ou bataillons de tirailleurs « sénégalais ».

En 1918, à la fin de la guerre, l’Armée française disposait de 100 divisions dont 6 divisions composées de troupes de l’Armée d’Afrique et 7 divisions de troupes de l’Armée coloniale. La moitié des effectifs de ces 13 divisions étant d’origine métropolitaine.
Si ces effectifs peuvent sembler relativement faibles, les unités « indigènes » comptent à leur actif bon nombre de faits d’armes glorieux et leur rôle ne saurait être sous-estimé. Leur apport a été très important dans les semaines décisives de septembre 1914, lors de la bataille de la Marne.
Si quelques cas de panique furent signalés lors des premières semaines de combats (comme dans d’autres unités métropolitaines), par la suite, ces unités se montreront à l’égale des meilleurs.

Durant la Grande Guerre, le nombre de tués de nos troupes « indigènes » est estimé à plus de 70.000 : 36.000 maghrébins et 30.000 sénégalais. Sur 450.000 combattants réellement engagés, le taux de pertes au feu a été de 19 % chez les Maghrébins et de 23 % chez les Sénégalais. Ces chiffres sont à rapprocher des 1.400.000 tués de la Grande Guerre. Les monuments aux morts des villes et villages français sont là pour nous rappeler que la grande boucherie de 14-18 aura été, hélas, assez « égalitaire ». Chaque région, chaque ville, chaque famille a eu son quota de tués ou de blessés.
Les combattants de notre Empire y ont eu leur part… comme les autres, ni plus, ni moins. Ceci mérite notre respect. En ce qui me concerne, il est total, mais il n’autorise pas à raconter n’importe quoi, surtout quand ces affabulations doivent déboucher sur notre auto-flagellation.
Disons un mot des Bataillons d’Afrique, qui n’ont rien à voir avec nos troupes indigènes.

Les « Bataillons d’Infanterie Légère d’Afrique » (BILA), plus connus sous le surnom de « Bat’ d’Af’ » (ou de « Joyeux »), étaient des unités qui relevaient, effectivement, de l’Armée d’Afrique.
L’Infanterie Légère d’Afrique, après un projet avorté en 1831, a été créée en juin 1832 pour punir et tenter de recycler les soldats condamnés par la justice militaire.
Cantonnées en Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Maroc), « à Biribi », nom générique pour désigner leur casernement (3), ces unités constituaient l’instrument répressif de l’Armée française : destinées à mater les fortes têtes, elles furent conçues pour « redresser ceux qui ont failli ».
Les « Joyeux », selon la tradition, arboraient le tatouage « Marche ou crève ! ». C’est à cela qu’ils étaient respectés, voire craints, dans le milieu. Autre particularité des « Bat’d’Af » : la pratique de l’homosexualité dans les rangs (héritée des passages en prison).
Les Bataillons d’Infanterie Légère d’Afrique formaient corps. Leurs soldats relevaient de… 54 catégories judiciaires différentes, allant du simple délit à la tentative de meurtre. Mais certaines sections étaient majoritairement constituées de petits voyous et de proxénètes.
En 1914, à la déclaration de la guerre, les effectifs restent en garnison en Afrique du Nord afin d’y assurer le maintien de l’ordre. On a formé pour la durée de la guerre, et par prélèvement dans les 5 BILA, trois Bataillons de Marche d’Infanterie Légère d’Afrique (BMILA), qui ont été engagés en métropole où ils se sont distingués : les 1er, 2e et 3e BMILA.

Les plumitifs en mal de copie à sensation confondent souvent les « Bat’d’Af » avec la Légion étrangère, ce qui est, à mon humble avis, une insulte à notre Légion étrangère. La Légion étrangère a été créée en 1831 par le roi Louis-Philippe 1er, un an avant les « Bat’d’Af ». Elle enrôlait des étrangers voulant servir la France, alors que les « Bat’d’Af » étaient constitués de Français que l’Armée voulait sanctionner et faire rentrer dans le rang. Depuis sa création, la Légion s’est couverte dans gloire dans toutes nos guerres (4) ; ce n’est pas le cas des « Bat’d’Af » en dehors des trois BMILA de la Grande Guerre qui se sont bien comportés au feu.
Le chant de marche des « Bat’d’Af » – « Le bataillonnaire » (5) – a été modifié et repris plus tard par les régiments parachutistes (6).

Précisons, avant de conclure, et même si ça contrarie les « racisés » et les collabos qui leur servent la soupe en culpabilisant la France, que dans les « Bat’d’Af » il y avait une forte majorité de Blancs, qui étaient bien souvent des maquereaux de Pigalle ou de Marseille.
Mon brave général ignore visiblement cette page d’histoire de nos armes. Il est comme son « chef des Armées » : il ne sait rien mais il le dit avec force et conviction. Dans les salons mondains, où il est, me dit-on, un redoutable joueur de bridge, ça impressionne sûrement quelques rombières qui, pour un peu, en renverseraient leur tasse de thé…

Éric de Verdelhan

1) Bernard Lugan publie « L’Afrique réelle » dont je ne peux que conseiller la lecture.
2) Ce vocable englobe des troupes noires, mais pas forcément toutes issues du Sénégal.
3) J’ai eu l’occasion, il y a des années, de visiter une ancienne garnison de « Bat’d’Af », à Tataouine, dans le sud tunisien.
4) Elle s’est même illustrée en Espagne et au Mexique (à Camerone le 30 avril 1863).
5) « En passant par la portière » (« Il est là-bas en Algérie… »). Tous ceux qui ont servi chez les paras connaissent ce chant.
6) Chanson que certains auteurs attribuent à Aristide Bruant, ce qui est inexact : Bruant a écrit « Au Bat’d’Af » qui n’est pas le chant de marche des BILA.

Date de dernière mise à jour : 07/11/2026

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