Le Rassemblement national espère pour la première fois de son histoire obtenir un groupe au Palais du Luxembourg. S’il y parvint ce sera grâce à son allié l’UDR qui nourrit de belles ambitions. Au point de surprendre ?
Si le RN ne parvient pas dimanche 27 septembre à faire élire au Sénat un minimum de sept sénateurs, il ne sera pas en mesure de créer un groupe parlementaire. Un cuisant échec pour un parti qui tente par son implantation locale de prouver sa capacité à gérer des collectivités. Trois sénateurs RN, dont le siège n’est pas renouvelé cette année, attendent impatiemment de voir grossir leur rang : Aymeric Durox (Seine-et-Marne), Joshua Hochart (Nord) et Christopher Szczurek (Pas-de-Calais). Le parti de Marine Le Pen compte sur les plus de 3 000 conseillers municipaux qui sont autant de grands électeurs qui pourraient faire pencher la balance et ouvrir au parti à la flamme les portes de la Haute Assemblée. Dans les Bouches-du-Rhône le RN peut espérer deux sièges. Reste à savoir si l’un de ces sièges sera remporté par Stéphane Ravier qui concourt pour un troisième mandat sur une liste personnelle, et mise sur sa popularité locale pour faire la différence. Le Var devrait être aussi gagnant. Le député Franck Giletti mène une liste qui sera portée par le succès des municipales (Fréjus, La Seyne-sur-Mer, Six-Fours-les-Plages).
Le bastion ciottiste
Le Vaucluse (avec des villes comme Orange et Carpentras) fait partie des chances réelles de succès. D’autres départements peuvent réserver des surprises : la Gironde, le Gard, l’Aisne, l’Aude ou l’Hérault. La Sarthe avec Marie-Caroline Le Pen sera aussi regardé avec intérêt.
Mais le salut viendra probablement de l’UDR qui, dans les Alpes-Maritimes, est assuré d’obtenir deux sièges. Éric Ciotti est personnellement très investi dans cette campagne et tente de peser de tout son poids pour convaincre les grands électeurs de droite de rallier ses candidats. Le maire de Nice n'a quasiment raté aucune réunion de la campagne. « Quand Éric est là, tout est dit confie à BV l’ancien sénateur LR Henri Leroy qui a basculé à l’UDR. Son discours très pédagogique impacte les gens, il sait s'adapter à son auditoire pour convaincre les uns ou conforter les autres ». Celui qui est encore député des Alpes-Maritimes verrait comme un échec de ne pas réussir à envoyer au Sénat ses trois candidats qui composent la tête de liste du département dont il est le nouveau maître incontesté. Mais les deux sénatrices LR sortantes, Alexandra Borchio Fontimp et Dominique Estrosi Sassone n’ont pas dit leur dernier mot et devraient bénéficier du soutien de nombreux élus, encore frileux à l'idée de voter pour un parti allié au RN.
L'allié majoritaire ?
Côté UDR, le Tarn et le Tarn-et-Garonne sont une source d’espoir. Les anciens députés, Brigitte Barèges et Bernard Carayon pourraient signer leur retour dans la vie parlementaire. Si l’UDR obtenait cinq sièges (estimation haute) il serait en position de force au sein du groupe sénatorial tant espéré. « Trois sièges dans les Alpes-Maritimes, ce serait la victoire d’Éric Ciotti au plan national » commente auprès de BV un parlementaire patriote. D’autant qu’à l’UDR, certains misent sur des ralliements qui pourraient advenir dans les mois à venir. Si le président du Sénat, Gérard Larcher, devait lâcher Bruno Retailleau après les sénatoriales, comme certains le prédisent, il n’est pas impossible que plusieurs sénateurs LR claquent la porte de leur parti pour trouver refuge à l’UDR. Certains noms circulent déjà dans les couloirs dorés du Palais de Marie de Médicis. La formation ciottiste pourrait-elle devenir majoritaire au sein du groupe sénatorial ? Le scénario n’est pas impossible. Un cas de figure qui serait la preuve que « l’union des droites chemine petit à petit chez les gens de droite en général » estime Henri Leroy. « On sera là pour renforcer le camp national » s’enthousiasme auprès de BV, Brigitte Barèges. Le 27 septembre, Marine Le Pen, Jordan Bardella et Éric Ciotti s’apprêtent à cueillir le nouveau fruit de leur alliance. Fruit défendu ? Fruit tant attendu.
Yves-Marie Sévillia