La thèse du suicide de Geli Raubal, en 1931, est mise à mal par la découverte d'un chercheur.

Hitler a-t-il lui-même tué ou fait tuer sa nièce Geli Raubal ? On ne le sait pas, mais il aurait menti en prétendant qu'il n'était plus à Munich le jour du drame, le 18 septembre 1931.
Des documents, exhumés d’archives munichoises par un chercheur, jettent le doute sur le lieu où se trouvait Adolf Hitler au moment de la mort suspecte de sa nièce dans son appartement en 1931, selon l’hebdomadaire «Der Spiegel».
Déjà à l’époque, la presse et les adversaires politiques du parti national-socialiste (NSDAP), alors en pleine ascension, avaient mis en doute la thèse du suicide par balle de Geli Raubal, qui vivait depuis plusieurs années à Munich chez son oncle, Adolf Hitler, soupçonné d’être impliqué dans sa mort.
L’auteur Harald Sandner, connu pour ses ouvrages historiques sur le dictateur allemand, a trouvé dans les archives nationales et municipales de Munich deux faire-part ainsi qu’une inscription de décès à l’état civil qui remettent en cause la version officielle de l’époque, selon l’article du «Spiegel» daté de mardi.
Adolf Hitler avançait qu’il avait déjà quitté Munich le 18 septembre 1931 dans l’après-midi, la veille de la découverte au matin du corps de sa nièce, gisant sur le sol de sa chambre, par le régisseur de l’immeuble et domestique du chef nazi.
Or, les trois documents datent la découverte du corps au 18 septembre à 10h15, quand son oncle était encore en ville selon M. Sandner: Hitler aurait participé à une manifestation du parti entre 10h30 et 12h30, avant de partir pour Nuremberg dans l’après-midi.
« L’incarnation de toutes les vertus »
Le chef nazi était alors en marche vers le pouvoir, qu’il obtiendra en janvier 1933 avec sa nomination à la chancellerie, qui va précipiter la fin de la République de Weimar et l’avènement du régime totalitaire.
Selon l’historien Thomas Weber cité par le «Spiegel», Hitler voulait se présenter «comme l’incarnation de toutes les vertus et de toutes les valeurs», et le soupçon qu’il puisse être impliqué dans la mort de sa nièce aurait écorné cette image.
La chronologie officielle reposait notamment sur le rapport de la police daté du 28 septembre, soit une dizaine de jours après le décès de Geli Raubal.
Autre indice possible d’une dissimulation, selon M. Sandner: aucune autopsie n’a été effectuée. Si les documents découverts renforcent les soupçons, ils n’apportent toutefois aucune preuve de manipulation, souligne-t-il.
Le journal «Münchner Post», proche du parti social-démocrate, avait à l’époque fait état d’une violente dispute entre Hitler et sa nièce, de blessures sur le corps de cette dernière, ainsi que de réunions de crise au siège du NSDAP sur la manière de présenter publiquement l’affaire.
D’autres journaux ont suggéré qu’Hitler aurait lui-même tué ou fait tuer sa nièce, alors âgée de 23 ans, dont il voulait contrôler les agissements.
La cause de la dispute pourrait avoir été son refus de laisser la jeune femme partir vivre à Vienne, où elle espérait poursuivre sa formation de chanteuse.
Christian Dahan