Dans les Alpes-Maritimes, les espoirs sont grands pour l’alliance RN-UDR. Alors que le parti de Marine Le Pen mise sur l’obtention d’un groupe au Sénat, dont le seuil minimal est de dix élus, le département maralpin fait partie des territoires qui seront scrutés de près par les observateurs, au soir du 27 septembre, dans tout juste une semaine.

Avec Nice, Cagnes-sur-Mer et Menton, la droite nationale est à la tête de trois des cinq plus grandes agglomérations du territoire. Le Rassemblement national détient avec son allié ciottiste l’occasion de démontrer sa capacité à gérer des collectivités. Cette implantation s’est déjà traduite au troisième tour des élections municipales. En étant élus à la tête de leurs agglomérations Éric Ciotti, Bryan Masson et Alexandra Masson ont démontré qu’au-delà des étiquettes partisanes, ces trois élus ancrés bénéficiaient de la confiance de leurs voisins. C’est sur cette même dynamique que le RN et l’UDR doivent pouvoir compter.
Six mois se sont désormais écoulés depuis leur élection et les maires peuvent déjà dresser un premier bilan de leur action, qui doit prouver leur capacité à gérer une collectivité. Lors de sa rentrée politique, Éric Ciotti a vanté les mérites des 52 millions de baisses d’impôts locaux et de la politique offensive contre le gaspillage des deniers publics qu’il mène à Nice. « Quand la France recule, Nice avance », lançait, à Levens, celui qui est encore député des Alpes-Maritimes.
Sécurité, propreté, logement
À Menton, Alexandra Masson récupère une mairie dont les comptes sont dans le rouge. « Il y avait des cadavres dans les placards », souligne un bon connaisseur de la ville. Après vingt ans de gestion calamiteuse d’édiles LR qui n’ont eu de cesse de se quereller, le défi est de taille pour celle qui était députée de la circonscription avant d’emporter la mairie. « On a déjà avancé sur les thématiques que j’ai portées pendant la campagne », assure l’édile qui reçoit Boulevard Voltaire dans son bureau ensoleillé.
Sécurité, propreté, logement. L’avocate de profession défend son bilan. Recrutement d’une nouvelle directrice de la police municipale et de sept policiers municipaux en vue de porter progressivement les effectifs à 48, contre 24 à son arrivée, installation de 23 caméras de télésurveillance supplémentaires, signature d’un arrêté municipal concernant l’ordre, la sureté et la salubrité publique : « Tous ces éléments était des marqueurs forts de mon engagement en matière de sécurité. »
Pour la propreté, une brigade spéciale a été créée pour l’été. La problématique du logement est omniprésente à Menton, où 47 % des habitations de la commune sont des résidences secondaires dont les deux tiers sont louées en Airbnb. La ville a voté une révision de son plan local d’urbanisme (PLU) pour donner la priorité au logement des Mentonnais, en application de la loi Le Meur. Un plan de lutte contre les logements vacants est à l’étude. « On fait tout pour renforcer les actifs dans leurs acquisitions et dans leurs installations sur la commune. ».
Autre projet phare de la nouvelle équipe municipale : l’emblématique musée Cocteau, fermé depuis 2018, devrait pouvoir rouvrir ses portes en 2029-2030 grâce à des travaux qui devraient être bientôt engagés. « Nous travaillons vraiment de manière très proche avec les services de l'État pour aboutir sur ce projet majeur », plaide, déterminée, Alexandra Masson.
Côté frontière, le premier magistrat de la cité du citron se félicite des excellentes relations entretenues avec les voisins italiens. La création d’une grande agglomération franco-italienne dont elle devrait prendre la tête permettra de coordonner des projets économiques, maritimes, culturels, de transport et d'aménagement du territoire.
Le Sénat, première marche présidentielle
« Il n'y avait plus de stabilité politique ici depuis longtemps, plus de projets et plus de recherche d'investissement, résume Alexandra Masson. Effectivement, on a un endettement qui est fort, mais on va se désendetter et on va investir. » C’est sur cette conviction et cette ambition politique que le Rassemblement national s’appuie, désormais, en envoyant un message aux grands électeurs qui éliront, le dimanche 27 septembre, les sénateurs. « On a montré qu'on était capable à la fois de porter des idées nationales et en même temps d'être très présents sur le terrain », constate l’ancienne députée, qui a été remplacée à l’Assemblée nationale par un jeune élu de 26 ans, Gabriel Tomatis. « Nous avons réussi, dans les Alpes-Maritimes, à allier l’étiquette RN et l’incarnation de nos idées, analyse-t-il auprès de BV. Nous avons réussi à corréler un vote national et un vote local. »
La notoriété et l’action d’élus territoriaux implantés qui faisaient jusqu’ici défaut au Rassemblement national devraient lui assurer trois sièges sur cinq, tous UDR. Une spécificité locale due au poids du maire de Nice dans un département où rien ne lui échappe. Une liste emmenée par deux anciens LR : à sa tête, l’eurodéputé Laurent Castillo et le sénateur Henri Leroy qui brigue un troisième mandat au Sénat. « Ils arrivent avec des élus, nous avec les électeurs », analyse un cadre RN du département. Un quatrième siège, moins vraisemblable, serait synonyme de victoire écrasante pour l’alliance RN-UDR. « Plus on aura de sénateurs RN, UDR, plus on portera une voix des territoires », souligne Alexandra Masson. Ce groupe de dix sénateurs paraît dérisoire en comparaison des 348 parlementaires qui composent la haute assemblée. Mais sur la rampe qui mène à l’Élysée, Marine Le Pen a besoin d’un premier signal fort.
Yves-Marie Sévillia