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« La démocratie, c'est le gouvernement du peuple exerçant la souveraineté sans entrave »  Charles de Gaulle

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LA FRANCE LIBÉRÉE JOURNAL DES PATRIOTES

TÉMOIGNAGE - Marcher jusqu’à Compostelle…

« Il est des lieux où souffle l’Esprit… » (Maurice Barrès : « La colline inspirée »).

Sur les chemins de Saint Jacques de Compostelle - Un duvet pour deux

Sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle

Aujourd’hui, je n’ai pas envie de vous parler de la venue du pape et du dernier caprice de Macron qui refuse d’assister à l’une des messes pontificales. Celui qui a voulu que le droit à l’avortement soit inscrit dans notre Constitution, celui qui est allé faire allégeance aux Loges maçonniques pour faire passer sa loi sur l’euthanasie, n’est pas bien vu par le souverain pontife  et il fait semblant de s’en étonner…

Aujourd’hui, je ne sais trop pourquoi, je pense qu’il y a 16 ans, je crapahutais dans la Meseta, en Espagne, sous un soleil de plomb, vers Saint-Jacques-de-Compostelle où j’arrivais  une semaine plus tard.

Car un jour, comme tant d’autres, j’ai pris le Chemin. Oh, pas tout le Chemin ! Uniquement la partie espagnole, le « Camino françés » : 750 kilomètres, en 31 jours, à un train de sénateur. Mon épouse, a eu le mérite de marcher à mon rythme, de m’entendre râler durant la journée et ronfler la nuit, mais après tout, un « pèlerinage » doit comporter de la sueur et de la souffrance ; ce n’est pas une promenade de santé !

Ce pèlerinage, j’y pensais depuis bien longtemps, pour des motivations toutes personnelles que je garderai pour moi. Et finalement,  il m’aura fallu des années pour oser écrire que cette expérience ne m’a pas  laissé un souvenir impérissable : dans notre monde aseptisé, tolérant, compassionnel – ce monde de bisounours qui a perdu tout sens critique – émettre un avis négatif  sur le Camino est considéré comme une incongruité, presque une grossièreté.  Tant pis, je me lâche : ça soulage ma conscience !

Nous sommes partis fin août 2010. Ma femme souffrait d’une sciatique, j’avais les rotules en vrac et notre association de canards boiteu est arrivée jusqu’à Compostelle. À cette évocation, ô combien douloureuse, j’ai envie de plagier Corneille dans Le Cid :  « Nous partîmes tous deux et après moult efforts/

Nous nous vîmes surpris d’arriver à bon port… », après 31 jours de marche, sans une journée de repos.

Les accros du Chemin – Dieu sait s’ils sont nombreux ! – sont mieux placés que moi pour susciter des vocations  et  donner envie  de partir. Ce n’est pas mon but. Je me contenterai donc de faire état de ma grogne, de mes sujets d’irritation et, aussi, de mes inquiétudes  sur l’avenir du Camino.

Marcher jusqu’à Compostelle est devenu « tendance » comme disent les publicitaires et les cuistres.

Il y a quelques années, un célèbre toubib-diplomate-académicien, coqueluche des médias et archétype  du « bobo-branché », a écrit un livre sur son périple vers  Saint-Jacques. Son bouquin est sorti agrémenté d’un bandeau qui se voulait accrocheur voire racoleur : « Ruffin à Compostelle », ça vous a des relents de « Tintin au Tibet » ou « Astérix chez les Goths », ça fleure bon l’aventure, la vraie !

Déjà, depuis quelques années, des tour-operators promènent des consommateurs-randonneurs sur « les plus belles étapes » du Chemin : les pistes « pourries » en plein cagnard, la crasse de certains gîtes, les décharges en plein air que sont parfois les aires de pique-nique, on laisse ça aux gueux (de mon espèce) qui font tout à pied, comme au Moyen Âge, en économisant leurs pas, leur souffle et… leur porte-monnaie.

Une frénésie mercantile s’est emparée du Chemin. On y construit des hôtels, des restaurants, des « transportes de mochillas » (sacs à dos) ou des « transportes » tout court, pour ceux qui en ont marre de crapahuter. Au fil des ans, le randonneur a supplanté le pèlerin – le jacquet – et c’est bien dommage !

De tous temps, le Chemin a attiré des gens en quête d’absolu. Peu importe, après tout, qu’ils soient catholiques, athées, agnostiques, adorateurs de Vishnou  ou de Bouddha. En revanche, c’est quand on ne vénère plus que le « pognon », le fric-roi, la balade touristique et/ou la performance sportive que les choses commencent sérieusement à m’inquiéter ! Le musulman, qui, en burnous blanc, se rend à La Mecque et piétine durant des heures pour poser sa main sur la Kaaba n’y va pas « en touriste ». Il sait qu’il en reviendra avec le titre envié de « hadj »  qui lui vaudra le respect de ses coreligionnaires.  Idem pour le juif qui se rend au Mur des Lamentations, à Jérusalem. On peut en dire autant pour toutes les religions. La nôtre est plus tolérante puisqu’elle accepte tout le monde (au nom d’un œcuménisme   qui finira par nous  tuer !).

Doit-on pour autant oublier  que le  Chemin  est, initialement, un pèlerinage chrétien ? Que les églises, les refuges, les hôpitaux qui le jalonnent ont été bâtis avec la foi des bâtisseurs de cathédrales ? Que le secours aux pèlerins – au travers des monastères, abbayes, dispensaires, etc. – émane d’un ordre social chrétien, lointain ancêtre de notre sécurité sociale (déficit abyssal en moins !) ? Que Saint Jacques, enfin, était un saint catholique ? Va-t-on un jour, par souci de marketing, ne plus l’appeler que Jacques ? Reviendra-t-on à cette folie révolutionnaire qui voulait que les noms des saints disparaissent des villes :

Saint-Malo était devenu Port-Malo, Saint-Denis s’appelait Franciade… Une bien triste époque !

Je veux dire, ici, ma colère devant ces groupes de Français (ou ces… troupeaux ?), braillards, grandes gueules, jamais contents et qui vous saoulent avec leurs problèmes de malbouffe, d’inconfort des hôtels et de… troubles gastriques. En les entendant se plaindre, je pensais qu’on devrait rebaptiser « Miam-miam-dodo », ce petit guide au nom bêtifiant, par « Pipi-caca ». Et que dire de ces adeptes de randonnée pédestre qui, pour bien montrer que leur périple n’a RIEN de religieux, se croient obligés de faire preuve, dans leurs propos, d’un anticléricalisme  d’une virulence  quasi fanatique ? Une christianophobie qui blesse et offense la conscience des croyants (dont je suis) ; mais ces gens-là s’en foutent éperdument, au nom de la « liberté d’expression » je présume ? On me dit que, depuis la Révolution, notre pays autorise le blasphème. Mais est-ce une raison pour en abuser ? Pour insulter les adeptes d’une religion à laquelle  ils ne croient pas (1) ?

Chez certains, ces comportements ne visent qu’à choquer ou à provoquer. Chez d’autres, c’est beaucoup plus pernicieux : c’est la volonté de chasser « le Divin et le Sacré » du Chemin. En effet,  il est paradoxal d’abandonner le rituel chrétien pour lui supplanter des rites primitifs  un peu niais, qui s’apparentent  à du fétichisme vaudou. Citons, pour illustrer mon propos,  la célèbre « cruz de ferro », modeste calvaire en ferraille qu’on transforme allègrement en dépôt d’ordures en y laissant des vieilles godasses, des fringues usagées, des chiffons, des grigris, des peluches, etc. Personnellement, je me fais une autre idée du respect  dû au Christ mort sur la croix pour notre rédemption. Certains déposent à la « cruz de ferro » un caillou, plus ou moins gros, qui représente le poids des péchés (ou du passé) qu’ils abandonnent en route. Citons aussi la coutume qui consiste à brûler ses habits – souvent en parfait état – en arrivant à Fisterra, pointe extrême de la Galice, pour symboliser « la naissance d’un homme nouveau » (il serait plus judicieux, plus charitable aussi, de les donner à une association caritative) (2). On a ainsi laïcisé (ou paganisé ?) le baptême, la contrition et la pénitence. Ce n’est pas le fait du hasard : jadis, la franc-maçonnerie a créé le GADLU (Grand Architecte De L’Univers) pour détrôner le Dieu des catholiques afin que la France ne soit plus « la fille aînée de l’Église ». Beaucoup plus tard, la « Terreur rouge » tenta de déchristianiser l’Espagne. Je dois reconnaître  que la déchristianisation, en France, a  plutôt  bien fonctionné !

On me dit souvent que le pèlerin-randonneur « de base », qu’il soit agnostique, athée ou adepte d’une autre religion, n’a pas d’arrière-pensées  visant à chasser le catholicisme du Chemin. Je ne lui fais donc aucun procès d’intention. Je voudrais simplement qu’il ne se comporte pas en idiot utile (3) et qu’il veuille bien reconnaître que toute notre civilisation, tout ce qui fait que nous ne sommes plus des barbares, est basé sur le décalogue chrétien. Les dix commandements de l’Église ont inspiré le « Code Napoléon »; celui qui – bien qu’amendé moult fois – réglemente et régit encore notre vie quotidienne.

Dans la vie, je me fais un devoir, un point d’honneur, de respecter la religion (ou la non-religion) de l’autre, de ne pas insulter ses croyances, de ne jamais le blesser dans sa foi. J’aimerais donc, simplement,  un minimum de réciprocité ! Que les ayatollahs de l’athéisme forcené méditent ce que disait, peu de temps avant sa mort, Lazare Hoche, ce général républicain qui « pacifia » la Vendée dans le sang : « J’estimerai toujours un homme pieux. La morale de l’Évangile est pure et douce, et quiconque la pratique ne peut être méchant… Respect à la religion : elle console des maux de la vie. Je tolère toutes les croyances.  La mienne n’est pas fixée ; depuis longtemps je cherche la vérité… »

On me serine assez régulièrement que « Tout ceci n’a pas d’importance. Chacun son Chemin » car l’engouement  pour le Camino contribue, entre autres,  à l’économie de régions pauvres. Oui, en effet, ça fait marcher le commerce ! Il s’agit bien de business. J’ai ressenti un choc quand j’ai découvert qu’Aquarius, « la boisson du pèlerin » était estampillée par la Coca-Cola Compagny.  Au train où vont les choses, je ne désespère pas de voir un jour « Mac-Do » ou « Quick » proposer un « Hamburger del Pérégrino »… Verra-t-on, demain des « courses vers Compostelle », sponsorisées par Adidas, et où les nominés recevront la Compostella d’or remise par un présentateur télé ? Il reste à inventer le parfum « Sueur de pèlerin » ou un aérosol « Air de Compostelle », mais je fais confiance  aux  hommes  de marketing, ça viendra ! Et puis, si le commerce doit se développer sous toutes ses formes, je ne désespère pas de voir les dames de petite vertu, chassées de France par des féministes hystériques, venir monnayer leurs charmes sur le Camino. Ce qui ne serait d’ailleurs pas la pire des choses car je pense, comme Alphonse Boudard, qu’avant la fermeture des « maisons  closes » (funeste Loi Marthe Richard du 13 avril 1946), le divan de ces dames remplaçait avantageusement celui des psys et autres charlatans de la détresse humaine (4).

Je plaisante, bien sûr, mais le fond est sérieux : où s’arrêtera la marchandisation du Chemin ?

J’ai bien peur  qu’en chassant le Divin et le Sacré du Camino, ils soient dorénavant supplantés par un autre dieu – celui que tout le monde adule et vénère dans notre époque sans repères : le fric ! Il a déjà sa religion – le matérialisme athée – et ses dogmes – l’individualisme égoïste  et  l’hédonisme narcissique.

Madame Alix de Saint-André a écrit dans  un assez mauvais livre « En avant route ! » : « Un pèlerin, ça fume, ça boit et ça pue des pieds… ». Mais il arrive aussi que ça prie et c’est éminemment respectable !

Heureusement, ma mémoire est sélective et, au fil du temps, elle enjolive les choses : avec le recul des ans, le Camino reste un beau souvenir, grâce à quelques rencontres, des paysages, des monuments, et l’accueil  chaleureux  dans  certains  gîtes.

Emmanuel  Macron, ce paltoquet narcissique, ne comprend pas que le pape ne veuille pas aller aux agapes de l’Élysée. Vexé, il fait la gueule et n’ira pas à la messe. Pourtant, durant ses deux mandats, il aura incontestablement bien œuvré pour une religion ; l’islam. Au train où vont les choses, dans quelques années le seul pèlerinage autorisé sera celui de La Mecque.

Eric de Verdelhan

1) Les tueries de Charlie Hebdo sont venues nous rappeler que toutes les religions n’ont pas la même tolérance  envers  le blasphème.

2) Et que dire des touristes qui, à Santiago, se ruent dans la basilique pour applaudir le « butafumeiro », cet encensoir géant qu’on balance en fonction… du bilan de la quête ? Qu’ils confondent, allègrement, un sanctuaire  et un cirque ?

3) Vocable employé, jadis, par les communistes pour désigner leurs complices involontaires.

4) Et puis, si ça peut éviter à quelques laiderons esseulés et autres vieilles peaux de draguer lourdement dans les refuges, tant mieux !

Date de dernière mise à jour : 24/09/2026

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