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A69 Toulouse-Castres : l’autoroute de la discorde dans le Tarn face à un week-end décisif

L’équivalent de 500 terrains de foot doivent être artificialisés dans le Tarn pour permettre de gagner jusqu’à une demi-heure de voiture pour rallier Castres à Toulouse.

PROJET AUTOROIUTE TOULOUSE CASTRES

Le controversé projet d’autoroute A69 pour relier Castres à Toulouse va vivre sa première véritable journée de mobilisation depuis le début des travaux, ce samedi 22 avril. Non sans la crainte d’une redite des événements violents de Sainte-Soline, il y a quelques semaines, autour des projets de « bassines ».

Cette fois, il s’agit d’un tracé d’autoroute long de 54 kilomètres dans le Tarn, où une 2x2 voies doit permettre de désenclaver le bassin économique de Castres. Sous-préfecture du département, la petite ville est à ce jour la seule agglomération de plus de 100 000 habitants sans voie rapide jusqu’à sa capitale régionale, Toulouse.

Les travaux ont débuté le 6 mars pour ce projet classé priorité nationale et déclarée d’utilité publique, avec une mise en service prévue pour l’automne 2025. À moins que les opposants du projet arrivent à faire valoir leurs arguments écologistes et économiques à temps.

• Un week-end de mobilisation

Si une action du collectif Dernière Rénovation a ouvert les hostilités dès mercredi à Toulouse, ce sont 1 500 à 2 000 personnes qui sont attendues à partir de samedi sur le tracé de la future autoroute, selon les estimations du renseignement citées par BFMTV.

Depuis vendredi et jusqu’à dimanche, les opposants au projet se réunissent sur un camp privatisé avec chapiteau près de Saix, alors qu’un campement d’une cinquantaine de personnes est déjà installé à Vendine (commune de Haute-Garonne, à la limite du Tarn) depuis plusieurs semaines.

Là-bas, pour éviter l’abattage d’arbres centenaires, certains ont élu domicile à l’intérieur. « Ici, c’est un lieu de rassemblement. Pas une ZAD. Ce serait impossible à faire sur 53 kilomètres », déclare à l’AFP Thomas Brail, fondateur du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA).

Au programme de samedi, jour de la « sortie de route » : prises de parole, « marche déterminée » sur une portion du tracé de l’A69 ou encore course de caisse à savon. Dimanche, la journée sera essentiellement consacrée à une « assemblée des luttes » et à la création de jardins maraîchers, non loin du tracé de la future 2x2 voies.

• Un projet contesté

Pour les opposants au projet, un argument de poids est brandi constamment : une nationale existe déjà pour faire ce même trajet, la N126 et sa grosse heure de route pour rallier Castres à Toulouse.

À cela, s’ajoutent de nombreux arguments écologistes pour barrer la route de l’A69 où un peu moins de 400 hectares de terres agricoles, de zones humides et de forêts doivent être artificialisés à terme. La Voie est libre dénonce également les énormes ressources en eau nécessaires pour les travaux, au moment où la France traverse une période de sécheresse inédite.

On retrouve aussi l’argument du portefeuille. Comptez 17 €, selon les prévisions, pour un aller-retour (tarif prenant en compte le péage de l’A68 jusqu’à Toulouse), « ce qui en fera l’autoroute la plus chère de France » selon La Voie est libre.

En face, le concessionnaire Atosca choisi par l’État pour les travaux défend « une autoroute du XXIe siècle vertueuse » qui permettra des trajets « plus sûrs » pour une durée comprise entre 25 et 35 minutes maximum.

Affirmant qu’il n’y aura pas de prélèvements d’eau dans les nappes phréatiques ou dans les rivières, l’entreprise assure aussi que 20 ouvrages seront dédiés à la grande faune et 56 passages pour la petite faune, comme le rapporte La Dépêche du Midi. Le long du tracé, Atosca compte abattre 200 arbres d’alignement et en replanter le double.

• La crainte d’un nouveau Sainte-Soline ?

Dans leur lutte locale de longue date contre cette bétonisation d’espaces préservés, les opposants ont depuis été rejoints par des mouvements comme Extinction Rébellion ou Soulèvements de la terre, dans le viseur de ministre de l’Intérieur depuis les événements de Sainte-Soline. Ce dernier semble désormais craindre la mise en place d’une ZAD sur le chantier de l’A69.

D’ailleurs, après l’appel à la mobilisation du 22 avril Gérald Darmanin a estimé que « d’énormes difficultés se poseront pour les forces de l’ordre ». Mais pour Thomas Digard, membre du collectif La voie est libre cité par l’AFP, avec ce type de déclarations, « Darmanin met le feu aux poudres ».

« Malgré les provocations et les tentatives de diabolisation du ministre de l’Intérieur, nous mettons tout en œuvre pour faire de ce week-end une mobilisation massive, conviviale et constructive », assure La Voie est libre dans un communiqué.

Il faut dire que la mobilisation autorisée n’a pas grand-chose à voir avec le regroupement de 8 000 manifestants à Sainte-Soline fin mars. D’autant plus que les organisateurs tarnais présentent leur événement comme « festif, convivial et informatif ». Et sans violence surtout, même si les renseignements évoquent, eux, la présence d’une « centaine d’éléments radicaux » sur place.

Réengagé lors du premier mandat d’Emmanuel Macron, le projet d’autoroute pourrait toutefois connaître un coup d’arrêt. Selon Mediapart Clément Beaune, ministre des Transports « a souhaité réexaminer l’ensemble des projets autoroutiers actuellement envisagés, et le projet d’A69 ne fait pas exception ». De quoi donner un coup d’arrêt ?

« L’analyse du projet d’autoroute A69 est en cours », si bien que « dans ce cadre rien n’est définitif », assure-t-on encore dans l’entourage du ministre des Transports. Un revirement qui pourrait offrir une motivation supplémentaire durant le week-end. D’ailleurs, dans un communiqué, La Voie est libre dit avoir pris acte de la décision du ministre et assure que « les collectifs sont prêts à participer à tout examen de solu