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Hydrogène naturel : pourquoi la France espère beaucoup de cet "or blanc" qui pourrait accélérer la décarbonation

Emmanuel Macron a annoncé "des financements massifs" pour "explorer" le potentiel de cette ressource en France.

La potentielle révolution industrielle liée à l'hydrogène va-t-elle bénéficier d'un coup de pouce de la nature ? La France a autorisé pour la première fois des recherches de réserves d'hydrogène naturel, aussi appelé "hydrogène blanc". Le permis attribué concerne une zone d'environ 225 km2 dans les Pyrénées-Atlantiques, selon un arrêté paru au Journal officiel le 3 décembre.

Emmanuel Macron a annoncé, lundi 11 décembre, "des financements massifs pour explorer le potentiel de l'hydrogène blanc". "On ne peut pas laisser dormir cette ressource", a ajouté le président de la République, affirmant que "la France peut devenir un des pays pionniers dans cette énergie du futur".

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Franceinfo explique pourquoi les gisements d'hydrogène naturel représentent un enjeu important pour notre pays.

Parce que cet hydrogène "blanc" pourrait permettre d'accélérer la décarbonation

Pour les avions, les voitures, les poids lourds, les bus, les trains… L'hydrogène est attendu comme le sauveur dans de nombreux secteurs, notamment celui de la mobilité, pour parvenir à la décarbonation. En effet, les transports dépendent encore beaucoup des énergies fossiles. Le chemin pour l'avènement de l'hydrogène est encore long, et les obstacles nombreux, mais les grands groupes investissent dans cette source d'énergie et se montrent confiants.

Moins visible pour le grand public : l'hydrogène sera aussi précieux dans l'industrie, qui "est et sera de loin le premier consommateur" de cette ressource, anticipe le gouvernement. Dans un dossier publié en février 2023, l'Etat présentait ce composant comme la "clé de voûte de la décarbonation de l'industrie", utilisable "en substitution au charbon et au gaz naturel dans de nombreux procédés industriels".

Selon France Hydrogène, qui rassemble les principaux acteurs de la filière dans l'Hexagone, le secteur pourrait représenter d'ici au milieu du siècle un chiffre d'affaires de 40 milliards d'euros et employer plus de 150 000 personnes.

L'un des freins au déploiement de l'hydrogène est son prix. Actuellement, l'hydrogène le moins coûteux et le plus répandu, appelé "hydrogène gris" est produit grâce aux énergies fossiles (pétrole, gaz naturel et charbon). Sa production génère énormément de CO2 (le dioxyde de carbone, le principal gaz à effet de serre à l'origine du réchauffement climatique). Il est également possible d'en produire par électrolyse de l'eau, une méthode beaucoup plus onéreuse, mais sur laquelle la France compte s'appuyer, avec une enveloppe de 9 milliards d'euros investie d'ici à 2030.

L'hydrogène blanc, lui, pourrait renverser la situation, et aider la France à tenir ses engagements climatiques. Naturel, il est intrinsèquement propre. Sa production pourrait être trois fois moins chère que celle de l'hydrogène gris. Enfin, il présente l'avantage d'être disponible dans le sous-sol français, évitant donc les coûts et la pollution liés à son acheminement.

Parce que la France compte plusieurs gisements potentiels

En plus de la première autorisation délivrée dans les Pyrénées-Atlantiques à la société TBH 2 Aquitaine pour cinq ans, cinq autres demandes pour des projets similaires sont "à l'instruction", fait savoir le ministère de la Transition énergétique.

Les sociétés Storengy et 45-8 Energy ont déposé ensemble une demande de permis de recherches, également dans les Pyrénées-Atlantiques. Un autre a été déposé dans l'Ain et le Puy-de-Dôme par la société Sudmine, qui se présente comme "une des toutes premières start-ups dédiée à l'exploration responsable". Un permis de recherche a par ailleurs été demandé par l'exploitant Française de l'Energie sur un domaine couvrant une superficie de 2 254 km2, à cheval sur les départements de la Moselle et de la Meurthe-et-Moselle. Aucun calendrier n'a été officiellement dévoilé, mais France Inter affirme que les permis "vont être délivrés dans les prochaines semaines".

"L'extraction de l'hydrogène venant du sous-sol se ferait par des puits, comme pour l'eau. Ce sont des techniques d'extraction relativement connues", détaille Yannick Peysson, responsable de programme recherche et développement à l'IFP Energies nouvelles.

"Il est tout à fait possible d'exploiter cet hydrogène naturel de façon respectueuse de l'environnement."

Yannick Peysson, responsable recherche et développement à l'IFP Energies Nouvelles à franceinfo

S'il reconnaît être "très enthousiaste" par ce qui pourrait bien être un "cadeau de la nature", Christophe Turpin, chercheur au CNRS et spécialiste de l'hydrogène, appelle toutefois à la prudence. "Est-ce que l'on peut prélever cet hydrogène sans casser de cycles naturels ? Il faut se poser la question avant de se précipiter", met-il en garde.

Parce que les retombées économiques sont potentiellement énormes

Ces ressources en hydrogène blanc pourraient constituer une formidable aubaine économique pour la France, dont le sous-sol est pauvre en hydrocarbures. D'autant qu'elles pourraient s'avérer gigantesques. Des études publiées en 2020 évoquaient des flux de 25 millions de tonnes par an, soit un quart de toute la consommation actuelle d'hydrogène, rapporte Isabelle Moretti, chercheuse à l'université de Pau et des Pays de l'Adour et membre de l'Académie des technologies. D'autres analyses faisaient miroiter quelque 170 000 ans de production d'hydrogène.

De nouvelles investigations sont prévues pour établir des évaluations plus précises. "C'est engageant, mais il faut continuer à travailler pour lever les incertitudes", insiste auprès de franceinfo Yannick Peysson. Si les gisements français sont probablement conséquents, ils ne pourront pas devenir une solution miracle pour l'approvisionnement énergétique de la France. Il est plus raisonnable de se dire que cela constituera "un complément important", prévient Christophe Turpin.

D'ici au milieu du siècle, l'hydrogène représentera de 20% à 25% de la consommation mondiale d'énergie, d'après les estimations de l'Agence internationale de l'énergie. "C'est beaucoup, car à l'heure actuelle, ce n'est que 1%", souligne Christophe Turpin. A l'échelle française, l'hydrogène pourrait représenter, d'ici 2050, un cinquième de la demande d'énergie, écrit France Hydrogène.

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Louis San

Date de dernière mise à jour : 12/12/2023

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