Charles Aznavour aurait eu 100 ans… et toujours en haut de l’affiche ! For me formidable !

100 ans : c’est l’âge canonique qu’aurait eu Charles Aznavour, ce mercredi 22 mai. Petit par la taille, il était à la fois un immense chanteur et un immense monsieur. Il mettait tout le monde d’accord par son talent, symbole d’un universalisme incarné, et sa générosité pour les sinistrés.

Laurent Gerra : «Charles Aznavour avait prévu de fêter ses 100 ans sur scène»  - Le Parisien

Homme universel et porte-voix

L’après-midi de son anniversaire aura été marqué par l’inauguration d’un jardin rebaptisé à son nom aux Champs-Élysées, le carré Ledoyen, avec la présence de Hasmik Tolmajian, ambassadrice d’Arménie, et de la grande sœur du chanteur, Aïda, âgée de 101 ans ! L’année 2024 sera jalonnée de nombreux événements autour de Charles Aznavour.

La sortie d’un coffret de l’intégrale de son œuvre, le 10 mai dernier, avec quelque 1.800 titres en live comme en studio, en duo comme en solo, en instrumental comme en chanson, le tout en neuf langues, témoigne d’un véritable universalisme. Il faut dire que ses 85 ans de carrière et ses 70 ans de discographie auront permis à tout son génie d’être fécond.

Plus qu’un immense chanteur, il était aussi le porte-voix de l’Arménie et de la diaspora arménienne. « Avec le séisme de 1988, de magnitude sept, qui a fait beaucoup d’orphelins et détruit beaucoup d’infrastructures, il a monté une fondation (Aznavour Fondation) pour laquelle il a levé énormément de fonds et a distribué un sixième de sa fortune », nous explique Arnaud Khatcherian, grand amateur de chanson française, d’origine arménienne et chanteur de métier. « Il a été statufié de son vivant et est devenu un héros national ! » ajoute-t-il.

Nommé ambassadeur permanent de l’Arménie en Suisse en 2009, « c’était, toujours selon monsieur Khatcherian, l’Arménien le plus connu au monde, un porte-parole de premier plan que le monde entier aimait ».

Assimilation et ascension sociale fulgurante

Modèle de cette ascension sociale, trop rare aujourd'hui malgré tous les discours égalitaristes, « ayant arrêté l’école en primaire pour des raisons financières, Charles Aznavour a commencé à travailler très jeune : il disait avoir commencé sa vie d’artiste à neuf ans », rapporte son homologue chanteur. « Ayant des lacunes en français, de belles âmes dont Jean Cocteau lui avaient suggéré 75 livres de grands auteurs français, dont Racine et Molière. » Ce qui profitera au chanteur, qui défendait la culture et l'esprit français à travers les mots bien écrits et les belles phrases. « Pour quelqu’un d’origine arménienne, qui a arrêté ses études en primaire, cela force le respect. Il avait horreur des textes mal écrits, des chansons qui ne veulent rien dire », témoigne son compatriote.

Né à Paris de parents devenus apatrides, chassés par le génocide opéré par les Turcs, Charles Aznavour était le modèle d’une immigration qui a réussi, lui qui se déclarait « cent pour cent français et cent pour cent arménien ». Un personnage autant apprécié par les gens de gauche que ceux de droite, les uns voyant en lui un modèle parfait d’assimilation, les autres jugeant qu'en tant qu'immigré, il était une chance pour la France.

Dans ses vœux de 2024, Emmanuel Macron parlait d’une année de millésime avec plusieurs événements majeurs constituant des « fiertés françaises », tels que le retour des Jeux olympiques à Paris après 100 ans. Nul doute que les 100 ans d’Aznavour redoreront avantageusement le blason de la France.

Gabriel Decroix

Date de dernière mise à jour : 23/05/2024

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