Netanyahou : de l’épuration ethnique aux dérives génocidaires ?

Menacé par de graves ennuis judiciaires, Benyamin Netanyahou, très impopulaire depuis les attentats du 7 octobre, doit impérativement rester à son poste le plus longtemps possible pour retarder une chute qui semble désormais inévitable. Seul moyen pour cela : prolonger la guerre contre le Hamas, fût-ce au prix de nouveaux massacres, alors que ce conflit a déjà fait des dizaines de milliers de victimes palestiniennes, y compris des enfants, des femmes et des vieillards...

« Ceux qui sont contre nous méritent d’être décapités à la hache ! » (Avigdor Liberman)

« Le peuple palestinien n’existe pas ! » (Bezalel Smotrich)

« Nous encouragerons l’émigration de centaines de milliers de Palestiniens de Gaza. » (Itamar Ben Gvir)

« Nous combattons des animaux humains. » (Yoav Gallant)

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On le présente comme un individu froid, déterminé, et surtout indifférent à la vie humaine, qu’elle soit israélienne ou palestinienne : Yahia Sinouar, le chef des forces du Hamas de Gaza, aurait personnellement supervisé la planification et la mise en œuvre coordonnée des attaques terroristes perpétrées le 7 octobre sur le territoire israélien. On connaît le tragique bilan de cette journée d’horreur : outre des milliers de blessés, 1200 Israéliens, majoritairement des civils, ont été sauvagement assassinés ce jour-là dans les villages proches de la frontière qui sépare Israël du territoire gazaoui, ou sont décédés les jours suivants ; et 250 autres ont été enlevés par les commandos armés du Hamas et des groupes djihadistes associés à ces raids criminels afin de servir d’otages pour faire pression sur le gouvernement israélien.

Ces attaques terroristes ont bien évidemment été une conséquence directe de la ghettoïsation de la bande de Gaza, imposée de manière drastique par les Israéliens depuis 2005. Enfermés de fait dans ce que l’on a coutume de nommer, à juste titre, une « prison à ciel ouvert », 2,1 millions de Gazaouis ont été contraints – sur un territoire sous blocus de 360 km², à peine plus grand que le département de l’Essonne ! – de vivre dans des conditions de grande précarité, voire d’indigence pour les plus démunis. Au pouvoir depuis sa victoire aux législatives de 2006, le Hamas n’est jamais retourné devant les urnes et a tout fait pour faire monter dans la bande de Gaza le sentiment de haine des Juifs en vue de recruter des combattants et d’agir le moment venu dans l’espoir d’induire au plan régional un processus d’éradication de l’état hébreu.

Ce moment est venu en cette terrible journée du 7 octobre 2023. Il s’est traduit par un déferlement de violence atroce dans la manière dont il a été commis, notamment aux dépens des jeunes rassemblés à l’occasion d’une rave-party festive ou de kibboutzim paradoxalement plutôt ouverts à une cohabitation apaisée avec leurs voisins palestiniens. Comme l’on pouvait s’y attendre, ces abominables tueries et les prises en otage de citoyens israéliens ont engendré dans l’état hébreu une très virulente réaction. Le moment de sidération passé, cela s’est traduit, dans la majeure partie de l’opinion publique, par une forte hausse du sentiment de haine des Palestiniens, exacerbée par les extrémistes de tous bords, à commencer par les membres du gouvernement issus des rangs suprémacistes et partisans de facto d’une épuration ethnique.

C’est dans ce contexte qu’a été mise en œuvre la riposte de l’armée israélienne, officiellement axée sur un double objectif annoncé par Netanyahou : la libération des otages et la destruction du Hamas. En 6 mois, les actions militaires, prétendument ciblées sur l’élimination des seuls activistes, se sont traduites par un nombre hallucinant de victimes du côté palestinien : au moins 33 000 morts à ce jour (dont près de la moitié d’enfants !), et plus de 75 000 Gazaouis blessés, dont des milliers resteront handicapés à vie, à l’image de ces enfants amputés dont Tsahal a transformé les rêves en cauchemars tragiques. Sans oublier les destructions : près de 60 % du bâti de la bande de Gaza – habitations, hôpitaux, écoles, commerces, ateliers et entrepôts – a été gravement endommagé ou totalement détruit. En de nombreux lieux ne subsistent que des champs de ruines.

Une fuite en avant criminelle

Commis en partie sans intervention humaine par le logiciel d’Intelligence Artificielle Lavender, ces effroyables massacres, ces terrifiantes destructions sont loin d’avoir permis à Netanyahou d’atteindre les objectifs qu’il avait fixés. Certes, des milliers de combattants du Hamas ont été « éliminés » sous les bombes et les tirs israéliens, mais 134 otages sont encore détenus à Gaza, et plusieurs cadres du Hamas, dont Sinouar, sont encore en vie. D’où la nécessité, selon Netanyahou, de frapper Rafah, seule ville du territoire encore à peu près épargnée par les frappes israéliennes. Au risque de massacrer des milliers d’autres Palestiniens dans un réduit où plus de la moitié des Gazaouis a dû se réfugier après que l’armée israélienne ait semé la terreur et la désolation presque partout ailleurs, notamment à Jabaliya, Gaza ville, Deir-al-Balah et Khan Younès.

Face à cette menace, la communauté internationale élève la voix ici et là pour condamner ce qu’il faut bien nommer les dérives génocidaires de l’exécutif israélien tant les actions militaires sont disproportionnées et frappent aveuglément les populations civiles. À cet égard, l’Irlande a annoncé son intention d’intervenir en soutien* de l’Afrique du Sud dans le cadre de la procédure pour génocide intentée auprès de la Cour Internationale de Justice (CIJ). De nombreuses autres nations, y compris au sein de l’Union Européenne, exigent quant à elles un cessez-le-feu immédiat. Mais de tout cela « Bibi » n’a cure : il est clairement déterminé à poursuivre sa fuite en avant criminelle. Et les réserves de plus en plus marquées de l’exécutif américain n’y changeront rien. Netanyahou sait que ce sont des postures électoralistes : l’aide logistique étasunienne sera maintenue !

En réalité, les incertitudes qui pèsent sur le conflit en cours servent les intérêts personnels du Premier ministre israélien car elles retardent l’issue de cette guerre odieusement asymétrique. Une issue qui entraînera l’ouverture immédiate d’une enquête sur les graves carences du renseignement de l’état hébreu en amont des attaques du 7 octobre et, tout aussi grave, l’incurie de son exécutif malgré les avertissements reçus. Avec, pour conséquences prévisibles, la mise en cause de Netanyahou et l’organisation d’élections législatives anticipées. Maintenir un état de guerre offre donc de facto un sursis à Netanyahou. Et les faucons qui l’entourent – notamment Ben-Gvir et Smotrich – soufflent sur les braises dans l’espoir de mener à bien la mise en œuvre, par les bombardements et la famine, d’un départ massif des Gazaouis, révélateur de leur volonté génocidaire.

Aussi terrible soit-il, le sort de la population de Gaza ne doit pas faire oublier ce qu’il se passe en Cisjordanie. Non seulement Netanyahou n’a rien fait pour stopper l’insidieuse colonisation des territoires palestiniens, mais il l’a constamment encouragée. Et son alliance politique avec les partis religieux suprémacistes s’est traduite depuis le 7 octobre par une recrudescence des spoliations, accompagnée – le plus souvent avec la complicité de militaires israéliens – de nombreux meurtres de Palestiniens résolus à défendre leurs biens. En 6 mois, plusieurs centaines d’entre eux sont morts sous les balles israéliennes sans que l’on s’en émeuve outre mesure, l’attention étant braquée sur les atrocités de Gaza. « Ce que les colons sont en train de faire, c’est un nettoyage ethnique », affirmait récemment Gérard Araud, ancien ambassadeur de France en Israël. Il avait raison, hélas !

De l’épuration ethnique en cours à bas bruit en Cisjordanie aux dérives génocidaires commises dans la bande de Gaza, c’est de crimes que Netanyahou se rend coupable aux yeux du monde. Il devra tôt ou tard en rendre compte !

* Outre le soutien apporté à l’Afrique du Sud, l’Irlande a annoncé son intention de reconnaître officiellement la Palestine. La Belgique, l’Espagne, Malte et la Slovénie devraient suivre et rejoindre ainsi les 9 pays de l’Est membres de l’UE qui ont, d’ores et déjà, reconnu l’état palestinien. La France reste malheureusement muette à ce sujet !

Fergus

 

Date de dernière mise à jour : 15/04/2024

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