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Les manifestations et la colère des paysans, cette semaine, ont aussi montré l’image d’une France solidaire avec ceux qui travaillent la terre. À l’image du chef étoilé carcassonnais Franck Putelat qui, cherchant un moyen de soutenir et de s’engager auprès des agriculteurs en détresse, est allé, avec ses équipes, leur servir un repas, le mercredi 17 décembre, avant de prendre son service. Cette semaine de manifestation n’a pas fait que montrer l’image d’une France en détresse, elle a prouvé que notre pays était encore capable de solidarité !
Le bon sens et le cœur
Contacté par BV, Franck Putelat explique avoir agi « avec le cœur, tout simplement », expliquant qu’il n’y avait « que du bon sens » derrière sa démarche et sa volonté de montrer son soutien aux paysans qui manifestaient leur colère face à l’abattage de leurs bêtes et au Mercosur. Ils sont solidaires : « Pas d’éleveurs sans cuisinier, pas de cuisinier sans éleveurs : nous sommes des vases communicants », explique-t-il à BV. D’ailleurs, lorsqu’il est arrivé sur le rond-point où manifestaient les paysans, après avoir passé le barrage de police, l'éleveuse de chèvres qui lui vend son fromage l’a accueilli et remercié. Il aurait bien aimé que de nombreux autres restaurateurs viennent aussi soutenir les paysans, expliquant que « sans eux, on n'est rien ! » Devant leur détresse, il dit « comprend[re] que les mecs se pendent et se suicident quand on vient vous tuer vos 200 bêtes », il ne sait pas comment on peut vivre, dit-il, sans compter ses heures et ne pas même gagner 1.000 euros par mois. Alors, avec ses équipes, ils ont voulu apporter leur pierre à l’édifice : ils ont servi environ 200 potées et puis sont retournés faire leur service, reprendre leur travail. Ses cuisiniers étaient prêts à y retourner dès le lendemain ! Sur son site, on peut lire que « Franck Putelat est de la race de ces opiniâtres qui, la rage au ventre et le feu sacré au cœur, avancent sans faillir ». Le chef vient d'en donner une preuve !
Éleveur, agriculteur, restaurateur : des vases communicants de solidarité
En légende de sa photo publiée sur les réseaux sociaux, on peut lire : « Au pied des terres qui nourrissent la France, Franck Putelat se tient, humble et engagé. Des mains de chef pour honorer celles qui œuvrent, un geste simple et sincère au cœur du combat paysan. Parce que la gastronomie naît des élevages, parce que sans agriculteurs, il n'y a ni terroir ni transmission, ce moment est un merci, un soutien, une promesse de respect. À ceux qui nourrissent le pays, la cuisine répond présent. » Et ce n’est pas la première fois que le chef double étoilé, meilleur ouvrier de France et Bocuse d’argent, montre sa solidarité avec ceux qui lui permettent de travailler. Cet été, déjà, quand des incendies avaient ravagé l’Aude, il n’avait pas hésité à soutenir non seulement les vignerons mais aussi tous les petits producteurs qui eux aussi, sans être loin des grosses entreprises, avaient tout perdu. « Il faut se bouger, se tenir la main, se serrer les coudes et avancer ! », s’exclame le chef. Il faut dire que ses restaurants ne servent que des produits locaux, « le consommateur ne vient pas chercher du filet de bœuf d’Australie : il veut de la viande locale », explique-t-il. Mais lui aussi pâtit de la situation : il explique à BV que, pour la première année, il a été obligé de baisser les prix de son menu, sinon les gens ne venaient plus et c’est une entreprise de 80 salariés qu’il doit faire vivre : « Je me bats comme un fou pour faire durer cette maison-là ! » Il voudrait que les syndicats hôteliers rejoignent le mouvement pour faire bouger les choses. Et fait remarquer à BV le nombre de restaurants qui ferment, faute de personnels, à cause des maladies animales, aussi, qui s’enchaînent, et du prix de la viande qui augmente : « Il faut qu’on se batte, tous, il y a des choses qui ne sont pas normales ! »
Il n’est pas venu faire de la politique, et encore moins se faire de la publicité. Ce n'est pas lui, d'ailleurs, qui a posté la photo sur les réseaux sociaux : « J’ai 56 ans, dit le chef à BV, ma carrière est faite, j’étais là pour donner un peu de joie de vivre à tous ces gens. » Alors, par solidarité, pour aider les paysans, il a mis à leur service son savoir-faire, car « c’est [s]on cœur et [s]es tripes qui parlent » !
Victoire Riquetti