
« Pâturage et labourage sont les deux mamelles de la France »
(Maximilien de Béthune, duc de Sully).
« Les campagnes, plus tard, se dépeuplèrent aussi, et non seulement de leurs charmants et redoutables phantasmes, mais enfin de leurs hommes crédules et songeurs. Le paysan devint «agriculteur»… » (Paul Valéry).
Nous commençons mal cette nouvelle année : la guerre en Ukraine s’éternise car personne ne sembler souhaiter qu’elle se termine ; la paix n’est pas établie à Gaza ; l’Iran des mollahs vacille ; au Venezuela nous ne savons pas comment la situation va évoluer ; et chez nous, les tracteurs sont dans les rues alors que le Mercosur sera signé prochainement (1). Macron qui était pour et en même temps contre, a déclaré à Ursula von der La Hyène qu’il ne le signera pas, mais ça ne changera strictement rien. Le monde paysan a compris ; il ne croit plus aux gesticulations présidentielles.
En décembre 2025, nous avons assisté à un spectacle honteux, infâme, scandaleux, indigne : le pouvoir a envoyé les blindés de la gendarmerie contre des paysans. Ce pays, incapable de rétablir l’ordre dans les banlieues, d’endiguer les narcotrafics, de faire cesser les rodéos urbains, d’empêcher les incendies de voitures pendant les fêtes, ou de renvoyer au bled un OQTF souvent multirécidiviste, n’a pas hésité à faire bastonner les gueux, les ploucs, les péquenots, par ses argousins. La France qui nous protège – en théorie du moins ! – contre la France qui nous nourrit. C’est affligeant et honteux !
Après toute notre industrie, sacrifiée au dogme de à la mondialisation heureuse, c’est notre agriculture qui est mourante, en phase terminale, victime d’une maladie qui s’appelle l’Union européenne. Le malheur de nos paysans remonte à loin ; il a commencé avec la PAC, la politique agricole commune, prévue par le traité de Rome du 25 mars 1957 et entrée en vigueur le 30 juillet 1962. La PAC est l’une des plus anciennes et l’une des plus importantes des politiques communes de l’UE. Elle représente 35 % du budget européen (et 45 % si on englobe le développement rural). Créée en 1957, ses grandes lignes ont été définies à la conférence de Stresa, du 3 au 12 juillet 1958. Ses objectifs, qui de prime abord pouvaient sembler louables, étaient d’accroître la productivité ; d’assurer un niveau de vie décent aux paysans ; de stabiliser les marchés ; de garantir la sécurité des approvisionnements ; et d’assurer des prix raisonnables aux consommateurs. Mais l’enfer, c’est bien connu, est pavé de bonnes intentions. À côté de ses objectifs, la PAC est encadrée par trois grands principes : l’unicité du marché, la solidarité financière et la préférence communautaire.
On a voulu oublier les règles simples qui régissaient le monde rural depuis la nuit des temps : l’autosuffisance alimentaire du pays, la loi de l’offre et de la demande et les circuits courts. On a fait confiance à une technocratie bruxelloise qui entend tout réguler. C’est le Conseil de l’UE qui adopte les actes de la PAC. La section Garantie du Fonds Européen d’Orientation et de Garantie Agricole (FEOGA) finançait le soutien des marchés. Comme Bruxelles adore la technocratie, la FEOGA a été remplacée par le Fonds Européen Agricole de Garantie (FEAGA), qui est la même usine à gaz.
Le paysan, le cultivateur, l’éleveur, n’est plus maître chez lui. On l’a affublé du titre ronflant d’exploitant agricole alors qu’il est exploité « et en même temps » assisté. Il est maintenu sous perfusion. Il bénéficie de diverses aides : des aides indirectes, les prix garantis, qui lui assurent un prix minimum pour ses productions. Cette disposition est aujourd’hui en quasi-désuétude. Des aides directes au revenu (depuis la réforme de 1992) : en échange d’une baisse des prix garantis, l’UE verse des aides proportionnelles à la baisse des prix garantis. Depuis 2006, cette aide est découplée : il y a de moins en moins de liens (voire plus de lien) entre la production et le montant des aides. En fait, pour beaucoup, c’est un saupoudrage qui leur permet de ne pas crever.
La PAC entre 6 ou 7 pays était déjà contestable car encore eût-il fallu que ces pays soient au même niveau en matière de PIB, de fiscalité et de protection sociale, mais c’était jouable !
En revanche, avec l’élargissement à 28, c’est tout simplement de la folie. La PAC n’arrive pas à stabiliser son budget. Les aides sont inégales voire injustes ; elles profitent aux propriétaires de grosses exploitations, puisque elles sont proportionnelles aux surfaces de l’exploitation.
Depuis 2003, le montant du budget est stable car non indexé sur l’inflation, et en baisse par rapport au budget total de l’UE. Les réformes de 1992 et 1999 ont cherché à la rapprocher du marché en baissant les prix garantis et en les remplaçant par des aides directes. Désormais, les aides ne sont plus liées à la production. Les agriculteurs touchent un paiement unique par hectare, à la condition de respecter des normes européennes en matière d’environnement et de sécurité alimentaire.
La réforme intermédiaire de 2009 (bilan de santé) a confirmé cette direction. Le paysan subit plus qu’un autre l’écologie punitive. Et la France va toujours plus loin que Bruxelles en matière de flicage et d’interdictions imposées par les Khmers verts. Des écolos-bobos urbains viennent dire au paysan ce qu’il doit faire pour une agriculture plus verte, plus bio, plus responsable.
Initialement, Le traité de Rome donnait à la PAC une orientation productiviste car il fallait augmenter la production agricole. Mais il instituait le principe de libre circulation des marchandises, qui était par définition incompatible avec une politique au niveau national car on ne voulait surtout pas fausser le jeu de la concurrence. La PAC, c’était un moyen – un de plus ! – de tuer la souveraineté des nations mais bien peu de gens l’ont dit à l’époque (2). La PAC répondait à la volonté de donner une consistance à l’Europe, en invoquant la même tarte-à-la-crème lénifiante : faire l’Europe, c’était éviter la guerre. Pour ma part, je ne cesse de dire que ce n’est pas l’Europe qui a fait la paix mais la paix qui a fait l’Europe. Aujourd’hui, le réveil des empires tendrait à me donner raison.
Dans l’histoire de la PAC, il faut se souvenir que, de tous les pays fondateurs, seule la France était autosuffisante pour la plupart des grands produits alimentaires. Mais les dirigeants européens souhaitaient que l’exode rural s’accélère pour libérer de la main-d’œuvre pour l’industrie.
Je vous épargnerai la litanie des réformes successives de la PAC depuis 1971. Retenons, en 1984, la mise en place de quotas de production, notamment dans le domaine laitier. En 1988 : la fixation d’une enveloppe maximale annuelle de dépense, et le gel des terres (la jachère). En 1992, la baisse des prix garantis et l’instauration de mesures agro-environnementales, etc. Il y a eu des réformes de la PAC en 2003, en 2007, en 2008, en 2009, en 2010, en 2013, en 2015, en 2020… Toutes n’étaient pas mauvaises mais ceci démontre que cette usine à gaz ne fonctionne pas. Presque toutes ces réformes contribuent à étrangler beaucoup de nos paysans qui, pour leur survie, sont devenus tributaires des aides européennes comme un drogué est tributaire de son dealer. Au lieu de vivre de leur labeur, nos agriculteurs passent plus de temps à faire de la paperasse et à remplir des formulaires qu’à faire… leur métier. On les espionne, on multiplie les tracasseries administratives, on envoie des drones pour les surveiller. En fonction des élucubrations de fonctionnaires européens, on leur donne de l’argent pour arracher des arbres ou de la vigne, puis des primes pour replanter la même chose l’année suivante. La machine est devenue folle mais tout ceci est voulu. Le Nouvel Ordre Mondial de veut plus de producteurs, seulement des consommateurs. De surcroît, le cul-terreux, enraciné et attaché à sa terre, c’est tout ce que les mondialistes vomissent. Ils veulent des urbains hors-sol, sans racines, sans valeurs, sans attache, créolisé et surtout sans patrie. Ces gens-là se moquent de notre autosuffisance alimentaire, des circuits courts, de la préférence nationale ou du patriotisme économique. Et il font tout pour hâter la mort de notre paysannerie.Nos paysans sont condamnés à mort
Le 17 janvier, le Mercosur sera signé au Paraguay, mais ce n’est qu’une étape. Le prochain accord de libre-échange avec l’Inde sera bien pire que le Mercosur.
Éric de Verdelhan
1) Et je présume qu’il sera ratifié par le Parlement européen.
2) En dehors de Philippe de Villiers, Jean-Marie Le Pen et quelques rares autres.