
Hier, la presse de gauche s’est empressée de relayer rageusement une décision de l’Arcom. Florilège : « L’Arcom met en demeure la chaîne pour deux séquences traitant de l’immigration et de l’islam pouvant inciter à la "discrimination" » (Le Monde). « L'Arcom met une nouvelle fois en demeure CNews pour deux séquences incitant à la "discrimination" (France Info), « Incitation à la discrimination : CNews mis en demeure par l’Arcom pour des propos sur l’islam et les immigrés » (Libération), « L’Arcom tance CNews pour des propos discriminatoires à l’égard des personnes musulmanes ou d’origine immigrée » (Mediapart), « Audiences 2025 : CNews, première chaîne d’intox de France… avec une nouvelle sanction de l’Arcom » (Télérama). Un sacré retentissement pour une décision… courante.
En 2024, l’Arcom a en effet prononcé 50 mises en demeure, soit près d’une par semaine. Toutes n’ont pas eu ce retentissement XXL, loin s’en faut !
Nervosité
Quelles sont donc les deux fautes inexpiables de CNews à l’origine de ce chœur de vierges outrées ? Première faute : Marie-Hélène Thoraval, le courageux maire de Romans-sur-Isère, a estimé que les attaques au couteau relevaient « d’un caractère culturel », leurs auteurs n’étant pas « Français de souche » et ayant « des origines qui sont plus liées avec […] l’islam ». Interdit, donc. Dans sa décision du 17 décembre, l’Arcom considère qu'« une telle stigmatisation » (!) est « de nature à encourager des comportements discriminatoires ». Seconde faute : le journaliste de Frontières Jordan Florentin a estimé à l’antenne que les immigrés « ne peuvent pas forcément s’acclimater avec nos valeurs, nos mœurs et notre culture », d’autant qu’est en cours un « Grand Remplacement ». Stupeur et tremblements. Pour l’Arcom, « ces propos véhiculent de nombreux stéréotypes particulièrement infamants à l’égard des personnes immigrées dans leur ensemble »… Chacun jugera.
Quoi qu'il en soit, l’instance de régulation de l’audiovisuel donne là des signes de nervosité. En passant de 2,9 % en moyenne, en 2024, à 3,4 %, selon le bilan 2025 de Médiamétrie tout juste paru ce 29 décembre, CNews agite les peurs… de la concurrence. La chaîne de Pascal Praud, Sonia Mabrouk ou Christine Kelly s’installe pour la première fois en tête des chaînes d’information de France, loin devant la numéro deux, l’ancienne leader du secteur BFM TV, qui se tasse à 2,8 %. Jamais une chaîne d’information n’avait grimpé aussi haut. Le directeur général de Canal+, en charge des programmes et des antennes, Gérald-Brice Viret, peut triompher, sur X : « Sur un an, CNews est la chaîne qui progresse le plus, toutes chaînes confondues. » La chaîne qui compte le plus d’ennemis dans la sphère du pouvoir peut remercier Emmanuel Macron, élu en 2017 : « Depuis son lancement en 2017, l’audience de CNews a été multipliée par 5,7, avec une progression enregistrée chaque année, sans exception », poursuit Gérald-Brice Viret, qui évoque « une trajectoire unique dans le paysage audiovisuel français ». Ce que personne ne contestera.
Objectif : France 5
CNews prend en effet l’allure d’un phénomène médiatique inarrêtable. La maison de Christine Kelly a depuis longtemps relégué la chaîne d’information du service public France Info, inutile et coûteuse, qui se traîne cette année sous la barre du 1 % d’audience (à 0,9 %). La même CNews domine la chaîne de jeunesse publique Gulli (1,1 %) sur un autre créneau et la chaîne franco-allemande Arte (3,1 % d’audience en 2025). Arte a pourtant pesé pour 71 millions d’euros sur les finances publiques en 2024… alors que CNews est financée par la publicité.
Le prochain objectif est de taille : il s’appelle France 5. CNews n’est plus qu’à un cheveu (à 0,1 point, précisément) de la chaîne publique « de la connaissance », cinquième chaîne française en audience, fréquemment mise en cause pour ses partis pris éditoriaux très à gauche.
La relégation de France 5 derrière CNews, qui pourrait intervenir bien avant la fin de l'année 2026, ferait résonner un coup de tonnerre historique dans la maison France Télévisions qui aspire paisiblement, chaque année, 2,5 milliards d’euros au budget de la France et aux Français. D’où la nervosité de la patronne Delphine Ernotte et de ses relais médiatiques. Dans ce contexte explosif, pas étonnant que France Télévisions et ses dirigeants déclarent la guerre au groupe Bolloré.
Ces résultats d’audience tombent mal pour le groupe public, au moment où le pugnace député UDR Charles Alloncle force cet État dans l’État à dévoiler ses méthodes. Le petit monde ouaté de l’audiovisuel public et ses ramifications vers le pouvoir sont saisis de stupeur. Pour conserver leurs subventions, ils sont prêts à tout. L’année 2026 risque d’être animée, au sein du paysage médiatique et audiovisuel français.
Marc Baudriller