Créer un site internet

Décès de Jean-Claude Gaudin : La voix et le visage de Marseille

Si de nombreuses personnalités politiques, surtout à droite, saluent la mémoire de celui qui est resté maire de Marseille durant vingt-cinq ans, la carrière de Jean-Claude Gaudin est aussi entachée de polémiques.

L'essentiel

Jean-Claude Gaudin « fut un grand maire, écrit Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Il laissera une trace indélébile dans cette ville qu’il a tant aimée, tant servie et tant choyée. »

Derrière le bon vivant, jamais avare d’un bon mot, se cachait un fin tacticien politique, qui part aussi avec son lot de polémiques.

A la fin de son dernier mandat, ses opposants soulignaient notamment un bilan peu reluisant, tandis que l’affaire de l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne l’a poursuivie jusqu’au bout.

Jean-Claude Gaudin, ancien maire de Marseille, est mort à 84 ans

C’est une pluie de louanges, surtout à droite, qui s’abat ce lundi sur Jean-Claude Gaudin, emblématique maire de Marseille pendant vingt-cinq ans, décédé à l’âge de 84 ans. Personnage « pagnolesque », gouailleur, ce monument de la vie politique française, fils d’un maçon et d’une ouvrière, avait gravi les échelons un à un pour se hisser jusqu’à la fonction de maire de la deuxième ville de France – qu’il a occupée de 1995 à 2020 – mais aussi à celles de sénateur et ministre sous Jacques Chirac.

Il était « la voix et le visage de Marseille » a salué le président du Modem François Bayrou. « Il fut un grand maire, écrit Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Il laissera une trace indélébile dans cette ville qu’il a tant aimée, tant servie et tant choyée. »

Né le 8 octobre 1939 à Mazargues, quartier villageois du sud de Marseille, l’enfance de Gaudin a été marquée par la religion catholique qui a « fait que l’envie de servir m’a toujours taraudé ». Une de ses dernières apparitions publiques date d’ailleurs de la visite du pape François à Marseille en septembre 2023. Devenu professeur d’histoire-géographie dans un collège privé au début de sa carrière professionnelle, il s’était rapproché dans sa jeunesse de la droite chrétienne. A 25 ans, il entrait au conseil municipal sur une liste d’alliance gauche-centre droit conduite par Gaston Defferre (maire de 1953 à 1986). « C’est le jour le plus important de ma vie politique », assurait-il.

« Clientélisme »

C’est aussi le début d’une carrière exceptionnellement longue, et d’une personnalité qui a marqué les esprits. En 2021, il publiait ses mémoires, Maintenant je vais tout vous raconter, avec la volonté de faire « solde de tout compte », comme il le confiait dans un entretien à 20 Minutes. « Je ne regrette absolument rien, disait-il alors. J’espère qu’on retiendra que j’ai développé Marseille, que j’ai évité que des industries comme Haribo ne s’en aillent de la ville. J’ai transformé cette ville en ville touristique. »

Il y confiait également, et assumait, avoir fait du « clientélisme » durant sa carrière. « Tout le monde en a fait. Moi, ce sont les habitants de Mazargues qui venaient me parler de leurs enfants. Et lorsqu’ils avaient fait des études substantielles, j’ai toujours essayé de les aider à trouver un emploi. » Choquant ? « Pourquoi cela choquerait ? L’élu est au service de tous » répliquait-il.

« Jean-Claude Gaudin Skywalker »

Derrière le bon vivant, jamais avare d’un bon mot, se cachait un fin tacticien politique, qui part aussi avec son lot de polémiques. Le groupe IAM lui avait d’ailleurs adressé un clin d’œil peu flatteur avec son « Jean-Claude Gaudin Skywalker », dans la chanson L’empire du côté obscur…

Par exemple en 1983, alors député, il s’était fait remarquer lors des municipales en soutenant le gaulliste Jean Hieaux, candidat à Dreux (Eure-et-Loir) à la tête de la première liste RPR-Front national de France. « Il faut battre l’adversaire socialo communiste », justifiait-il alors. Les prémices d’un « pacte » avec l’extrême droite, dont les voix lui permettront, en 1986, de remporter la présidence du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur. Patrick Menucci, figure socialiste de Marseille, le qualifiait alors de « pur opportuniste. » Une cogestion qui « marche », assurait de son côté Gaudin en 1990, demandant « qu’on arrête de [lui] casser les pieds avec ça ».

Au sortir de son quatrième et dernier mandat, Jean-Claude Gaudin s’est évertué à défendre ses « grandes réalisations » : « Un stade Vélodrome flambant neuf, les tunnels et le Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) », mais surtout la baisse du chômage, de 22 % à son arrivée à 11 % aujourd’hui, sa « plus belle réussite ». Ses opposants dressaient un bilan moins reluisant, pointant un réseau de transports en commun insuffisant, une ville parmi les plus polluées de France, des quartiers populaires délaissés, ou encore des écoles « délabrées ».

Le tournant de la rue d’Aubagne

Mais le vrai tournant est survenu le 5 novembre 2018, deux ans avant la fin de son dernier mandat. Deux immeubles d’un quartier populaire – dont un est la propriété de la ville – s’effondrent. Huit personnes meurent ensevelies. L’onde de choc révèle l’ampleur du logement insalubre. Les associations accusent la mairie d’avoir ignoré les alertes.

Des accusations réfutées par Jean-Claude Gaudin, qui répondait en 2021 à 20 Minutes que « tout a toujours été observé. » « Il y a une espèce de légende [dans cette affaire]. L’adjoint compétent a toujours tout vérifié et pris les arrêtés de péril qu’il fallait. » En novembre 2021, il est entendu pour la première fois par les juges dans le cadre de l’enquête sur ce drame.

« Heureusement, ils ne sont pas trop tombés sur les revues pornos »

La justice le rattrape aussi dans une autre affaire, celle des heures supplémentaires fictives à la mairie de Marseille. « Il aura fallu que j’attende 82 ans pour qu’un matin sonnent à ma porte des gendarmes et deux juges » disait-il encore à 20 Minutes en 2021. Un dossier qu’il prend à la légère : « Ils sont aussi allés dans ma maison de campagne, à Saint-Zacharie. Ils n’ont vu que les bibliothèques et les cassettes de Game of Thrones, les Tintin et Milou de la création. Heureusement, ils ne sont pas trop tombés sur les revues porno. J’en avais quand même un peu mais ils ne les ont pas vues ! »

Avant de comparaître en mars 2022, il assurait « qu’il n’y avait jamais eu d’emploi fictif à Marseille ». Il avait finalement décidé de plaider coupable pour « détournement de fonds publics par négligence » dans le cadre d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), et se retrouvait condamné à six mois de prison avec sursis et à 10.000 euros d’amende. Une reconnaissance qui avait permis à l’ex-maire de Marseille d’éviter une audience de deux semaines durant lesquelles sa gestion aurait été étalée publiquement.

La Rédaction

L'ancien maire de Marseille Jean-Claude Gaudin est mort - La Voix du Nord

Portrait de Jean-Claude Gaudin, enfant de Marseille devenu « monument »  politique

Date de dernière mise à jour : 20/05/2024

  • 2 votes. Moyenne 4.5 sur 5.