Gaza : Israël contrôle désormais la zone tampon avec l’Égypte

Alors que l’armée israélienne poursuit son offensive à Rafah, ses responsables affirment avoir conquis la zone par laquelle transitaient selon elle les armes destinées au Hamas. Et estiment que la guerre devrait durer encore sept mois.

Des chars israéliens s’avancent vers Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 29 mai 2024. © Saeed Qaq / Middle East Images via AFP.

L’armée israélienne poursuit ce 30 mai son offensive sur Rafah, malgré les critiques et indignations internationales, après avoir affirmé la veille avoir pris le contrôle d’une zone tampon stratégique entre la bande de Gaza et l’Égypte, située à proximité de Rafah, nouvel épicentre de sa guerre contre le Hamas.

Présent à Pékin pour un forum Chine-pays arabes, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi n’a pas fait de commentaire sur la zone tampon, mais a appelé le même jour à empêcher tout déplacement de Gazaouis « par la force ». Le président chinois, Xi Jinping, a plaidé pour l’organisation d’une « conférence de paix élargie » pour mettre fin au conflit, affirmant que la justice ne devait « pas être absente pour toujours ».

Le conseiller à la sécurité nationale israélien, Tzachi Hanegbi, a affirmé que la guerre pourrait se poursuivre « encore sept mois », afin d’atteindre l’objectif de détruire le Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007. En parallèle de Gaza, l’armée israélienne a déployé jeudi des soldats dans différentes villes de la Cisjordanie occupée après une « attaque à la voiture bélier » qui a tué selon elle deux jeunes soldats israéliens près de Naplouse.

Des ambulances ciblées par Tsahal

Dans la nuit du 29 au 30 mai, le Croissant-Rouge palestinien a dénoncé la mort de deux de ses secouristes dans une « frappe directe » de l’armée israélienne contre l’une de ses ambulances dans le secteur ouest de Rafah. À Gaza, l’armée a affirmé avoir découvert « une vingtaine de tunnels » dans le secteur frontalier, qu’elle soupçonne de servir à la contrebande pour les groupes armés dans le territoire palestinien. L’Égypte a démenti l’existence de tunnels sous la frontière, affirmant qu’Israël cherchait ainsi à justifier son offensive à Rafah contre le mouvement islamiste palestinien.

En dépit de l’indignation internationale soulevée par le bombardement meurtrier dimanche d’un camp de déplacés à Rafah, l’armée israélienne poursuit son offensive dans la ville surpeuplée du sud de la bande de Gaza, lancée le 7 mai pour, selon elle, éliminer les derniers bataillons du Hamas. Le 29 mai, des combats de rue et des bombardements ont secoué Rafah, au lendemain de l’entrée de chars israéliens dans le centre de la ville.

À Khan Younès, trois corps ont été sortis le 29 mai des décombres d’une maison touchée par un bombardement, selon la Défense civile palestinienne. « J’ai perdu deux de mes enfants, Haydar, huit ans, et Mecca, cinq ans, mon unique fille », a témoigné en pleurs Rami Abou Jazar, après avoir dit adieu à ses enfants enveloppés dans des linceuls blancs. En trois semaines, environ un million de Palestiniens, selon l’ONU, ont fui Rafah, pour la plupart des déplacés poussés à un nouvel exode vers des zones déjà surpeuplées du territoire assiégé.

Alger et Paris à la manœuvre à l’ONU

L’armée a annoncé avoir pris le contrôle « ces derniers jours » du couloir de Philadelphie, une zone tampon de 14 kilomètres de long qui borde la frontière égyptienne le long du sud de la bande de Gaza, près de Rafah. « Le couloir de Philadelphie servait de tuyau d’oxygène au Hamas, par lequel il faisait transiter régulièrement des armes vers la bande de Gaza », a déclaré le porte-parole de l’armée israélienne, le contre-amiral Daniel Hagari.

Il a ajouté que l’armée avait « découvert une infrastructure terroriste souterraine sophistiquée à l’est de Rafah d’une longueur d’un kilomètre et demi à une centaine de mètres du passage » entre l’Égypte et la bande de Gaza. Ce poste-frontière, seul point de passage entre la bande de Gaza et l’Egypte, vital pour l’acheminement de l’aide humanitaire, est fermé depuis que l’armée israélienne en a pris le contrôle au début du mois de mai.

Le 28 mai, l’Algérie a présenté au Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution exigeant un cessez-le-feu « immédiat » et l’arrêt de l’offensive à Rafah. Et dans un entretien téléphonique avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, Emmanuel Macron a « souligné la détermination de la France à travailler avec l’Algérie et ses partenaires au Conseil de sécurité » de l’ONU « pour que celui-ci s’exprime fortement sur Rafah ».

Le projet algérien a été distribué à l’occasion d’une réunion d’urgence du Conseil convoquée après un bombardement israélien dimanche sur un camp de déplacés de Rafah qui a fait 45 morts, selon le ministère de la Santé du Hamas.

Selon le New York Times et CNN, qui s’appuient entre autres sur une analyse des images de débris de munitions, l’armée israélienne a utilisé pour cette frappe à Rafah des bombes guidées américaines GBU-39 dotées d’une charge explosive d’environ 17 kilos. « Les Israéliens ont dit qu’ils utilisaient (à Rafah) des bombes de 37 livres (environ 17 kilos) », « 37 livres ce n’est pas une grosse bombe », a déclaré le porte-parole du Conseil de sécurité nationale, John Kirby, disant attendre les résultats de l’enquête israélienne sur le bombardement.

Principal soutien politique et militaire d’Israël, les États-Unis ont affirmé qu’ils « ne fermaient pas les yeux » sur les victimes à Rafah mais estimaient qu’Israël n’a pas lancé contre cette ville une offensive « majeure » susceptible de remettre en cause leur soutien. Pour le secrétaire d’État américain Antony Blinken, Israël a besoin d’un plan pour l’après-guerre dès que possible : « Sans plan pour le jour d’après, il n’y aura pas de jour d’après », a-t-il prévenu.

La Rédaction avec AFP

 

Date de dernière mise à jour : 30/05/2024

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