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L'analyse d'Anne Fulda

Depuis des années, Anne Fulda (promo 85), journaliste, grand reporter au Figaro, suit et décrypte l’actualité politique de la France. Elle nous livre, dans cette chronique, son point de vue sur l’engagement.

Crise démocratique sans précédent. Crise de l’engagement. Décrédibilisation de la parole politique et médiatique. Influence croissante des réseaux sociaux.  

À lire les dernières études mais aussi, surtout, à regarder les taux de participation aux dernières élections, la France serait comme désabusée. Lasse. Minée, selon l’expression de Pascal Bruckner, par « le sacre des pantoufles » qui glorifie deux grands maux terribles. Le déclinisme et le catastrophisme. Entraînant dans leur sillage une espèce de molle inertie. Un repli sur soi mortifère et stérile. Une forme « d’aquoibonisme » généralisé.

Anne Fulda - La biographie de Anne Fulda avec Voici.fr

C’est sûr, le tableau n’est guère réjouissant. On est loin de l’enthousiasme revigorant des 30 Glorieuses, plus proche des « 30 Piteuses ». Il n’est qu’à regarder autour de soi. Un réchauffement climatique que même les plus sceptiques ont désormais du mal à réfuter. Une guerre à l’Est de l’Europe, en Ukraine et, désormais au Proche-Orient, qui ravive, en France, des plaies que l’on croyait plus ou moins cautérisées. Un terrorisme islamiste qui s’en prend – symbole terrible – aux professeurs, à ceux que l’on nommait naguère les hussards de la République et qui, finalement, se retrouvent aujourd’hui encore à remplir symboliquement cette fonction quitte à y perdre leur vie. Une inflation qui atteint de plein fouet jusqu’aux classes moyennes et diffuse un sentiment généralisé d’incertitude, de précarité.

Face à ce tableau inquiétant, face à une classe politique qui semble anémiée, perdue, mais surtout — et c’est le pire — impuissante, on peut choisir de baisser les bras. Se résoudre à une forme de fatalisme, de morosité contrainte. Se calfeutrer chez soi. Se recroqueviller en observant, bien à l’abri, le monde par écrans et tweets interposés. Par confort, par peur aussi, parfois.

On peut aussi miser sur un engagement protéiforme et revigorant. Sur l’intelligence collective plutôt que l’intelligence artificielle. Se dire qu’aujourd’hui la manière de survivre c’est de faire mouvement. De s’engager à quelque niveau que ce soit. Local, régional, individuel. Pour une cause politique, environnementale, sociétale ou autre. Par des actions de bénévolat souvent prisées par les jeunes générations.

Oui, c’est vrai, l’engagement politique n’est plus ce qu’il était, il était plus aisé lorsque les maux à combattre avaient pour noms nazisme et communisme. Il implique aujourd’hui de sortir de sa zone de confort. De faire preuve de courage. D’assumer une part de mise en danger, de déséquilibre même minime. De prendre sa part de risque.

« La mise en cause de la représentation démocratique d’aujourd’hui ne signifie pas que les Français ne veulent pas participer au processus démocratique (...) Mais ils ne veulent plus que l’on se paie de mots. »

La mise en cause de la représentation démocratique d’aujourd’hui ne signifie pas que les Français ne veulent pas participer au processus démocratique. Ou ne veulent pas réparer, à la mesure de leurs moyens, la société. Mais ils ne veulent plus que l’on se paie de mots. Ils ne veulent plus des envolées lyriques et des déclarations emphatiques qui ne sont pas suivies d’effet. Ils veulent du concret, des résultats. Et sont probablement bien plus prêts à s’engager qu’on ne le croit.

Parfois, revenir au sens des mots éclaire bien plus que de longs discours. Ainsi, selon le Larousse, l’engagement serait un « acte par lequel on s’engage à accomplir quelque chose ». Et dans cette définition, c‘est probablement le mot « accomplir » qui est le plus important.

Anne Fulda

Cette chronique a initialement été publiée dans le numéro 29 d’Émile, paru à l’automne 2023.

Date de dernière mise à jour : 02/05/2024

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