Législatives françaises: l'ampleur de la défaite d'Emmanuel Macron consterne la classe politique allemande

À quelques jours du second tour des législatives en France et d’une possible arrivée au pouvoir du Rassemblement national, les voisins allemands suivent de près l'actualité politique française. Pour l’Allemagne, principal partenaire de la France, l’inquiétude est grande. 

Olaf Scholz affiche ouvertement son inquiétude face à la tournure des événements suite à la montée du RN au premier tour des législatives anticipées en France (Photo du 28 mai 2024).

Olaf Scholz affiche ouvertement son inquiétude face à la tournure des événements suite à la montée du RN au 1er tour des législatives anticipées en France

(Photo du 28 mai 2024).

L’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale en France par Emmanuel Macron a autant surpris à Berlin qu’à Paris. D’abord parce qu'une dissolution, c'est très compliqué juridiquement en Allemagne. Mais également parce que dans le pays, on n'a pas vraiment l’habitude des décisions surprises ou spontanées.

Les réactions ont été depuis extrêmement négatives. Le contraste est saisissant après les images sympathiques et l’accueil cordial d’Emmanuel Macron lors de sa visite d’État, fin mai, en Allemagne. « Je n'ai pas du tout compris cette décision solitaire, s'étonne le député social-démocrate Nils Schmid, porte-parole de son parti pour les affaires étrangères au Bundestag qui co-dirige l’assemblée parlementaire franco-allemande. Je l'ai trouvé immédiatement assez irresponsable. Pour moi, c'était l'annonce d'une catastrophe politique. Et maintenant, il facilite l'accès au pouvoir de cette extrême droite. Ça porte quand même ombrage à ses succès, comme les avancées en matière d'intégration européenne par exemple. » 

Même son de cloche chez Sandra Weeser. Cette Franco-Allemande est membre du Parti libéral et députée au Bundestag. « J'étais hyper surprise, honnêtement, j'avais l'impression que c'était un peu comme un enfant gâté ».

Des relations franco-allemandes mises à mal

Quel que soit le gouvernement qui sortira des urnes, on s’attend à une période difficile, même si on compte sur la solidité des relations bilatérales pour atténuer des chocs éventuels. Cela vaut aussi pour les nombreux échanges de la société civile. « Emmanuel Macron reste au pouvoir jusqu’en 2027 et grâce à ses compétences, j’espère que – malgré un changement de gouvernement— des choses resteront possibles. Mais cela sera plus difficile. C’est important que nous continuions à tendre la main à Paris et à faire des propositions quelle que soit la couleur du gouvernement », a insisté mercredi 3 juillet le président du parti chrétien-démocrate, Friedrich Merz devant l’association de la presse étrangère. 

Olaf Scholz s'est dit inquiet de l'issue des législatives françaises dimanche et a espéré qu'une majorité d'extrême droite ne se formerait pas en France, après le second tour des législatives. Devant le groupe parlementaire SPD, le chancelier a déclaré : « Nous sommes avec tous les démocrates en France. Faisons tout pour qu'ensemble, nous protégions notre grande et belle Europe et que nous ne laissions pas les populistes d'extrême droite la dominer ».

Un échec européen aussi

Au-delà des relations franco-allemandes, ce sont aussi les conséquences sur l’Europe qui suscitent des inquiétudes à Berlin.  En effet, sans un couple franco-allemand harmonieux, l’Europe n’avance que difficilement. Les initiatives européennes d’Emmanuel Macron ont énervé certains en Allemagne, mais aussi suscité un engouement. C’était le cas au Parti libéral qui siège au Parlement européen avec les députés Renaissance. La députée Sandra Weeser : « Non, je ne suis pas déçue du macronisme, parce que le macronisme a cette vision d'une Europe souveraine. En fait, c'est tout ce qu'il nous faut pour se préparer pour l'avenir ».

Le social-démocrate Nils Schmid est inquiet des conséquences d’une victoire du RN pour la France elle-même, mais espère que le parti français d'extrême droite sera contraint à des compromis en Europe : « Je suis convaincu qu'il ne va pas bouleverser toutes les institutions européennes et les décisions européennes en la matière. On peut très bien envisager une évolution au plan européen, comme on l'a vu avec Meloni ». Certains se demandent toutefois si l’Allemagne ne devrait pas chercher d’autres alliés en Europe.

La Rédaction - De notre correspondant à Berlin

Date de dernière mise à jour : 04/07/2024

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