
La victoire de l’Algérie face au Burkina Faso, le 28 décembre dernier en Coupe d’Afrique des nations (CAN), a retenti bruyamment en France. Plusieurs villes ont vu leurs nuits s’embraser sous des scènes de violences, incendies et affrontements avec les forces de l’ordre. Ces débordements, loin d’être de simples excès de passion, soulèvent des questions majeures sur le rapport à l’ordre public et le comportement de certains groupes dans la société française.
Lille et Roubaix : blocages, mortiers et blessés
Dimanche soir, à Lille, ce qui devait être une célébration sportive a rapidement glissé vers des scènes de tensions. Plus d’une centaine de supporters ont bloqué la circulation après le coup de sifflet final, tirant des mortiers d’artifice et des fumigènes en direction de la rue. Dans la cohue, une conductrice dont le véhicule a été secoué par la foule a paniqué et roulé sur le pied d’un adolescent présent : il a été hospitalisé mais est hors de danger. Quatre personnes, dont cette conductrice, ont été interpellées et placées en garde à vue pour violences, entrave à la circulation et mise en danger d’autrui.
À Roubaix, à une quinzaine de kilomètres de là, les tensions ont pris une tournure encore plus explosive. Des groupes ont ciblé les forces de l’ordre avec des mortiers d’artifice, tandis que des Caddie™ de supermarché et des réfrigérateurs ont été incendiés sur la voie publique. Lors d'un autre incident, une conductrice encerclée par la foule a percuté un supporter qui s’est fracturé le tibia. Là aussi, la police a procédé à plusieurs interpellations.
Marseille et Toulouse : tramway détruit et drapeau arraché
Dans le sud, la Canebière à Marseille est devenue le théâtre d’une fête qui a viré à l'émeute. Vers 21 heures, près de 800 supporters se sont rassemblés avant de se scinder en petits groupes errants dans le centre‑ville. Outre les feux d’artifice et les fumigènes, un tramway a été dégradé, entraînant l’arrêt de l’ensemble du réseau de transport. Aux alentours de 23h30, des tirs de mortiers d’artifice ont visé les policiers présents sur le quai des Belges. Deux individus ont été interpellés pour violences et dégradations.
À Toulouse, dans le quartier de Desbals, une vingtaine d’individus ont tenté d’arracher le drapeau français de la façade d’une mairie de quartier, sous les yeux des forces de l’ordre. Une cinquantaine de personnes ont ensuite bloqué un rond‑point à proximité d’un commissariat tout en continuant d’utiliser des mortiers d’artifice contre la police. Aucun blessé grave n’a été signalé.
Lyon et d'autres villes : tensions et dispersion
À Lyon, un rassemblement initialement pacifique s’est rapidement scindé en petits groupes qui ont lancé divers projectiles vers les forces de l’ordre dans le quartier de la Guillotière. L'usage de gaz lacrymogènes et de boucliers a finalement ramené un calme précaire après plusieurs minutes de tension. D’autres villes comme Tourcoing ou Saint‑Étienne ont également signalé des regroupements suivis d’usage de mortiers d’artifice, blocages de routes ou jets de pierres, amenant la police à disperser les foules.
Dans un contraste presque aussi notable que les scènes de débordements, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez est resté muet. Aucune déclaration publique sur ces violences, aucun communiqué officiel dans les heures qui ont suivi. France Inter ne lui a pas posé la moindre question lors de la matinale du 30 décembre où il était invité, malgré l’ampleur des faits. L'État semble regarder de loin les scènes de chaos urbain qui se succèdent après chaque grand événement sportif.
Le contraste avec les images de la CAN 2025 au Maroc
Les comportements des supporters sont assez différents... au Maroc. Après certains matchs de la CAN 2025 au royaume chérifien, des vidéos largement partagées sur les réseaux sociaux montrent des supporters algériens ramasser les déchets laissés dans les tribunes après la rencontre, sacs-poubelle à la main, avant de partir. Ces images ont été saluées comme un geste de respect envers le pays hôte et comme la manifestation d'une responsabilité collective.
La juxtaposition de ces images agit comme un révélateur. D'un côté de la Méditerranée, des supporters ramassent les déchets et remercient le pays hôte. De l'autre, ils saccagent, brûlent et s'en prennent aux forces de l'ordre. Apparemment, certains pays et leurs lois inspirent le respect, d'autres pas.
Yan Montero