VENEZUELA - Applaudir Trump c’est cautionner l’impérialisme US et la dictature du roi dollar

Venezuela : Trump a-t-il fait un coup d'État ? | France Culture

J’ai longtemps soutenu Trump, bien qu’il soit imprévisible et impulsif. J’ai adhéré à son combat contre le mondialisme débridé, le wokisme, les dérives LGBT ou l’immigration de masse. J’ai apprécié qu’il défende les valeurs conservatrices et la famille traditionnelle. J’ai moins accepté son double jeu en Ukraine. Mais aujourd’hui, en s’emparant du pétrole vénézuélien et en menaçant la Colombie et le Groenland, le véritable Trump a tombé le masque. Il est comme tous les Américains, arrogant, méprisant et dominateur. Le monde entier peut bien crever si cela sert l’Amérique.

À tous les inconditionnels du trumpisme qui exultent après le raid de la Delta force sur Caracas, qui a permis la capture de Maduro, je pose une question simple :

Quelle sera votre réaction quand Trump s’emparera sans coup férir du Groenland, territoire quasiment inhabité appartenant à la Couronne danoise et recelant un gigantesque trésor géologique ? 

L’ambassadeur du Danemark aux États-Unis ne s’y est pas trompé. Il a demandé à Donald Trump, sur X, que les États-Unis observent « le respect total de l’intégrité du royaume du Danemark sur son territoire ». Car voici ce qu’a déclaré hier le champion de « l’America first » :

« Ils vont devoir se faire leur propre opinion. Je ne sais vraiment pas . Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper. Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois… parlons du Groenland dans 20 jours ».

Défendre les intérêts de son pays est parfaitement louable d’autant plus que Macron brade la France aux intérêts mondialistes de Bruxelles depuis neuf ans. Mais agresser les pays faibles pour leur voler leurs richesses, ce n’est certainement pas un combat contre la dictature, le terrorisme ou le narcotrafic, c’est tout simplement de la piraterie digne des hordes barbares de Gengis Khan. N’en déplaise aux trumpistes intégristes, c’est indéfendable.

Et il ne faut donc pas s’étonner que le Sud global rêve de se débarrasser de cet empire américain qui se croit encore au temps de la Conquête de l’Ouest. Trump ne fait aucune différence entre les ennemis de l’Amérique et ses alliés. Ils veut les soumettre. C’est ainsi que l’Europe n’est qu’une colonie américaine depuis 1945. Il la méprise.

J’avoue ne pas comprendre cette fascination pour Donald Trump, ce soi-disant faiseur de paix qui vient de révéler au monde entier que l’Amérique est prête à tous les coups de force et à toutes les turpitudes pour préserver sa domination planétaire et défendre le privilège exorbitant du roi dollar. Rien n’a changé.

Dans mon dernier article, je rappelais que l’objectif de Trump au Venezuela était de s’emparer des premières réserves de pétrole du monde et de soumettre un allié de Poutine et de Xi Jinping en Amérique du Sud, candidat aux BRICS, cette alliance qui contrôle déjà une grande partie du pétrole mondial. Trump veut priver ainsi Pékin du pétrole de Caracas. Faux calcul car il ne fait que resserrer les liens entre Moscou et Pékin.

Mais j’ai oublié de rappeler un objectif vital pour les États-Unis, qui est d’assurer la survie du roi dollar, devise incontournable des échanges internationaux, qui permet à l’Amérique de faire financer ses gigantesques déficits par toute la planète.

Le capitaine de vaisseau Yves Maillard avait déjà écrit un article remarquable sur le sujet lors de l’offensive russe de Poutine en Ukraine. Il reste bien entendu d’actualité.

Tous les dirigeants des pays producteurs qui vendent leur pétrole dans une autre devise que le dollar, comme le faisait Maduro avec Pékin, doivent s’attendre à finir dans une caisse en sapin ou au mieux en prison.

Saddam Hussein et Kadhafi l’ont payé de leur vie. Il n’y a jamais eu d’armes de destruction massive en Irak ou d’urgence humanitaire pour aller bombarder la Libye. Tout n’est que mensonge pour justifier une agression au profit des seuls intérêts américains.

Et si l’Amérique, qui se moque éperdument de l’Ukraine et de Zelensky, a tenté de vaincre la Russie pour mieux la dépecer et la piller, c’est pour la même raison : empêcher la Chine et le Sud global de commercer en yuan, en rouble ou en roupie. Et je reste persuadé que sans ses 6 200 têtes nucléaires, Poutine aurait eu une petite santé…

Bref, l’Amérique de Trump est toujours la même depuis 1776. Elle est prête à toutes les guerres, tous les coups d’État, toutes les agressions et tous les mensonges de la CIA pour conserver son rang de première puissance mondiale.

En 250 ans d’existence, l’Amérique n’a connu que 20 ans de paix.

Pour terminer, je rappelle que les cas de l’Ukraine et de Taïwan n’ont rien à voir avec l’agression contre le Venezuela, décidée au mépris du droit international. Que les choses soient bien claires.

En Ukraine, les autorités de Kiev ont refusé d’appliquer les accords de Minsk accordant en 2015 l’autonomie aux populations russes du Donbass. Elles ont mené une guerre de huit ans contre les deux républiques séparatistes, se livrant à des persécutions et des atrocités dénoncées par Amnesty International, par Human Right Watch et par la Croix-Rouge. C’est donc suite à l’appel au secours des populations russes de Donetsk et de Lougansk que Poutine a lancé son offensive, conformément au droit international qui autorise assistance aux populations en danger. Ce n’est donc pas une agression russe mais une opération de légitime défense au profit des Russes du Donbass persécutés depuis huit ans. Un minimum de vérité et d’honnêteté ne serait pas de trop.

Pour ce qui est de Taïwan, je ne vois pas ce qui empêcherait Pékin de récupérer sa 23e province, chinoise depuis 1683. En 1945, quand le Japon, qui contrôlait Taïwan depuis 1895 après sa victoire lors de la première guerre sino-japonaise, a capitulé, la SDN (précurseur de l’ONU) a restitué Taïwan à Pékin. Logique. Mais cette île a fait sécession en 1949, Tchang Kaï-chek s’étant réfugié sur l’île après sa défaite face aux troupes communistes de Mao. Aujourd’hui, à l’ONU, il n’y a plus qu’une seule Chine officielle, celle de Xi Jinping qui entend réintégrer Taïwan au continent. L’État indépendant et souverain de Taïwan n’existe pas à l’ONU.

Pour ces raisons, il me semble que le raid américain sur le Venezuela doit être considéré comme une agression en totale violation du droit international, donc inexcusable.

Admirer un homme fort, au prétexte que la France en perdition en aurait bien besoin pour se sauver du naufrage qui se profile, ne justifie aucunement le soutien inconditionnel à la loi du plus fort et aux actes de piraterie. Sarah Knafo fait fausse route en cautionnant cette violation du droit international.

Jacques Guillemain

Date de dernière mise à jour : 07/01/2026

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