
Une centaine de tracteurs sont entrés dans la capitale malgré l’interdiction préfectorale. Les agriculteurs appellent les Parisiens à les rejoindre. Le ministère de l’Intérieur fait état de 670 manifestants en région parisienne, et 109 tracteurs (dont 46 dans la capitale) recensés en Ile-de-France. Des blocages des autoroutes A7, A9, A20 et A61 ont également été signalés par Vinci.
Malgré une interdiction formelle de la préfecture de police, une centaine de tracteurs de la Coordination rurale ont pénétré dans Paris durant la nuit, se positionnant aux pieds de monuments emblématiques comme la tour Eiffel et l’Arc de triomphe.
Une action décriée par le gouvernement
« Ce qui se passe ce matin est illégal », a déclaré sans ambages Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, sur Franceinfo. Le ministère de l’Intérieur a confirmé que les agriculteurs ont contourné et forcé les barrages de sécurité, « parfois en prenant des risques totalement inconsidérés ».
Les manifestants ont roulé toute la nuit de mercredi à jeudi pour atteindre la capitale. Leur détermination s’est heurtée à un arrêté préfectoral pris mercredi soir, qui interdisait l’accès des tracteurs aux zones sensibles : l’Élysée, Matignon, le Parlement, les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique, ainsi que le marché de Rungis.
Paris paralysé après les épisodes neigeux
Cette mobilisation agricole intervient au pire moment pour les Parisiens. « Nous sortons de trois journées particulièrement compliquées en matière de mobilité », a reconnu Philippe Tabarot, ministre des Transports. Après les perturbations causées par la neige, c’est désormais le blocage de l’A13 en direction de Paris qui complique les déplacements.
Le cortège prévoit de se rendre devant l’Assemblée nationale, laissant présager des tensions supplémentaires dans la capitale.
Les revendications des agriculteurs
Les manifestants sont montés à Paris pour exprimer leur opposition sur plusieurs fronts. Ils contestent notamment l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, qu’ils jugent défavorable à l’agriculture française. Ils dénoncent également la gestion par l’État de l’épizootie de dermatose nodulaire bovine qui frappe les élevages.
Des actions qui divisent l’opinion
La mobilisation suscite des réactions contrastées parmi les citoyens. Si certains soutiennent la cause agricole, d’autres condamnent fermement les méthodes employées.
La controverse a notamment éclaté après que des arbres ont été coupés pour bloquer la route au niveau de la porte d’Auteuil. « Des arbres coupés ? Quelle honte ! Par des gens qui se disent préoccupés par la nature ? », s’est indignée une observatrice sur les réseaux sociaux.
Mobilisation nationale et conséquences
Au-delà de Paris, le mouvement se propage sur le territoire. À Perpignan, une cinquantaine d’agriculteurs de la Confédération paysanne et de la Coordination rurale bloquent le péage sud sur l’A9. En Gironde, l’accès au dépôt de carburant de Bassens, près de Bordeaux, est bloqué depuis mercredi soir par une quarantaine d’engins agricoles.
Des interpellations ont eu lieu sur l’A6 à hauteur de Nemours, en Seine-et-Marne, où trois conducteurs – dont un tractoriste – sont actuellement en garde à vue.
Le gouvernement face à la crise
Face à cette situation, Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, a reporté ses vœux au monde agricole, initialement prévus jeudi à 18 heures. Aucune nouvelle date n’a été communiquée, signe que le gouvernement cherche à désamorcer les tensions avant toute rencontre officielle.
« Le ministère de l’Intérieur ne laissera pas faire », a averti Maud Bregeon, indiquant une fermeté gouvernementale face à ces actions jugées illégales.
Une tempête en approche
Comme si la situation n’était pas assez complexe, Météo-France a placé la Manche en vigilance rouge dès 21 heures ce jeudi, en raison de vents violents attendus avec le passage de la tempête Goretti. Vingt-sept départements sont en alerte orange, avec des rafales pouvant atteindre 150 à 160 km/h sur les côtes.
La SNCF a d’ores et déjà annoncé la mise à l’arrêt de plusieurs lignes de train, ajoutant aux difficultés de circulation que connaît déjà le pays.
La Rédaction