
Des agricutleurs italiens protestent à Milan contre le oui de leur gouvernement
Malgré l'opposition de la France, mais grâce au oui de l'Italie, le traité avec l'Amérique latine pourra être signé.
Une majorité d’États européens a soutenu vendredi à Bruxelles l’accord de libre-échange avec le Mercosur, malgré la colère des agriculteurs et l’opposition de la France. Grâce à ce feu vert, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen pourrait se rendre dès lundi au Paraguay afin de signer ce traité commercial avec l’Amérique latine.
Le soutien de l’Italie a été décisif pour obtenir la majorité qualifiée nécessaire, tandis que la France a voté contre et entend poursuivre la bataille au Parlement européen. Les eurodéputés se pencheront sur la ratification du traité dans les semaines qui viennent. Le scrutin pourrait être serré dans l’hémicycle où les considérations nationales pèseront.
Plus de 700 millions de consommateurs
Négocié depuis 1999, cet accord crée l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, entre l’Union européenne, le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay, soit plus de 700 millions de consommateurs.
Pour ses détracteurs, il va bousculer l’agriculture européenne à coup de produits moins chers et pas forcément respectueux des normes environnementales de l’UE, faute de contrôles suffisants.
Pour ses thuriféraires comme l’Allemagne et l’Espagne, il va permettre au contraire de relancer une économie européenne à la peine, bousculée par la concurrence chinoise et les droits de douane aux États-Unis. En supprimant une large part des droits de douane, ce traité favorise les exportations européennes de voitures, de machines, de vins ou de fromages.
Dans le sens inverse, il facilite l’entrée en Europe de bœuf, de volaille, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui alarment les filières concernées.
Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a donné un argument supplémentaire aux partisans de l’accord. L’Union européenne doit diversifier ses partenariats commerciaux, martèle ainsi la Commission.
La colère des agriculteurs
Dans l’espoir d’amadouer les agriculteurs, Bruxelles a enchaîné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour protéger les produits sensibles ou un geste budgétaire dans la future politique agricole commune (PAC) de l’UE. Mais rien n’y a fait, la colère agricole est repartie de plus belle.
«Il y a beaucoup de peine. Il y a beaucoup d’énervement et ça devient de plus en plus tendu», confiait Judy Peeters, un représentant des agriculteurs belges, lors d’une action de blocage jeudi soir sur un échangeur autoroutier au sud de Bruxelles.
En Grèce, les agriculteurs ont multiplié cette semaine les barrages routiers et intensifié leur mobilisation entamée fin novembre, notamment contre le Mercosur.
À Paris, deux porte-parole de la Confédération paysanne ont été interpellés devant l’Arc de Triomphe où ils marchaient avec des militants après une opération escargot sur le périphérique parisien. Le syndicat a dénoncé des «arrestations scandaleuses» et «violentes».
Jean-Luc Mélenchon a dénoncé sur X «une grave mise en cause de la liberté de manifestation», peu après le dépôt par son parti la France insoumise d’une motion de censure contre le gouvernement, notamment pour protester contre l’accord de libre-échange.
Aldegonde Gallard journaliste La France Libérée