IRAN - Heureusement qu’elles sont là !

EN IMAGES. Pakistan, Inde, Irak… Plusieurs manifestations de soutien à l' Iran après la mort du guide suprême Ali Khamenei - franceinfo

Quel que soit notre niveau de formation, nous sommes tous des citoyens ordinaires devant la télévision. Nous nous informons tous comme nous pouvons. Or, sur toutes les chaînes, concernant la guerre en Iran, c’est le même discours. Le nombre des géo-politologues de plateau fait aujourd’hui concurrence à celui des épidémiologistes au temps du Covid-19. On sait que le vaccin ne protégeait pas les individus et n’empêchait pas la contamination. On sait également que ce fut aussi une grande affaire de corruption et de manipulation. On n’en sait déjà beaucoup mais le fin mot de l’histoire n’est pas clair ou l’est beaucoup trop pour être entendu. Attention de ne pas porter atteinte à l’ordre public ou à la raison d’État ! Ce qui s’est passé est tellement stupéfiant que les autorités, les politiques et les médias subventionnés, principalement en France, s’acharnent à mettre des bâtons dans les roues de ceux qui ont décidé de ne pas se taire : médecins dissidents, patients atteints d’effets secondaires, avocats outrés par les décisions de la commission de Bruxelles et les contrats avec Pfizer. Peu à peu la vérité sortira du puits. Après les dégâts et la ruine, comme toujours. Après les larmes, après les morts. Après l’ignominie. Après l’inimaginable.

Covid-19, Ukraine, affaire Epstein… Le monde se défait, les institutions prennent l’eau, les équilibres d’hier si peu satisfaisants se déséquilibrent, les individus en charge d’un mandat ou d’une fonction errent sans boussole, incapables d’une pensée libre devant les réalités du monde. Il y a bien sûr les frictions entre les grandes puissances, la menace du chaos dans nos démocraties occidentales, celle de la guerre civile que l’on conjure en la taisant. Plus fondamentalement, il y a la perte du sens des responsabilités. Se sentir responsable n’est plus la vertu cardinale de celui qui est en charge du bien commun. Comment pourrait-il en être autrement puisque ce bien commun a perdu sa place depuis longtemps dans le vocabulaire des politiques ?
Revenons en Iran, dans ce pays gouverné par une dictature islamique, une dictature militaire qui a massacré sa population, qui la massacre encore et la massacrera jusqu’au bout. Dans la rue, dans les hôpitaux, dans les prisons. À bout portant, au bout d’une corde, depuis un toit. À domicile, à l’école, à l’université, au cimetière. De tous les âges, des deux sexes, de toutes conditions. Tous les jours, toutes les nuits. Sans répit, sans limite. Et sans que les consciences occidentales ne se troublent. Dans les ministères, dans les officines des partis, on élabore des éléments de langage chargés d’entretenir le somnambulisme des peuples.

Sur les plateaux de télévision, on oublie et on charge insidieusement cet oubli de minimiser l’horreur. Mais on analyse, on a des sources autorisées, on a aussi son prisme, selon que l’on est économiste, militaire, historien, spécialiste des religions, anthropologue, catholique, socialiste, grand reporter, souverainiste, européiste, macroniste. C’est une pièce de théâtre sans auteur où chaque acteur y va de son moi-je dont il prépare l’improvisation à l’aide de fiches Wikipédia. Le texte est toujours aussi navrant.

Quelle que soit l’information des téléspectateurs, elle se fait – on ne s’en rend pas suffisamment compte – au détriment des consciences, c’est à dire sans jamais rappeler les valeurs humanistes sur lesquelles toute action politique, dans notre civilisation, doit se fonder. L’urgence morale, à savoir la nécessité de venir en aide par cette guerre à la population iranienne et à la population israélienne, passe trop souvent au second plan derrière la préoccupation économique, en l’occurrence derrière la question du prix de l’essence. L’information ne cesse de nous confiner, comme hier, dans l’inquiétude. C’est la guerre ! Heureusement, en 2038, on aura le porte-avion La France libre pour remplacer Le Charles-de-Gaulle. Dans douze ans ! Cela doit paraître une éternité pour celui qui s’inquiète que la guerre ait déjà duré un mois. « La France libre, ça vous plaît ? », demande l’animateur de l’émission. « Oui, mais par qui notre pays est-il encore ou à nouveau occupé ? ». Dans l’écran, un magnifique spectacle d’explosions qui, la nuit, incendient cet enfer à la Jérôme Bosch, avec des fumées plus baroques que les nuages du Tintoret, des drones, des missiles balistiques détruits en plein vol comme au ball-trap. Ce grand chambardement des armes et cette cacophonie de commentaires improvisés sont traversés par une même rengaine depuis le 28 février : « On ne fait pas tomber un régime avec des bombardements et ni Trump ni Netanyahu n’enverront de troupes au sol ». Cela sent tellement l’expertise, tellement la hauteur de vue, tellement le retour d’expérience que dans les dîners en ville cet axiome est devenu un poncif. Même vrai, un poncif reste un poncif. Trump n’enverra pas de troupes au sol ? Il vient d’en envoyer pour récupérer son pilote. Qu’à cela ne tienne ! Le poncif permet d’avoir l’air intelligent à peu de frais devant ceux qui ont besoin qu’on leur fasse un dessin.

« Et la population iranienne ? ». L’exercice mondain du dîner en ville ne souffre pas une préoccupation aussi déplacée. Chacun poursuit sa péroraison puisqu’il connaît mieux que les États-majors américains et israéliens (et que leurs services de renseignement) ce qu’il en sera de l’issue de cette confrontation.
« Et la population iranienne ? » Les services secrets n’ont pas vu qu’adossé à une civilisation millénaire, le régime des mollahs et des gardiens de la révolution ne tomberait pas à la première élimination d’un guide suprême ou d’un haut dignitaire. L’organisation de l’État iranien n’est pas pyramidal. C’est une mosaïque ! Sur les plateaux, on le savait et on se gausse : les seuls qui le découvrent, mais un peu tard, sont bien évidemment le Mossad et la CIA. Eh oui, c’est la grande erreur de Trump ! Méga-erreur ! Que dis-je ? MAGA-erreur ! Pourquoi rater un mauvais jeu de mots contre Donald quand on est persuadé que le trumpisme s’effondre.

« Et la population iranienne ? ». Ce président que l’on comprenait de moins en moins est désormais tombé dans le délire. Un F-15 a été abattu. Un pilote est porté disparu. Catastrophe ! On vous l’avait dit. Quelle perspicacité, quelle prescience chez nos observateurs ! Les Américains sont dans de beaux draps. Ah mince, ils ont récupéré leur colonel de l’armée de l’air éjecté sur territoire ennemi. En trente-six heures ! Oui, mais nos avions, à nous Français, sont eux aussi équipés de très bons sièges éjectables et certains de nos commandos d’élites s’entraînent à ce genre d’opération particulièrement risquée.

« Et la population iranienne ? ». C’est devenu l’angle mort du conflit. La question curieusement s’est dissipée dans les plafonds des studios de télévision comme les fumées des bombardements dans le ciel de Téhéran ou dans celui de Tel-Aviv. Heureusement qu’il y a ces femmes iraniennes que l’on compte sur les doigts d’une main, journalistes, fondatrices d’associations, sociologues qui, lorsqu’elles sont invitées sur un plateau de télévision, mettent un petit caillou dans le soulier des commentateurs, de tous ces messieurs sûrs d’eux-mêmes. Un petit caillou qui les fait boiter. Qui déhanche leur suffisance, remet en cause, avec un rappel des faits et deux ou trois précisions, leur prétention à ne parler que des choses sérieuses qui certes le sont : le prix de l’essence, la crise à venir de l’énergie, les élections de mi-mandat aux États-Unis, la situation économique de notre pays, les difficultés des Français, etc. C’est très, très important ! C’est en même temps grotesque et vulgaire quand on oublie la raison de tout cela. « Si la guerre se poursuit… Trump avait dit que… le détroit d’Ormuz… un cinquième du gaz naturel liquéfié et autant pour les hydrocarbures transitent par ce détroit… ».

« Et la population iranienne ? ». Elle appelle Trump au secours des semaines et des semaines, l’implore en permanence. Jour et nuit. Parce qu’il n’y a personne d’autre. Parce qu’elle a confiance en lui. Aussi le remercie-t-elle de chaque bombe qui, en explosant, fait vaciller un peu plus le régime sanguinaire de la république islamique. Trump, parce qu’elle a vu Obama préférer honteusement l’Iran des mollahs et des Gardiens de la Révolution à Israël et à sa démocratie. Depuis quarante-sept ans, la population iranienne attend qu’on vienne la récupérer, comme un pilote dont on a abattu l’avion. Certains nous expliquent que les Iraniens, comme les Russes, fabriquent plus d’ingénieurs que les Américains. Et alors ? C’est certes un signe évident de développement, au même titre que la progression de l’alphabétisation. Serait-ce également une preuve de civilisation ? Il faudrait pour cela considérer comme quantité négligeable l’interminable massacre de la population iranienne.

Jérôme Serri

Ancien collaborateur parlementaire, ancien collaborateur du magazine Lire, Jérôme Serri a publié Les Couleurs de la France dans la peinture française avec Michel Pastoureau et Pascal Ory (éditions Hoëbeke/Gallimard), Roland Barthes, le texte et l’image (éditions Paris Musées), Les planches de l’Encyclopédie Diderot et d’Alembert vues par Roland Barthes (Musée de Pontoise). Membre du « Groupe de recherches André Malraux » à Paris-IV Sorbonne et commissaire de l’exposition Les Officiels vus par André Malraux au Musée Pissarro à Pontoise, il a participé à la rédaction du Dictionnaire André Malraux (éditions du CNRS).

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Date de dernière mise à jour : 08/04/2026

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