
Le 19 novembre 2025, la Grande Mosquée de Paris a accueilli une conférence de l’historien Gabriel Souleyka, organisée dans le cadre des « Mercredis du savoir ». À cette occasion, Souleyka a tenu des propos controversés, affirmant que la guerre d’Algérie avait été plus meurtrière que la Shoah.
Il a déclaré : « 1,5 million de morts pendant huit ans, la guerre la plus longue du XXᵉ siècle, plus longue que celle d’Indochine, plus longue que la Seconde Guerre mondiale. […] Ça dépasse le 1 million de morts de la Shoah dont on nous parle de manière systématique. » Ces déclarations, qui minimisent le nombre de victimes de la Shoah, ont été qualifiées de révisionnistes et négationnistes par de nombreux observateurs.
La conférence, toujours disponible sur la chaîne YouTube de la mosquée, a suscité une vague d’indignation. Plusieurs personnalités médiatiques et associations ont réagi avec vigueur. L’avocat Arno Klarsfeld a dénoncé sur X « l’attitude honteuse et condamnable de la Grande Mosquée de Paris, qui laisse publier des propos négationnistes sur son site ».
Le journaliste Éric Naulleau, sur le plateau de CNews, a qualifié ces propos de « révisionnisme de base » et a critiqué le silence des autorités musulmanes : « La Grande Mosquée aurait dû se désolidariser. Là, ils laissent croire qu’ils sont solidaires de ces propos scandaleux. »
Mario Stasi, président de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), a également exprimé son indignation : « C’est totalement inimaginable qu’une telle institution puisse laisser dire sans réagir de tels propos. Ce n’est pas la Licra qui s’en émeut, c’est la République tout entière qui doit s’en émouvoir. » La commission juridique de la Licra a été saisie pour étudier le dépôt d’une plainte pour négationnisme.
Malgré les réactions, la Grande Mosquée de Paris n’a émis aucune condamnation officielle ni excuse concernant les propos de Gabriel Souleyka. Le recteur Chems-eddine Hafiz, directement interpellé pour son silence, n’a pas réagi publiquement. Cette absence de réponse a été interprétée comme une forme de caution par des associations et des personnalités, renforçant les critiques envers l’institution.
La Licra a officiellement rompu son partenariat avec la Grande Mosquée de Paris, en place depuis 2021. Cette décision fait suite à plusieurs événements controversés impliquant le recteur :
La plainte déposée contre Philippe Val en mai 2024, après que ce dernier se soit déclaré « islamophobe » dans une interview au Figaro. La Licra a exprimé sa « stupeur » face à cette initiative, estimant qu’elle remettait en cause la liberté de critique des idées, garantie par les principes républicains.
La réception de Rima Hassan, candidate de La France insoumise aux élections européennes, connue pour ses positions radicales sur le conflit israélo-palestinien. La Licra a critiqué cette invitation, la jugeant incompatible avec la lutte contre l’antisémitisme.
Dans un communiqué, la Licra a dénoncé les positions du recteur, estimant qu’elles s’éloignaient des principes de lutte contre toute forme de haine et de discrimination. La Grande Mosquée de Paris a répondu en regrettant cette rupture, affirmant que la Licra s’éloignait des « principes de lutte universelle contre toute forme de haine et de racisme ». Elle a réaffirmé son engagement pour « l’unité nationale et la coexistence des religions en France, sans hiérarchie dans le malheur des hommes ».
Ces événements ont nourri les soupçons d’antisémitisme ou de complaisance envers des discours antisémites à l’encontre de Chems-eddine Hafiz. Certains observateurs lui reprochent une sélectivité dans la condamnation des formes de racisme, ainsi qu’une proximité avec des positions politiques radicales. La Grande Mosquée de Paris, souvent perçue comme proche du pouvoir algérien, est régulièrement critiquée pour ses prises de position sur le conflit israélo-palestinien, jugées trop radicales par certains.
Cette polémique soulève des questions plus larges sur le rôle des institutions religieuses dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Elle interroge également la responsabilité des dirigeants dans la condamnation des discours de haine, quel que soit leur contexte. Alors que la Licra étudie la possibilité de déposer plainte pour négationnisme, cette affaire reste un sujet de tension entre les défenseurs de la liberté d’expression et ceux qui luttent contre la banalisation des propos révisionnistes.
Cette affaire illustre l’histoire bien connue de l’arroseur arrosé, immortalisée par les frères Lumière. Depuis les années 70, toutes les institutions juives ont demandé à la République d’ouvrir grand les vannes de l’immigration arabo-musulmane. La République s’est bien volontiers pliée à cette demande. On se souvient de certains dîners du Crif durant lesquels le président de la République et son gouvernement au grand complet était dûment sermonnés pour ne pas appliquer scrupuleusement les consignes venues d’en haut. Faut-il s’étonner que ces nouveaux venus, du moins une portion non négligeable d’entre eux, aient importé dans leurs bagages leurs présupposés de toutes sortes, dont entre autres un antisémitisme virulent ? Le discours réviso-négationniste attendait avec une certaine impatience leur présence en masse sur le sol de France pour quitter le cercle étroit de la complotsphère. C’est dorénavant chose faite. On peut supposer qu’il se trouvera de nombreux Gabriel Souleyka pour le relayer dans une partie grandissante de l’opinion publique, jusqu’à lui donner l’aura de respectabilité qui lui faisait jusqu’à présent défaut.
Henri Dubost