MÉDIAS LE FIGARO – 200 ans de:liberté et d’esprit

Le Figaro Store - 200 ans du Figaro

En 2026, comme le rappelait Marc Baudriller dans son édito du 12 janvier, Le Figaro souffle deux cents bougies, et ce n’est pas seulement l’anniversaire d’un quotidien : c’est celui d’une liberté de ton, d’un esprit, d’un style et d’une « certaine idée de la France… », selon la formule tellement reprise du Général ! C’est aussi une succession de grandes plumes, certaines immortelles, qui participent toujours et chaque semaine ou chaque jour depuis deux cents ans à observer et faire avancer l’histoire de notre pays.

Flatter et blâmer

Cela commence donc en 1826. Le Figaro n’est alors ni un grand quotidien ni un journal d’influence. C’est une feuille tour à tour satirique, impertinente, ou insolente. Figaro, un personnage de l’écrivain Beaumarchais, est un valet qui se moque des puissants et donne sa devise au journal : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur. » N’est-ce pas déjà un magnifique slogan publicitaire qui vous donne tout de suite envie de lire ? Et même une morale qui pourrait venir d’une fable de La Fontaine ou d’un spectacle de Molière ? Bref, tout est déjà là.

Pierre-Augustin Caron, dit Beaumarchais

D’une famille aisée et cultivée, Beaumarchais est un grand original. Il a tout fait : inventeur d’un procédé d’horlogerie, professeur de musique des filles du roi Louis XV, homme d’affaires et agent secret, prisonnier innocenté, il devient écrivain et dramaturge. Il milite et participe également à la création du droit d’auteur.  Et il éditera Voltaire à qui on a fait dire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire.» En réalité, c’est l’Anglaise Evelyn Beatrice Hall qui a écrit dans un livre cette célèbre formule pour résumer la pensée voltairienne. On aimerait tant aujourd’hui que les grands médias du service public en prennent l’exemple.

Le Figaro affronte les régimes, les censures et les révolutions. Il n’est pas seulement un journal : il est un atelier de la langue française, un conservatoire vivant. Interdit, il renaît sous une autre forme, change de propriétaires et de ton, mais son âme toujours demeure.

Des chroniques lues à voix haute dans les cafés

Les anecdotes ne manquent pas. Certaines chroniques sont attendues comme des événements, lues à voix haute dans les cafés. Des ministres redoutent l’éditorial du lendemain. En 1833, le rédacteur en chef Nestor Roqueplan se bat en duel avec le colonel Gallois, offensé par un article du Figaro ; blessé, il se rétablit. Le 16 mars 1914, Gaston Calmette, rédacteur en chef du Figaro, est assassiné par Henriette Caillaux, épouse du ministre des Finances Joseph Caillaux, après la publication d'une lettre qui mettait en doute l'intégrité de son mari.

Au XIXᵉ siècle, sous la direction d’Hippolyte de Villemessant, on lit Le Figaro autant pour s’informer que pour se faire plaisir. Les plumes les plus brillantes y font leur promotion sans le savoir ou s’y font connaître. La littérature et le journalisme marchent ensemble, main dans la main.

Nos plus grands écrivains

Le Figaro est marqué par une histoire d’écrivains qui laissent une empreinte durable dans le journal. Plutôt de droite, il laisse la gauche s’y exprimer. Tel Emile Zola qui, par l’écriture, en 1897, a permis d’innocenter le capitaine Dreyfus, avant même son célèbre « J’accuse » dans L’Aurore. Peu de journaux ont réuni autant d’auteurs illustres, tels qu’Honoré de Balzac, qui comprend avant tout le monde que le journalisme est une extension de la littérature ; Théophile Gautier, un esthète qui fait rayonner une prose somptueuse ; François Mauriac et ses chroniques, graves et lumineuses ; Paul Claudel, qui recherche inlassablement l’expression de Dieu dans l’art qui l’entoure ; Raymond Aron avec sa rigueur intellectuelle et son sens de la mesure au milieu des tempêtes idéologiques du XXᵉ siècle ; Jean d’Ormesson, élégant, souriant, profondément libre, qui en devient le directeur dans les années 1970. Il incarne mieux que quiconque cet esprit « Figaro » : sérieux sans être ennuyeux, cultivé sans être pédant, engagé sans être sectaire.

Ces écrivains et intellectuels écrivent pour éclairer le monde. Ils savent que la précision du mot conditionne la justesse de l’idée. On peut ne pas être d’accord avec les positions du Figaro, mais on ne peut lui nier une constance rare : celle de défendre la liberté, la culture, la langue française, et une certaine continuité de l’histoire quand d’autres veulent la déconstruire.

Antoine de Quelen

Date de dernière mise à jour : 19/01/2026

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