ISLAM - Les Frères musulmans de retour à leur salon du Bourget

Egypte : quelles options pour les Frères musulmans ? – franceinfo

Du vendredi 3 avril au lundi 6 avril 2026, le Parc des Expositions de Paris-Le Bourget, en Seine-Saint-Denis, a accueilli la 40e édition de la Rencontre Annuelle des Musulmans de France (RAMF), plus communément appelée Salon du Bourget ou Congrès des musulmans de France. Cet événement, organisé par l’association Musulmans de France (MF), marque le retour physique du rassemblement après six années d’interruption. La dernière édition avait eu lieu en 2019. Les organisateurs avaient invoqué la crise du Covid-19 et des difficultés internes pour expliquer cette longue pause.

Selon le site officiel l’événement se présente comme « le plus grand rassemblement musulman d’Europe » et propose une expérience autour de la « fraternité, dialogue et découverte ». Il comprend des conférences, des expositions, des stands commerciaux (livres, vêtements, restauration halal, etc.) et des animations destinées à la communauté musulmane. L’ouverture a eu lieu le vendredi 3 avril à partir de 15 heures, après une décision judiciaire intervenue le même jour.

Le congrès du Bourget crée par les Frères musulmans

L’histoire du rassemblement remonte aux années 1980. La première édition du Congrès de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) s’est tenue en 1984. Au fil des années, l’événement a pris de l’ampleur. Les organisateurs ont revendiqué une fréquentation record de 170 000 participants (entrées cumulées) lors de l’édition 2013. D’autres éditions des années 2000 et 2010 ont attiré entre 100 000 et 150 000 visiteurs selon les estimations des organisateurs eux-mêmes ou de la presse. La fréquentation a toutefois décliné par la suite.

En 2017, l’UOIF a changé de nom pour devenir Musulmans de France (MF). Cette fédération regroupe des associations musulmanes et gère ou est affiliée à des lieux de culte. Historiquement, l’UOIF puis MF ont été identifiées comme la branche nationale en France de la mouvance des Frères musulmans, une organisation fondée en Égypte en 1928.

Le rapport du ministère de l’Intérieur intitulé « Frères musulmans et islamisme politique en France », publié en mai 2025, confirme cette affiliation. Il indique que Musulmans de France est « identifiée comme la branche nationale des Frères musulmans en France ». Le document recense 139 lieux de culte affiliés à cette fédération, soit environ 7 % des quelque 2800 lieux de culte musulmans répertoriés sur le territoire national. Parmi ces lieux, 68 sont considérés comme proches de la fédération. Le rapport mentionne également que 10 % des lieux de culte ouverts entre 2010 et 2020 se sont affiliés à Musulmans de France. Ces mosquées accueilleraient environ 91 000 fidèles le vendredi, selon les estimations du rapport.

Le même rapport évoque un réseau plus large de 280 associations rattachées à la mouvance, opérant dans des domaines cultuels, caritatifs, scolaires, professionnels ou de jeunesse. Musulmans de France revendique également des relations de coopération avec d’autres structures. Le budget de la fédération aurait diminué de moitié en cinq ans, en partie en raison des coûts liés aux éditions passées du Bourget. Le rapport note des financements passés provenant de pays comme le Qatar ou le Koweït via des fonds de dotation ou des SCI pour certains projets immobiliers (mosquées à Strasbourg, Mulhouse, Schiltigheim, Lille, Marseille ou en Seine-Saint-Denis).

Musulmans de France a signé en 2021 la Charte des principes de l’islam de France, avec d’autres fédérations. La fédération se décrit comme légaliste et condamne le terrorisme (notamment après les attentats de 2001 et 2015). Elle participe à des instances de dialogue avec les pouvoirs publics. Cependant, le rapport du ministère de l’Intérieur pointe une stratégie d’« entrisme » et un islamisme politique « par le bas », visant à influencer la société sur le long terme tout en maintenant un discours prudent sur le plan public.

L’édition 2026 : interdiction préfectorale et suspension par le tribunal administratif

L’annonce du retour de ce rassemblement en 2026 a rapidement suscité des débats : la préfecture de police de Paris a pris un arrêté interdisant la tenue de l’événement. Les motifs invoqués étaient les suivants :

Un « contexte national et international particulièrement tendu » ;

Un « important risque terroriste à l’égard de la communauté musulmane » ;

Le risque de mobilisation de « groupuscules d’ultra-droite » susceptibles de perturber le rassemblement !!!

Cette interdiction, prise à la demande du ministre de l’Intérieur, a été notifiée tardivement aux organisateurs. Musulmans de France a immédiatement contesté la mesure, qualifiant l’arrêté de « grave, disproportionné et juridiquement infondé ». L’avocat de l’association, Me Sefen Guez Guez, a saisi le tribunal administratif de Paris en référé-liberté.

L’audience s’est tenue en urgence le vendredi 3 avril 2026 au matin. Dans l’après-midi, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a rendu son ordonnance : il a suspendu l’arrêté préfectoral. Le juge a estimé que « les troubles à l’ordre public invoqués n’étaient pas établis par les éléments versés au dossier ». Il a considéré que l’interdiction portait une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de réunion et à la liberté d’expression. L’événement a donc pu ouvrir ses portes le même jour.

On peut s’interroger sur la motivation relative au risque imaginaire d’ultra-droite invoqué de manière spéculative sur laquelle est notamment fondée la décision d’annulation. Selon le tribunal cette formulation reposait sur la nature même de l’événement et de son organisateur plutôt que sur des renseignements concrets (appels à manifestation, groupes identifiés, etc.). Le tribunal a considéré donc que cette anticipation ne suffisait pas à établir un trouble à l’ordre public imminent et certain.

On peut aussi légitimement se demander si cet arrêté n’est pas une manifestation du « en même temps » macronien : prendre un arrêté dont on sait qu’il est illégal et permettre de ce fait la tenue de cette manifestation islamistes et de satisfaire les électeurs musulmans et l’« ami » qatarien.

Samedi 4 avril, Abdallah Ben Mansour, ancien dirigeant de l’UOIF et président du Conseil des musulmans européens, a annoncé que le rassemblement serait reconduit l’année suivante, avec une ambition européenne.

Les Frères musulmans interdits ou classés terroristes dans de nombreux pays : un contraste avec la France

Cette mouvance fait l’objet d’interdictions ou de classifications comme organisation terroriste dans de nombreux pays à travers le monde.

Pays ayant interdit ou désigné les Frères musulmans comme terroristes (état en avril 2026) :

Égypte : Interdite depuis 2013 après la destitution de Mohamed Morsi ; classée organisation terroriste.

Arabie saoudite : Désignée comme organisation terroriste en 2014.

Émirats arabes unis : Désignée comme organisation terroriste en 2014.

Bahreïn : Désignée comme organisation terroriste en 2017.

Jordanie : Interdite en avril 2025 après la découverte d’un complot présumé impliquant fabrication d’armes et déstabilisation ; actifs saisis et promotion de l’idéologie interdite.

Russie : Classée organisation terroriste depuis 2003.

Autriche : Seul pays européen à avoir explicitement interdit les symboles, slogans et littérature des Frères musulmans en 2021 (loi antiterroriste après l’attentat de Vienne), avec sanctions pénales (amende et prison).

États-Unis : En janvier 2026, les branches égyptienne, jordanienne et libanaise ont été désignées comme organisations terroristes ou Specially Designated Global Terrorists pour soutien au Hamas et activités de déstabilisation. La branche libanaise (al-Jamaa al-Islamiyah) a reçu la désignation la plus lourde de Foreign Terrorist Organization.

Argentine : A classé certaines branches (égyptienne, libanaise, jordanienne) comme organisations terroristes en janvier 2026.

D’autres pays comme le Kenya ont également désigné la mouvance comme terroriste.

Ces interdictions sont motivées par des accusations de soutien à des groupes violents (comme le Hamas), d’entrisme, de menace à la stabilité nationale ou de liens avec le terrorisme. En revanche, le Qatar et la Turquie restent des soutiens historiques de la confrérie. La plupart des pays européens (sauf l’Autriche) n’ont pas adopté d’interdiction générale, préférant des mesures ciblées contre des associations ou des individus.

En France, aucune interdiction globale de la mouvance n’a été prononcée à ce stade, ce qui souligne le contraste entre la vigilance de nombreux États et la veulerie et la lâcheté du régime Macron.

Jean Lamolie

Date de dernière mise à jour : 09/04/2026

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