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PROCÈS LIBYEN - Sarkozy charge Claude Guéant et Brice Hortefeux

 Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni devant devant la cour d’appel de Paris.

L'ancien président a pointé une «erreur» et même «une faute» de ses collaborateurs, qui avaient rencontré un dignitaire libyen fin 2005.

«Une erreur» et même «une faute» de ses collaborateurs Claude Guéant et Brice Hortefeux: au premier jour de son interrogatoire devant la cour d’appel de Paris, l’ancien président français Nicolas Sarkozy a jugé mardi qu’ils s’étaient rendu «coupables d’imprudence» en rencontrant, à son insu selon lui, un dignitaire libyen lors de visites à Tripoli fin 2005.

La justice soupçonne que ces rencontres occultes avec Abdallah Senoussi, N.2 du régime de Mouammar Kadhafi, ont servi à nouer un «pacte de corruption», avec la bénédiction de celui qui était alors ministre de l’Intérieur.

Avec à la clé un financement illégal de sa campagne présidentielle de 2007 en échange de la promesse de contreparties économiques, diplomatiques et judiciaires au moment où la Libye opérait un retour sur la scène diplomatique.

Depuis l’ouverture du procès à la mi-mars, l’attitude réservée de l’ex-chef de l’État (2007-2012) tranche avec sa posture prolixe et bouillonnante du procès en première instance.

C’est dans un style plus sobre que l’ancien président, rejugé aux côtés de neuf autres prévenus, s’exprime, air grave, visage fermé. Mais le fond n’a pas changé: «Il n’y a pas eu le moindre pacte»», il n’y a pas un centime d’argent libyen dans ma campagne».

Abdallah Senoussi a été condamné à perpétuité pour avoir commandité un attentat contre un DC-10 qui, en 1989, avait coûté la vie à 170 personnes, dont 54 Français, au-dessus du Niger.

Les rencontres avec ce dignitaire de MM. Guéant et Hortefeux, qui encadraient une visite officielle de Nicolas Sarkozy en Libye en octobre 2005, lui ont valu d’être condamné en première instance en septembre 2025 à cinq ans de prison ferme.

« Colère et chagrin »

Le tribunal correctionnel de Paris, l’avait relaxé de trois des quatre chefs pour lesquels il comparaissait, mais l’avait jugé coupable d’association de malfaiteurs. Il l’avait contraint à passer une vingtaine de jours en prison malgré son appel, une première pour un ancien président de la République.

Nicolas Sarkozy comprend la «colère» et le «chagrin» des proches des victimes de l’attentat. Mais «on ne répare pas une souffrance par une injustice: je suis innocent», répète-t-il à la barre sous les yeux de son épouse Carla Bruni-Sarkozy.

«La vérité c’est que jamais, jamais, je n’ai promis ou agi en faveur de M. Senoussi», qui était en quête d’une grâce ou d’une amnistie après sa condamnation, a encore martelé l’ex-président.

Toutefois, en laissant l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine s’immiscer dans l’organisation de son déplacement en octobre 2005, préparatoire à sa propre visite, Claude Guéant «commet une erreur», «alors qu’il me représente». «La ligne est franchie à ce moment-là», estime l’ancien chef de l’État.

M. Guéant, qui n’assiste pas à ce nouveau procès pour raisons de santé, avait expliqué en première instance s’être retrouvé à dîner avec Senoussi après être tombé dans un «piège» fomenté par Takieddine.

« Est-ce que c’est crédible »

«Je ne comprends pas pourquoi il a accepté ce dîner», s’interroge Nicolas Sarkozy, qui suppose que son bras droit avait «surestimé les connaissances et l’entregent de M. Takieddine» en Libye.

Précis dans son interrogatoire, pugnace, le président de la cour Olivier Géron peine parfois à dissimuler ses doutes : compte tenu du risque politique que lui faisaient courir ses collaborateurs en taisant leurs tête-à-tête clandestins, «est-ce que c’est crédible qu’ils ne vous disent rien?»

En l’absence de Claude Guéant, Nicolas Sarkozy émet une hypothèse: s’il l’avait fait, son directeur de cabinet ne lui aurait laissé que deux solutions, le sanctionner, ce qu’il ne voulait sans doute pas, ou ne pas le faire, ce qui engageait sa responsabilité.

Et Nicolas Sarkozy d’insister: Claude Guéant «dit qu’il ne m’en a pas parlé, moi j’affirme qu’il ne m’en a pas parlé».

Même chose pour Brice Hortefeux qui a expliqué s’être tu parce qu’il avait été «vexé» d’avoir été piégé et parce qu’il ne s’était finalement «rien passé» lors d’un entretien où il n’aurait jamais été question d’un quelconque financement politique occulte.

Cette rencontre, quelques semaines après sa visite officielle, était «une erreur», tranche Nicolas Sarkozy, qui reviendra à la barre mercredi et jeudi. Certes, il croit son ami, est convaincu qu’il s’est «vraiment fait piéger». Mais si Brice Hortefeux a été «victime ensuite», il a été «imprudent d’abord», cingle-t-il. Comme Claude Guéant.

Quant à Ziad Takieddine, il ne donnera pas sa version: il est décédé en septembre dernier.

Le Livre Rouge

Date de dernière mise à jour : 08/04/2026

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