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POLITIQUE - La France en déroute : quand une nation se saborde, l’analyse d’Éric Revel

Municipales 2026 : le journaliste à CNews Éric Revel bientôt candidat à La  Couarde-sur-Mer ?

Il fut un temps où la France incarnait l’excellence européenne. Un temps où ses succès industriels, son audace économique et son modèle social faisaient l’envie du monde. Mais ce temps semble révolu. « La France est devenue le champion du monde du renoncement », écrit Éric Revel dans « C’est Mozart qu’on assassine ! » (2025), un essai qui sonne comme un réquisitoire contre notre déclin national. Les chiffres, implacables, confirment ce constat : PIB par habitant en chute libre, désindustrialisation galopante, pression fiscale asphyxiante, système éducatif en déliquescence. Pire encore, l’Italie, ce pays que l’on croyait à jamais englué dans ses dettes et ses crises politiques, nous talonne désormais.

Comment en est-on arrivé là ? Comment la France, qui caracolait en tête de l’Europe en 1990, se retrouve-t-elle aujourd’hui 25e mondiale pour le PIB par habitant, devancée par des nations comme la Corée du Sud ou l’Irlande ? Pour le comprendre, il faut plonger dans les mécanismes d’un déclin qui n’a rien d’une fatalité, mais tout d’un choix.

Le PIB par habitant : le thermomètre d’une nation en déroute

En 1990, PIB par habitant de la France (en parité de pouvoir d’achat) dépassait celui de la plupart de ses voisins, à l’exception de l’Allemagne. « Nous étions le modèle à suivre, la nation qui alliait puissance industrielle et génie créatif », rappelle Éric Revel. Trois décennies plus tard, le paysage économique a radicalement changé.

Les chiffres du déclin

En 2025, la France n’est plus que 25e mondiale pour le PIB par habitant, avec 65 940 dollars, loin derrière l’Allemagne (76 000) et les États-Unis (80 000). Pire encore, l’Italie, avec 58 000 $, a réduit son retard.

« En 1990, nous étions 10 % plus riches que l’Italie. Aujourd’hui, l’écart n’est plus que de 3 %. Un pays avec 137 % de dette publique, une instabilité chronique, et qui nous rattrape ! C’est la mesure de notre décadence », s’indigne Éric Revel.

On notera aussi que le déclin de la la France est concomitant à l’approfondissement de la « construction européenne » intervenu dans les années 1990 : traité de Maastricht, création de l’euro et élargissement considérable de l’UE.

L’Allemagne : un modèle à suivre ?

L’Allemagne a su préserver son tissu industriel et mener des réformes structurelles audacieuses (plan Hartz). Les États-Unis, eux, misent sur l’innovation et une fiscalité attractive. « Nous, nous avons choisi la facilité plutôt que l’excellence », dénonce Revel.

Le marché du travail : l’échec des 35 heures et ses conséquences dramatiques

Taux d’emploi : un fossé avec l’Allemagne

Avec un taux d’emploi de 68,9 % (contre 77,5 % en Allemagne), la France accuse un retard de 8,6 points, soit 3 millions d’emplois en moins. « Les Allemands ont travaillé plus pour gagner en compétitivité. Nous, nous avons travaillé moins en croyant créer des emplois par magie », résume Éric Revel.

Chômage des jeunes : un scandale national

Le chômage des 15-24 ans atteint 18,8 % en France, contre 5,5 % en Allemagne. « Notre jeunesse est sacrifiée sur l’autel d’un modèle social qui ne fonctionne plus », dénonce un économiste.

L’industrie : le suicide programmé de notre tissu productif

Désindustrialisation : des chiffres accablants

La part de l’industrie dans le PIB français n’est plus que de 12,4 %, contre 21,9 % en Allemagne. Cet écart représente 241 milliards d’euros de PIB industriel en moins, soit 1,9 million d’emplois manquants.

« Nous avons laissé fermer nos usines les unes après les autres, avec la complicité passive de notre classe politique », accuse Éric Revel.

Fermetures d’usines : une hémorragie industrielle

De Whirlpool (Amiens) à Bridgestone (Béthune), en passant par Florange (aciéries), la liste des sites fermés est longue et douloureuse. « Pendant que nous fermions nos usines, l’Allemagne protégeait son Mittelstand : 3 000 PME familiales leaders mondiaux », s’indigne Revel.

La fiscalité : le socialisme de la jalousie

Pression fiscale : un record mondial

Avec une pression fiscale de 46,1 % du PIB (contre 38,2 % en Allemagne et 24,3 % aux États-Unis), la France est le pays le plus taxé de l’OCDE. « Notre fiscalité punit le succès. Résultat : les entrepreneurs fuient, les capitaux s’exilent, et les talents partent s’installer à Londres, Genève ou Miami », analyse Éric Revel.

Conséquences : fuite des talents et des capitaux

La France compte 40 % d’entrepreneurs en moins qu’en Allemagne, et une expatriation massive vers des pays à fiscalité attractive. Avec une pression fiscale à 46,1 % du PIB, nous sommes le pays le plus taxé de l’OCDE.

L’éducation : un système à deux vitesses, symbole d’un État défaillant

Classements PISA 2024 : la France dans la moyenne, loin derrière les meilleurs

Les résultats PISA 2024 placent la France au 23e rang sur 85 en mathématiques, 26e en sciences et 28e en lecture, avec des scores à peine supérieurs à la moyenne de l’OCDE.

« Notre système éducatif est le miroir de notre déclin : une élite brillante dans les grandes écoles, mais 80 % de jeunes abandonnés », déplore Éric Revel.

Inégalités sociales : un fossé béant

L’écart de score PISA entre milieux favorisés et défavorisés atteint 100 points en France, contre 70 en Allemagne. « L’école de la République ne remplit plus sa mission. Elle reproduit les inégalités au lieu de les combattre », dénonce un enseignant.

Les réformes : toujours trop peu, trop tard

Retraites : 20 ans de retard sur l’Allemagne

L’Allemagne a réformé son système de retraites dès 2001, puis en 2005 et 2007, portant l’âge légal à 67 ans. La France, elle, a attendu 2023 pour repousse l’âge légal à 64 ans – avec 20 ans de retard.

« La gauche a sacrifié l’industrie au nom de l’écologie punitive. La droite a sacrifié les services publics au nom des baisses d’impôts pour les plus riches. Et Macron ? Il prétend faire les deux en même temps et échoue sur les deux tableaux », critique Éric Revel.

Marché du travail : l’échec des 35 heures

Tandis que l’Allemagne flexibilisait son marché du travail avec le plan Hartz (2003-2005), faisant passer son chômage de 11 % à 3,7 %, la France adoptaient les 35 heures (1998-2000), avec pour résultat une stagnation de la productivité.

« Les 35 heures ont été une catastrophe économique. Pendant que l’Allemagne flexibilisait son marché du travail, nous avons rigidifié le nôtre », regrette un chef d’entreprise.

Productivité et innovation : le grand écart avec les nations dynamiques

Productivité horaire : un retard persistant

La productivité horaire progresse de +1,1 % par an aux États-Unis depuis 2000, contre +0,8 % en France.

Dépenses de R&D : un investissement insuffisant

Les États-Unis consacrent 2,8 % de leur PIB à la R&D, contre 2,2 % pour la France (objectif : 3 % en 2030).

« La Silicon Valley produit plus de richesses que toute l’économie française. Apple vaut plus que le CAC 40. Et nous, que produisons-nous ? Des rapports, des normes, des taxes », assène Éric Revel.

Création d’entreprises : un environnement hostile aux entrepreneurs

En France, 4,2 % du stock d’entreprises est renouvelé chaque année, contre 8,4 % en Allemagne et aux États-Unis. « En France, créer une entreprise prend 5,5 mois. Aux États-Unis, 4 jours. Comment voulez-vous que nous soyons compétitifs ? », s’interroge un entrepreneur.

Les États-Unis toujours en tête

La comparaison avec les États-Unis est particulièrement douloureuse pour Revel. « L’Amérique devrait nous inspirer, pas nous faire peur. Regardez leur courbe : une progression constante, régulière, imperturbable. Même la crise de 2008, même le COVID n’ont pas infléchi la tendance de long terme. Pourquoi ? Parce que les Américains ont compris les fondamentaux : récompenser le travail, encourager l’innovation, attirer les talents, simplifier les règles. »
Les chiffres clés de la divergence franco-américaine sont éloquents :
– Productivité horaire : +1,1 % de croissance annuelle aux USA depuis 2000, +0,8 % en France
– Taux d’emploi : 73,3 % aux USA, 68,9 % en France
– Heures travaillées/an : 1 767 aux USA, 1 511 en France
– Dépenses de R&D des entreprises : 2,8 % du PIB aux USA, 1,5 % en France
– Création d’entreprises : 8,4 % du stock annuel aux USA, 4,2 % en France

« La Silicon Valley produit plus de richesses que toute l’économie française », assène Revel. « Apple, à elle seule, a une capitalisation boursière supérieure au CAC 40 tout entier. Et nous, que produisons-nous ? Des rapports, des normes, des taxes. »

Le retour de l’Italie

La trajectoire italienne des dernières années est, selon Revel, « la preuve que même les pays en difficulté peuvent se reprendre quand ils ont la volonté politique ».
« L’Italie de Mario Draghi a compris l’urgence. Ils ont utilisé les fonds européens de la relance (191 milliards d’euros) pour investir dans la transition numérique et écologique, pas pour financer des dépenses courantes comme nous l’avons fait. Le « Made in Italy » reste une marque forte, portée par des PME familiales qui exportent avec succès. Nous, nous avons délocalisé notre industrie et importons aujourd’hui 75 % de nos produits électroniques, 60 % de nos médicaments, 50 % de nos équipements médicaux. »

La spécialisation italienne dans les secteurs du luxe (mode, design), de la mécanique de précision et de l’agroalimentaire haut de gamme a permis une résilience remarquable. « L’Italie a gardé son tissu productif. La France l’a sacrifié sur l’autel de la finance. Qui a eu raison ? »

Le redressement du Royaume-Uni

Le rattrapage britannique est particulièrement instructif. « En 1990, nous étions 3,3 % plus riches que les Britanniques. Aujourd’hui, ils nous devancent de 2,1 %. Et encore, c’est avec le Brexit ! Imaginez sans le Brexit… », calcule Revel.

« Les Britanniques ont choisi la voie américaine : flexibilité du travail, attractivité fiscale, spécialisation dans les services à haute valeur ajoutée. Londres attire toujours les talents et les capitaux du monde entier. La City reste la première place financière européenne. Oxford et Cambridge sont des hubs d’innovation mondiaux. Et nous ? Paris perd son rang de place financière, et nos grandes écoles voient leurs meilleurs éléments partir à l’étranger. »

Jean Lamolie

Date de dernière mise à jour : 31/01/2026

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