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BOMBE ATOMIQUE - Les limites de notre dissuasion nucléaire

La crise nord-coréenne ou la dissuasion nucléaire revisitée (I) -  Opérationnels SLDS

« … Si les Iraniens attaquaient Israël avec une arme nucléaire, nous riposterions à l’Iran. Nous pourrions totalement les anéantir… »

(Hillary Clinton)

Dans mon article d’hier consacré à la possible pénurie d’hydrocarbures, j’ai commis un crime de lèse-majesté. J’ai osé attaquer une icône, une de nos vaches sacrées (qui, en l’occurrence, traitait ses affidés de veaux) ; j’ai critiqué l’abandon de nos infrastructures gazières et pétrolières du Sahara par De Gaulle. Un lecteur y voit un antigaullisme primaire. Or, même si je revendique et j’assume un antigaullisme que je qualifie de « primaire, secondaire et supérieur », ce que j’ai écrit est tout simplement… la vérité. Mais dans notre pays, le mythe gaulliste fait partie du « mentir vrai ».
Si on demande à n’importe quel Français quel est le général qui, un 18 juin, refusant l’idée de reddition, appela à continuer le combat ? Il répondra immanquablement De Gaulle.

Passionné d’histoire, je ne citerai pas à cet obscur général (nommé « à titre temporaire » sur intervention de Paul Raynaud) que personne n’a entendu le 18 juin. Rétrogradé au grade de colonel par Weygand et mis en retraite d’office, qui a fait la guerre derrière un micro de la BBC à Londres. Je citerai un vrai héros, le général Pierre Cambronne. Il s’engage en 1791 dans les Grenadiers. Il sert sous Dumouriez en Belgique. Durant la deuxième chouannerie, il participe à la bataille de Quiberon. D’une bravoure exceptionnelle, il parvient rapidement au grade de capitaine. La Vendée « pacifiée » (1), il s’embarque pour l’Irlande sous les ordres de Hoche en 1796. Il passe ensuite à l’armée des Alpes sous les ordres de Masséna, où il se fait remarquer à la tête d’une compagnie de Grenadiers à la bataille de Zurich en 1799. Dans l’armée d’Helvétie, il enlève une batterie russe avec une poignée d’hommes. Il refuse alors le titre de « Premier Grenadier de France » que ses propres soldats voulaient lui donner. Colonel à Iéna, il est nommé major commandant d’un régiment de Voltigeurs de la Garde impériale en 1810 et il est fait baron de l’Empire la même année, puis il participe pendant deux ans à la guerre d’Espagne. Il rejoint la Grande Armée pendant la campagne de Russie. Il participe aux batailles de Bautzen, Dresde, et de Leipzig, avant d’être nommé général de brigade à la bataille de Hanau. Nommé major de la Garde impériale en 1814, il prend part à toutes les opérations de la campagne de 1814, il y est blessé plusieurs fois. Fidèle parmi les fidèles à l’Empereur, il sera commandant militaire de l’île d’Elbe. Il accompagne Napoléon en 1815, lors de son retour et commande l’avant-garde de sa petite armée. Il neutralise la forteresse de Sisteron le 5 mars ainsi que le seul pont sur la Durance. Arrivé à Paris, il est nommé comte de l’Empire par décret du 1er avril 1815 (2). Il refuse le grade de général de division, de crainte qu’on y voit un passe-droit, mais accepte les dignités de comte et de pair des Cent-Jours le 2 juin 1815. Le 16 juin, il attaque Ligny et le 18, à Waterloo, il commande le dernier carré de la Garde. Le 18 juin 1815, sommé de se rendre, on lui attribue la tirade cinglante : « La Garde meurt mais ne se rend pas ! », puis, comme l’émissaire dépêché par les Anglais insistait, il aurait crié « Merde ! », c’est le fameux « mot de Cambronne ». Atteint d’une balle au-dessus de l’œil gauche, il sera fait prisonnier par les Anglais qui le conduiront dans leur pays. Plus tard, Pierre Cambronne niera la phrase qui lui est attribuée en déclarant : « Je n’ai pas pu dire « La Garde meurt mais ne se rend pas ! », puisque je ne suis pas mort et que je me suis rendu ». Cette race d’hommes, qui cumulait courage et panache, n’existe plus ! J’ai toujours eu un profond respect pour les beaux sabreurs de l’Empire – Antoine Charles Louis de Lasalle, Antoine Fortuné de Brack, etc. – et pour Pierre Cambronne même si ce dernier a étrillé moult Vendéens. Napoléon Bonaparte savait juger ses hommes et jauger leur courage.
Ce long préambule n’est qu’une digression pour taquiner mes amis gaullistes, qui sont fort nombreux. Et si j’ai envie de les titiller, c’est parce qu’il ne se passe pas un jour sans que quelqu’un me dise que nous, Français, avons la chance de posséder l’arme atomique « grâce à De Gaulle ».
Ainsi s’écrit l’histoire, mais il faut parfois remettre l’église au milieu du village.
Notre « Force de dissuasion nucléaire » également nommée « Force de frappe », désigne les systèmes d’armes nucléaires dont nous disposons dans le cadre de notre stratégie de dissuasion nucléaire. La France est l’un des neuf États qui possèdent l’arme nucléaire.

C’est l’ordonnance 45-2563, datée du 18 octobre 1945, qui créé le « Commissariat à l’Énergie Atomique » (CEA). Cette ordonnance est effectivement signée par Charles De Gaulle. Le CEA a pour mission « d’effectuer des recherches scientifiques et techniques en vue de l’utilisation de l’énergie atomique dans les divers domaines de l’industrie et de la défense nationale » mais, en fait c’est une coquille vide. Pendant presque dix ans, faute de budget et de volonté, le CEA ne produira rien.
Après la défaite de Diên-Biên-Phu (7 mai 1954) puis l’échec de la « Communauté Européenne de Défense », refusée par les gaullistes et les communistes (et rejetée par l’Assemblée nationale le 30 août 1954) c’est le président du Conseil d’alors, le socialiste Pierre Mendès-France, qui signe le 26 octobre 1954, le premier décret instituant le « Commission supérieure des applications militaires de l’énergie atomique ». Le 4 novembre, un second arrêté créait un « Comité des explosifs nucléaires », qui aura comme rapporteur le polytechnicien Yves Rocard (3). Le 11 avril 1958, Félix Gaillard annonce la préparation des premières explosions atomiques françaises pour le premier trimestre de 1960. On crée dans la foulée la « Société d’Etude et de Réalisation d’Engins Balistiques » (SEREB), le mandataire de l’État et maître d’œuvre des futurs systèmes d’armes de la « Force Nucléaire Stratégique » (FNS). Un an plus tard, la SEREB collabore avec Nord-Aviation et Sud-Aviation et établit les programmes des études balistiques de base. Ces programmes sont destinés à acquérir les technologies nécessaires à la réalisation de la « Force Nucléaire Stratégique ». De Gaulle étant revenu aux affaires après une longue traversée du désert, c’est en 1959 que le premier bombardier Mirage IV lui sera présenté en vol lors du salon du Bourget, à peine trois années après la signature du projet. Le 13 février 1960 a lieu le premier essai français d’une « bombe A » à Reggane, au Sahara. Il sera suivi en 1961 par l’essai en vol de la fusée « Agate » au centre interarmées d’essais d’engins spéciaux à Colomb-Béchar en Algérie. L’année 1964 marque le début de la dissuasion nucléaire française.

Aujourd’hui, notre Chef des Armées qui n’a même pas fait son service militaire, joue les matamores et se dit prêt à faire profiter les Européens de « sa » force de frappe, mais il ne sait pas de quoi il parle. Notre arsenal nucléaire (290 têtes) est sous-dimensionné pour répondre à la menace russe (1600 têtes). On peut donc se demander à quelles conditions la France pourrait assurer une dissuasion à l’échelle européenne, alors que la protection des États-Unis ne semble plus garantie ?
Macron, qui se fout éperdument de la France mais qui veut se créer une stature de leader européen, a proposé dès 2020 (4) un dialogue ainsi que des exercices nucléaires conjoints entre les partenaires européens. En février 2025, l’Allemand Friedrich Merz a répondu à cet appel, préconisant une extension du parapluie nucléaire français à l’Allemagne. Mais la France a-t-elle les capacités de défendre l’Europe ? Après avoir tenté de nous imposer une Europe de la Santé, Macron, von der La Hyène et consorts voudraient bien nous soumettre à l’Europe de la guerre.

À l’origine, la France a développé son armement atomique pour répondre à la menace de l’URSS (et pour éviter de dépendre des USA). Selon une doctrine stable, régulièrement réaffirmée par le pouvoir, Paris utiliserait son arsenal stratégique par voie aérienne et sous-marine en cas d’attaque contre ses intérêts vitaux. Mais soyons lucides, sans le soutien américain, le rapport de force serait très largement défavorable à la France, laquelle dispose, je le rappelle, de 290 têtes nucléaires contre 1600 têtes déployées (4380 têtes avec les stocks) du côté russe. La puissance explosive des ogives thermonucléaires permettrait de vitrifier les principales villes russes, dont Moscou. Mais il suffirait aux Russes de « 200 secondes pour atomiser Paris », avec leurs missiles thermonucléaires « Satan ». Dans cette perspective, dite du « goutte à goutte » consistant à détruire les villes ennemies au coup par coup, la Russie est assurée de gagner. Pour doper l’impact de notre dissuasion nucléaire, un partenariat pourrait être envisagé avec le Royaume-Uni. Puissance nucléaire depuis 1952, Londres ne possède plus que des missiles balistiques lancés par sous-marin et a décidé, depuis le Brexit, de renforcer son arsenal à 260 têtes nucléaires. Mais, ces deux puissances nucléaires ne sont pas équivalentes. Le Royaume-Uni est membre du groupe des plans nucléaires de l’Otan et ses ogives sont conçues aux États-Unis. La France produit ses armes sur son propre territoire et n’est soumise à aucune obligation de l’Otan. Elle s’appuie sur ses propres ressources, le soutien des USA oscillant au gré des événements. L’antiaméricanisme de De Gaulle aura été une bonne chose dans ce domaine.

L’apparition d’une force stratégique française a longuement contrarié les États-Unis qui ont cherché à la restreindre par des traités internationaux – comme le traité de 1963 limitant les essais nucléaires atmosphériques ou encore le traité de non-prolifération (TNP) en 1968. Depuis 1974, notre force nucléaire a un rôle dissuasif propre au sein de l’Otan, contribuant à la sécurité globale de l’Alliance en compliquant les calculs des adversaires potentiels.

Le rêve de Macon d’avancer vers le cadre d’une européanisation de la force nucléaire signifie qu’il faudrait accroître notre arsenal nucléaire pour lui permettre de répondre aux menaces qui pourraient concerner l’ensemble des 27 États membres de l’Union européenne. Cela nécessiterait de constituer des stocks supplémentaires de matières fissiles et donc de réactiver les usines de production de Pierrelatte (Drôme) et Marcoule (Gard) démantelées en 1998, sacrifiées sur l’autel du désarmement unilatéral. Et puis, si aujourd’hui, 290 têtes nucléaires représentent la valeur que la France accorde à sa défense, ce prix néglige l’échelle du continent européen, et la logique le confirme : les puissances nucléaires de taille continentale telles que les États-Unis, la Russie et bientôt la Chine déploient un arsenal à hauteur d’un millier de têtes thermonucléaires.
Tout ceci n’est pas réjouissant ! D’autant plus que le conflit en Iran peut durer longtemps et qu’il fait peser de nouvelles menaces sur un monde déjà instable. Nous vivons sur une poudrière !
Donald Trump est un type imprévisible, capable comme Macron, de toutes les volte-face, mais la citation en tête de cet article émane d’Hillary Clinton, quand elle était candidate à la Maison-Blanche en 2008. Tous ces va-t-en-guerre sont des irresponsables et… des criminels !

Eric de Verdelhan

1) Doux euphémisme pour dire qu’on a massacré 300.000 Vendéens, femmes, enfants, vieillards…

2) Titre nobiliaire qui ne sera pas confirmé par lettres patentes.
3) Le père de Michel Rocard auquel il coupa les vivres quand ce dernier préféra faire Sciences Po plutôt que de tenter le concours de Polytechnique. Yves Rocard était le fils d’un officier d’aviation tombé pour la France durant la Grande Guerre, abattu par le pilote allemand Herman Goering.
4) Donc bien avant l’offensive russe en Ukraine.

 

Date de dernière mise à jour : 02/04/2026

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