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80ème anniversaire du Débarquement. A 93 ans, Paulette n'a jamais oublié ce soldat allemand

En 1939, Paulette Gondouin avait 9 ans. De la Seconde Guerre mondiale, elle n’a rien oublié. À 93 ans, elle raconte ses souvenirs d’enfant, pour faire vivre la mémoire de la guerre?

A 93 ans, Paulette Gondouin, habitante de Fel, dans l'Orne, veut raconter sa

« J’ai travaillé toute ma vie pour faire vivre la mémoire de la guerre ». En 1944, Paulette Gondouin, habitante de Fel, dans l’Orne, avait quatorze ans. 80 ans plus tard, elle n’a rien oublié de « sa guerre d’enfant ».

De la déclaration de guerre aux soldats SS d’Oradour-sur-Glane, les souvenirs restent vifs dans la voix de cette énergique nonagénaire.

Pour laisser une trace, et alerter face à « la noirceur de l’âme humaine », Paulette a d’ailleurs décidé de les écrire, ses souvenirs. De ses mémoires, elle tire une leçon de vie, un témoignage de l’histoire vue d’en bas, par celles et ceux qui ont vécu sous l’occupation.

« Est-ce que papa va partir à la guerre »

« Lors de la déclaration de guerre (de la France à l’Allemagne, le 3 septembre 1939), j’étais en vacances à Saint-Hilaire-sur-Risle (Orne), dans la ferme de mon grand-père. J’y passais toutes mes vacances », se souvient Paulette, en esquissant un sourire.

« Vers 10 h, j’ai entendu le tocsin. Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est la sirène de la tréfilerie (une usine spécialisée dans le tréfilage des métaux). Elle a hurlé pendant longtemps. La guerre avait commencé.

Ma tante a pleuré. Moi aussi, dans ses bras. Je lui ai demandé, « est-ce que mon papa va partir à la guerre ». Heureusement, il ne pouvait pas. Il avait déjà fêté ses 18 ans sur le champ de bataille, à Verdun.

Paulette Gondouin

« On aura la guerre avec ce fumier là »

Si elle n’avait que neuf ans en 1939, Paulette Gondouin était déjà bien consciente de la situation. « Je vivais beaucoup avec les adultes », confie-t-elle, avant de se replonger dans ses souvenirs.

« Un mois avant la déclaration de la guerre, mon papi s’était payé une TSF (un poste récepteur de radiodiffusion par télégraphie sans fil). Un jour, des hurlements en ont émané. J’ai demandé, “mais qui crie comme ça”. Mon grand-père m’a répondu, “c’est Hitler. On aura la guerre avec ce fumier là !”  Il avait raison. » 

« Beaucoup d’Allemands n’en voulaient pas, de cette guerre »

À Fel, son village, quelques hommes sont partis à la guerre. « Mais la vie a continué », assure Paulette Gondouin. Et ce, même si le contexte devenait de plus en plus oppressant. « Un jour, des gendarmes sont venus à l’école pour nous faire essayer des masques à gaz. J’avais la sensation d’étouffer », murmure-t-elle.

L’armistice est signé quelques mois plus tard, en juin 1940. L’occupation de la France pouvait commencer.

Le 25 juin, les Allemands sont arrivés dans le village. Je me souviens d’un son insolite, tôt le matin : c’était le bruit de leurs bottes. Il y avait aussi une odeur de tabac, l’odeur de la troupe. C’était saisissant.

Paulette Gondouin

Parmi les soldats figuraient beaucoup de pères de famille. « Ils étaient là parce qu’allemands. Beaucoup n’en voulaient pas, de cette guerre. » 

« Avec Pétain, la France est pourrie. Mais nous, c’est pire. Hitler est fou ! »

De cette occupation, Paulette Gondouin garde en mémoire un soldat. Il s’était lié d’amitié avec sa famille. « Un jour, il a pris ma sœur sur ses genoux. Il en pleurait et a dit à mon père, “elle ressemble à ma fille”. Il ne l’avait pas vu depuis des mois. »

De cette relation naquirent aussi des discussions mémorables. « Cet allemand a dit à mon père “avec Pétain, la France est pourrie ! Mais nous, c’est pire. Hitler est fou ! » 

« Je n’oublierais jamais l’étoile jaune du docteur »

Les contraintes de la guerre, Paulette les énumère encore, « le couvre-feu, l’extinction des lumières, les cartes d’alimentation… » Mais plus que ces obligations quotidiennes, elle garde en mémoire les trahisons, l’esprit de résistance et la peur des Allemands.

On a pratiquement tout vécu de ce qui est raconté dans la série Un village Français.

Paulette Gondouin

Un épisode en particulier l’a marqué : « je n’oublierais jamais l’étoile jaune du docteur Goldstein. Il a été caché dans une ferme. Mais madame Goldstein a été déportée. Elle en est revenue, mais très malade. »

« Les SS d’Oradour-sur-Glane ont encerclé le village »

En 1944, la division SS Das Reich, rendue tristement célèbre pour avoir perpétré le massacre d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), arrive à Fel. « Ils ont encerclé le village. Nous en avions très peur », confie Paulette Gondouin.

Ce qui m’a marqué, c’est la noirceur de l’âme humaine.

Paulette Gondouin

« Mon père savait qu’un jour, nous serions libérés »

Mais le 6 juin 1944, à 5 h 30, Paulette Gondouin entendit un bruit nouveau, « comme un orage très très lointain. « J’ai réveillé mon père. Il savait qu’un jour, nous serions libérés. Le bruit que nous entendions, c’étaient les affrontements sur la côte, à 60 kilomètres de là. » Le débarquement venait de commencer.

Clément Gousseau

Date de dernière mise à jour : 27/03/2024

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