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NATION - Nos vrais maîtres, de Ghislain Benhessa : l’enquête qui démasque les fossoyeurs de la France

Ghislain Benhessa : "l'Etat de droit est un Etat qui agit au ...

Qui gouverne réellement la France ? À cette question fondamentale, Ghislain Benhessa apporte une réponse dans son ouvrage monumental « Nos vrais maîtres – Histoire secrète des hommes qui vendent la France à l’UE » (Éditions L’Artilleur).
Pour comprendre la force et l’originalité de cette enquête, il faut d’abord saisir le parcours singulier de son auteur. Ghislain Benhessa incarne paradoxalement cette double culture qu’il analyse avec une distance critique. Né en 1978, diplômé de Sciences Po Paris, il a commencé sa carrière là même où s’est jouée la dépossession : au Parlement européen, où il fut collaborateur parlementaire entre 2003 et 2007. Cette immersion fut un choc fondateur. « J’ai découvert un monde parallèle, raconte-t-il. Un microcosme où l’on parlait des peuples comme de forces obscures à canaliser, où la nation française était considérée comme un archaïsme dont il fallait guérir les élus. Le mépris démocratique y était érigé en vertu technocratique. »
Cette expérience intime de la machine européenne le transforme. Loin de se contenter d’une carrière institutionnelle, il entame un travail de décryptage d’abord discret sous pseudonyme, puis au grand jour. Chroniqueur régulier pour Causeur, Le FigaroVox et Boulevard Voltaire.

Ce qu’il nomme la « doxa de l’effacement » repose sur plusieurs piliers idéologiques : la nation est dépassée historiquement, la souveraineté est dangereuse (source de guerres), le marché et le droit supranational sont les seuls garants de la paix et de la prospérité. L’originalité de l’enquête est de montrer comment cette abstraction philosophique est devenue un programme d’action concret, porté par des réseaux spécifiques agissant avec constance depuis les années 1960. Le tableau qui émerge est celui d’une « captation démocratique » menée non dans la rue, mais dans les cabinets, les couloirs des institutions et les salons discrets.
Il insiste sur la fabrique de l’eurocratie : dans les années 1970, un phénomène méconnu se produit : la création d’un « vivier européen »au sein des grands corps de l’État. Benhessa décrypte comment l’ENA, l’inspection des Finances et le Quai d’Orsay ont mis en place des stages et des détachements pour envoyer leurs meilleurs éléments à Bruxelles. Il ne s’agissait plus de défendre les intérêts français, mais de former des « Européens convaincus » dont la carrière et la loyauté se déplaceraient progressivement vers l’appareil communautaire.

Mais l’analyse la plus originale est celle de la situation actuelle.

Le gouvernement des juges : la CJUE, souverain de l’ombre
Benhessa consacre une analyse rigoureuse à la Cour de Justice de l’UE, « moteur silencieux de l’intégration ». Il montre comment, par une jurisprudence audacieuse, la Cour étend systématiquement les compétences de l’Union. Il analyse des arrêts cruciaux où la Cour place les libertés économiques au-dessus du droit de grève, sapant les modèles sociaux nationaux. « La CJUE a opéré une révolution : désormais, tout ce qui entrave les ‘libertés fondamentales’ du marché est interdit. L’État est en permanence sur la défensive, suspecté de fausser la concurrence », explique-t-il.

L’ « ubérisation de l’État » : l’administration, relais zélé de Bruxelles
Un chapitre fascinant décrit la métamorphose de l’appareil administratif français. Benhessa parle d’une « colonisation douce » : chaque ministère développe des « cellules Europe » dont le rôle n’est plus de défendre des positions nationales, mais d’assurer la conformité avec le droit européen. Il décrit la « culture de la transposition » qui a remplacé la culture de la décision souveraine. « L’État n’est plus le souverain qui légifère. Il est le sous-traitant de Bruxelles, chargé d’exécuter un cahier des charges défini ailleurs. Le juge national lui-même est devenu le vérificateur de conformité, annulant parfois des lois votées démocratiquement ».

Le complexe intellectuel-médiatique : la machine à consentement
Benhessa consacre une large section à la construction culturelle de l’inéluctabilité européenne. Il décrit un « complexe intellectuel-médiatique » homogène, qui présente toute avancée intégratrice comme un « progrès » et toute critique comme du « populisme ». Il analyse la rhétorique basée sur la peur (Frexit, guerre), la honte (la France ringarde) et la fatalité. Il montre comment les think tanks financés par l’UE ou des grands groupes produisent en continu le récit justificatif, créant une impression d’unanimité experte.

Les nouvelles frontières de l’abdication
Benhessa étend son analyse aux domaines régaliens :
– politique étrangère : elle est de plus en plus cadrée par le Service Européen pour l’Action Extérieure. La politique commerciale exclusive empêche la France de conclure des accords bilatéraux stratégiques.
– défense : les initiatives visent à créer à terme une armée européenne, menaçant l’autonomie stratégique française et son siège au Conseil de sécurité de l’ONU.
– l’immigration : l’espace Schengen a transféré le contrôle des frontières à Frontex. La jurisprudence de la CEDH et de la CJUE entrave la capacité à expulser et à définir une politique d’asile souveraine.
– énergie : les politiques climatiques sont décidées à la majorité qualifiée, imposant à la France des choix contraires à ses intérêts (nucléaire) à coût exorbitant.
– la guerre en Ukraine : « L’UE s’est contentée de suivre l’OTAN, tout en prétendant inventer une ‘autonomie stratégique’ qui n’existe que dans les communiqués de presse », analyse-t-il. Il montre surtout comment cette crise a servi de prétexte à un nouveau transfert de souveraineté : la mise en place accélérée d’une « capacité de financement commun de l’armement » qui, sous couvert d’aide à l’Ukraine, crée les bases d’un ministère européen de la Défense. « On utilise la tragédie ukrainienne pour faire passer une intégration militaire que les peuples n’ont jamais voulue », dénonce-t-il.
– la crise de l’énergétique 2022-2023 : la faillite du marché unique. L’analyse de la crise du gaz et de l’électricité est particulièrement cinglante ; les règles du marché unique de l’énergie, conçues par la Commission et défendues par la France depuis des années, se sont retournées contre les consommateurs et les industries français. Le mécanisme de tarification marginaliste, qui aligne le prix de toute l’électricité sur celui de la centrale la plus chère (généralement à gaz), a conduit à des factures explosives alors que la France produisait une électricité nucléaire à bas coût.
– La révolte agricole de 2025 : les événements de 2025 : la Politique Agricole Commune, autrefois conçue pour garantir la sécurité alimentaire et un revenu décent aux paysans, a été détournée au profit d’objectifs environnementaux dogmatiques et de la concurrence déloyale avec des produits hors UE ne respectant pas les mêmes normes.
– la crise Institutionnelle de 2026 : le blocage complet des négociations budgétaires pour 2027-2033. Pour la première fois, une coalition de pays « frugaux » (Pays-Bas, Danemark, Suède, Autriche) refuse catégoriquement toute augmentation du budget et exige un rapatriement massif de compétences.

La génération IA et tech
Un ajout majeur est l’analyse de « la nouvelle frontière de la dépossession : la gouvernance algorithmique » et l’émergence d’un réseau inédit : les « techno-fédéralistes » de la Silicon Valley et leurs relais européens.
Ces nouveaux acteurs – souvent issus des GAFA, des fonds d’investissement technologiques, et des startups de la « GovTech » – promeuvent une Europe « plateforme », où la souveraineté ne se perd pas au profit d’institutions politiques, mais au profit d’infrastructures numériques privées et d’algorithmes opaques. Benhessa documente les liens entre la Commission européenne et des lobbies comme Digital Europe ou l’European Tech Alliance. Il analyse comment le Digital Services Act (DSA) et le Digital Markets Act (DMA), présentés comme des régulations protectrices, ont en réalité consolidé le pouvoir des géants étasuniens tout en créant une bureaucratie numérique européenne qui échappe à tout contrôle démocratique national.
« On assiste à une mutation, explique Benhessa. Les vieux ‘maîtres’ fédéralistes de la génération Delors sont remplacés par une nouvelle caste qui voit dans l’Europe non plus un projet politique, mais un marché régulé et une source de subventions pour la transition numérique. Leur idéal n’est pas les États-Unis d’Europe, mais une sorte de métavers réglementaire où les États seraient réduits à l’exécution de normes techniques définies par des experts et des entreprises privées. La souveraineté est ici confisquée par l’expertise et la technologie. »

Les scénarios pour 2027-2030
Face à ce constat désastreux, Benhessa ne se contente pas de dénoncer. Il propose un « plan de reconquête » détaillé, organisé autour de trois scénarios :
La réforme radicale de l’intérieur : Benhessa propose la tenue d’une nouvelle Convention européenne, non plus contrôlée par les fédéralistes, mais chargée de rédiger un traité fondamentalement différent. Ses axes : rétablir le principe de subsidiarité réelle, créer un droit de retrait unilatéral sur les politiques clés, remplacer la Commission par une simple secrétariat technique, et restaurer le veto national sur la fiscalité, le social, le budget et la défense. »
L‘« Europe à plusieurs vitesses assumée ». Face à l’impossibilité de réformer à 27, Benhessa envisage la constitution d’un « noyau dur » de pays partageant une vision réaliste : France, Allemagne, Italie, Espagne, Pologne. Ce noyau reprendrait dans ses mains les leviers essentiels (monnaie pour ceux qui veulent la garder, défense, politique industrielle, frontières) tout en maintenant une zone de libre-échange élargie avec les autres.
La souveraineté recouvrée. En cas d’échec des deux premières options, Benhessa esquisse, pour la première fois de manière aussi précise, les étapes d’une « réappropriation unilatérale » par la France de ses compétences clés. Ce plan inclut : la préparation législative et technique d’un retour au franc parallèle à l’euro, le rétablissement systématique des contrôles aux frontières, la dénonciation des directives les plus nocives pour l’industrie, et la création d’un fonds souverain de rupture technologique financé par la sortie des règles européennes sur les aides d’État.

Jean Lamolie

Date de dernière mise à jour : 01/02/2026

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