
Souvenez-vous, elle avait été épinglée pour ses notes de frais exorbitantes l’an dernier. Une séquence avait particulièrement créé la polémique, puisqu’on y voyait Jeanne d’Hauteserre, maire du très cossu VIIIe arrondissement de Paris, remercier les travailleurs qui lui permettent de s’habiller. Les élus parisiens disposent en effet d’une enveloppe d’argent public dans laquelle ils peuvent piocher notamment pour s’acheter des vêtements neufs, et tout ce qui entre dans les « frais de représentation ». Jeanne d’Hauteserre s’était réjouie d’être « bien sapée ».
On apprend ce jeudi 22 janvier que Rachida Dati lui a refusé l’investiture LR aux prochaines élections municipales. Les deux femmes sont en froid, en partie depuis que Jeanne d’Hauteserre a dénoncé l’hypocrisie de son camp politique qui refuse publiquement la construction de nouveaux logements sociaux mais qui s’agite en privé pour loger des membres de sa famille.
Cette pique, relayée par la gauche, n’a pas du tout plu à Rachida Dati. Selon Le Canard enchaîné, elle aurait elle-même profité de son statut d’élue pour demander l’attribution d’un logement social à l’une de ses sœurs. Ce qu’elle dément. La ministre de la Culture a finalement préféré investir Catherine Lécuyer, actuellement conseillère d’opposition du VIIIe arrondissement.
Jeanne d’Hauteserre dit avoir appris sa mise à l’écart par des habitants de l’arrondissement. « Beaucoup de mes administrés me disent qu’ils ne comprennent pas cette situation et qu’ils en ont marre des tambouilles politiques. Ils me disent : “J’espère que vous vous présentez”, et je leur dis oui », explique-t-elle auprès de l’AFP. Précisant : « Depuis hier, je suis en campagne, j’ai signé le bail de ma permanence, donc no problem ».
La maire sortante du VIIIe, qui comprend notamment les Champs-Élysées et le Palais de l’Élysée, profite de sa candidature en dissidence pour se poser en « femme libre ». « J’ai le courage de mes convictions et on ne pourra jamais me taxer d’affairisme », affirme-t-elle, dans une référence à peine voilée à Rachida Dati, renvoyée devant la justice en septembre pour corruption et trafic d’influence.
Une mauvaise nouvelle pour Dati
Une femme tellement libre qu’elle ne mâche pas ses mots au moment de parler de la candidate installée par LR face à elle. « Catherine Lécuyer habite dans le XVIIIe arrondissement. En 2014, on m’avait demandé de la prendre sur ma liste en me disant que son mari était très généreux, donc je l’ai prise et six mois après elle voulait me remplacer ». Puis : « Aujourd’hui je m’aperçois que chez LR ou ailleurs, il y a des lâches, des traîtres, des hypocrites, il y a des personnes que j’ai aidées à se faire élire », visant cette fois la patronne de la fédération parisienne Agnès Evren.
Toujours membre du parti Les Républicains, à qui elle paye une cotisation annuelle, Jeanne d’Hauteserre dit avoir adressé en décembre un courrier à la fédération LR de Paris pour indiquer son souhait d’être à nouveau investie en 2026. Vœu finalement pas exaucé.
Mais cette candidature dissidente est une mauvaise nouvelle de plus pour Rachida Dati, qui affronte des vents contraires dans une campagne pas si facile qu’elle l’aurait imaginée. Comme le relate le Monde, la ministre de la Culture accuse le coup et se laisse gagner par la fébrilité, après un début de campagne tonitruant où rien ne semblait pouvoir lui résister. Elle se classe désormais en deuxième position dans les sondages, derrière le socialiste Emmanuel Grégoire. Ringardisée par Sarah Knafo, cornerisée par Pierre-Yves Bournazel, Rachida Dati est en plus cernée par les ennuis judiciaires. Certains cadres LR ont beau jeu de dénoncer en privé son « ego trip » ou son « narcissisme ». Quand ça veut pas, ça veut pas.
Marceau Taburet