«Je n'ai pas dit mon dernier mot» Le dernier livre d’Éric Zemmour, qui sortira jeudi, sera-t-il un succès ?

Il avait présenté son livre, La France n'a pas dit son dernier mot (Rubempré), comme un coup de semonce médiatique : l'ouvrage fut finalement le point de départ d'une rocambolesque épopée électorale. Éric Zemmour sait que la droite, culturellement, historiquement, est habituée aux tentatives désespérées, pleines de panache, qui terminent, quand elles échouent, moquées par une opposition combinarde qui n'a jamais compris l'idéalisme.

ZEIC ZEMMOUR

Il faut un peu refaire l'Histoire. Après l'assassinat du duc de Berry, fils de Charles X, sa veuve en exil tenta, sous Louis-Philippe, de débarquer en France pour reprendre le trône aux Orléans. Elle rêvait d'un embrasement spontané : ce fut un feu de paille. À sa mort, Édouard Drumont dira que sa vie inspirerait un chroniqueur de la trempe de Froissart et qu'à sa mort, on souhaiterait entendre Bossuet. Trop tard. En 1873, son propre fils, le comte de Chambord, se tiendra lui-même à deux doigts d'une restauration pacifique, voulue par le peuple et les députés. L'échec rageant, contre l'évidence même, c'est aussi une part du paysage intérieur de la droite française, malheureusement. Mais il n'y a jamais de fatalité.

C'est justement contre cette fatalité que paraît, comme si de rien n'était, « le dernier Zemmour », dernier en date et pas dernier tout court, cela semble désormais évident. Je n'ai pas dit mon dernier mot est un titre malin, manière de mêler son destin à celui du pays, tout en tirant les leçons de son échec. Éric Zemmour présente son livre en une minute trente, sur Internet, en lisant un extrait qui le met en scène juste avant le meeting de Villepinte. Ce sera l'occasion, pour les électeurs de Reconquête, de revivre ce grand huit émotionnel au cours duquel ils ont vraiment cru que, cette fois, la France allait s'en sortir. Le RN, habitué à la diabolisation et aux revers de fortune, se moquera superbement des scores électoraux de ce parti, pourtant le premier de France en nombre d'adhérents, qui a peiné a transformer l'essai en « se faisant plaisir », comme disent les éléments de langage marinistes. Les Républicains ? Ecartelés entre Renaissance, l'opposition à « la haine » et la tentation utopique d'incarner une opposition (on se demande laquelle) au consensus bourgeois, ils ne diront probablement rien.

Jeudi 16 mars, Éric Zemmour reviendra donc sous le feu des caméras parisiennes, avant de partir en tournée. Il aurait pu jeter l'éponge. N'avait-il pas dit lui-même que sa candidature était l'unique chance de sauver la France de ce qui, logiquement, l'attendait, à savoir le Grand Remplacement et le grand déclassement ? Ça n'aurait pas manqué de panache qu'il décide de tout envoyer promener, de se dire que les gens étaient des veaux, de prendre un temps « pour réfléchir » et d'attendre qu'on ait besoin de lui dans un hypothétique Colombey. Cela aurait manqué, toutefois, dans un régime de l'immédiateté, au sein duquel une actualité chasse l'autre, du plus élémentaire sens politique. Avec ce livre, qu'on imagine sans aigreur ni complaisance, Éric Zemmour achèvera probablement sa mue : c'était un éditorialiste érudit, pour qui la politique, c'était Cincinnatus ou de Gaulle, et l'Histoire, Bainville ou Michelet. Le voici devenu dirigeant politique à part entière : il va devoir se faire plus souple, avoir le cuir plus solide encore et, surtout, surtout, se faire aimer des gens ordinaires qui auraient dû, dans son esprit, se rallier à la « bourgeoisie patriote » et qui ne sont jamais venus.

Je n'ai pas dit mon dernier mot sera-t-il un succès de librairie ? On imagine que oui - un gros succès, même, probablement - mais, au fond, là n'est pas l'essentiel. Ce qui compte, c'est qu'un discours politique de fond continue de se faire entendre, un autre discours que les éructations de fin de banquet de la  face aux bras d'honneur de Dupond-Moretti. Que cela vienne du RN, des derniers LR de droite ou de la fin de l'adolescence de Reconquête, il n'est pas temps de discuter des étiquettes. Il est seulement temps de rendre à notre cher vieux pays la dignité et la grandeur que les « winners » du « nouveau monde » veulent absolument lui faire perdre.

Arnaud Florac

Date de dernière mise à jour : 14/03/2023

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