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Cinéma : Le Jeu de la reine, le film sur Catherine Parr - BANDE ANNONCE

C’est cruel mais l’histoire retient davantage les martyrs que les survivants. Catherine d’Aragon a marqué les esprits par la campagne de dénigrement ignoble dont elle a été victime avant d’être répudiée comme une moins que rien par Henry VIII. Anne Boleyn, seconde épouse du roi d’Angleterre, connut un destin des plus tragiques ; elle fut, en effet, la première souveraine à être exécutée. Catherine Howard la suivit six ans plus tard. Entre les deux, Jane Seymour et Anne de Clèves eurent de tristes destins : la première décéda après avoir accouché du futur roi Édouard VI, et la seconde fut répudiée au bout de six mois.

Le jeu de la reine (film) - Réalisateurs, Acteurs, Actualités

Une reine en porte-à-faux

Catherine Parr, la sixième et dernière épouse, est très peu connue, bizarrement. Elle a pourtant échappé de peu à la décapitation et a le mérite d’avoir survécu à Henry VIII. Réalisé par Karim Aïnouz, Le Jeu de la reine se donne pour ambition de faire connaître cette femme dont le destin semblait mal engagé. Adapté du roman d’Elizabeth Fremantle, publié en 2012, le film narre les derniers mois de la vie d’Henry VIII, période durant laquelle le roi voit sa santé décliner de façon dramatique. Devenu obèse, atteint de la goutte et souffrant d’une vieille blessure à la jambe ulcérée, ce « multirécidiviste matrimonial », pour reprendre l’expression savoureuse de Bernard Cottret dans son Histoire de l’Angleterre, concentre ses dernières forces dans la lutte contre les protestants radicaux.

Parmi eux, Anne Askew, issue de la noblesse, est connue pour ses écrits sulfureux dans lesquels elle va jusqu’à nier la doctrine de la transsubstantiation. Un crime d’hérésie passible de la peine capitale. Considérée comme une amie proche de Catherine Parr, avec qui elle entretient une correspondance, Anne Askey, par ses déboires judiciaires, finit par mettre en porte-à-faux la reine – d’obédience réformiste – qui voit s’attirer les foudres des puissants comme l’évêque Gardiner, bien déterminé à faire rouler sa tête…

Le jeu du chat et de la souris

Pensé comme un genre de thriller psychologique, Le Jeu de la reine est un véritable film de survie dont l’héroïne est contrainte au quotidien de peser ses mots, de bluffer, d’anticiper et de déjouer les accusations de toutes sortes pour sauver sa peau. Car, consciente d’avoir épousé un homme instable, pervers et paranoïaque, qui prend plaisir à tout instant à jouer avec elle au chat et à la souris, à l’acculer et à la terroriser, Catherine Parr ne peut compter que sur son instinct de survie et sur les hasards du destin. Dans ces conditions, donner au roi un héritier mâle s’avère un enjeu capital qui peut faire toute la différence.

Joliment cadré et photographié, mais plutôt convenu dans son propos général, le film de Karim Aïnouz, disons-le franchement, ne bouleversera pas notre vision d’Henry VIII, mais aura cependant le mérite de rendre justice à cette reine méconnue, et de donner à Jude Law un rôle inattendu dans lequel il peut donner toute la mesure de son talent – sa composition du roi surclasse largement celle de Jonathan Rhys-Meyers dans la série Les Tudor. Plus problématique, le choix d’Alicia Vikander, actrice suédoise, dans le rôle de Catherine Parr nous paraît un peu curieux. Pas sûr que le public britannique apprécie…

Pierre Marcellesi

 

Date de dernière mise à jour : 05/04/2024

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