Démission de Macron : une hypothèse crédible après les législatives ?

Alors que le spectre d'une lourde défaites aux élections législatives s'approche, Emmanuel Macron pourrait-il abréger son mandat ?

Macron démissionne, devient un rival potentiel de Hollande en 2017 – L 'Express

La petite musique a commencé à être jouée dès l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale et des premières projections de résultats concernant les élections législatives à venir. La probable absence de majorité absolue à l'Assemblée nationale, l'extrême-droite et l'union de la gauche qui devraient compter le plus de députés et la mise en minorité des députés macronistes : un cocktail explosif qui devrait ouvrir une inconnue période de cohabitation. Personne n'aurait de majorité à l'Assemblée, le gouvernement serait composé d'on ne sait qui si aucune majorité absolue ne se dégage et, au milieu de tout ça, le lanceur de la "grenade dégoupillée" -le président de la République- dont le rôle serait inconnu. De là à démissionner plutôt que d'être cantonné à une simple fonction honorifique ?

Balayons tout de suite l'hypothèse : Emmanuel Macron ne démissionnera pas. Du moins, c'est ce qu'il a dit. D'abord dans Le Figaro Magazine, puis dans une lettre adressée aux Français. "Vous pouvez me faire confiance pour agir jusqu'en mai 2027 comme votre Président", a-t-il écrit à la population. Un engagement complété d'un propos qui dessine déjà les contours de sa future mission. Le chef de l'Elysée se voit comme un "protecteur à chaque instant de notre République, de nos valeurs, respectueux du pluralisme et de vos choix, à votre service et à celui de la Nation."

Garder un contrôle sur le pays

Il faut dire que, même dans le cadre d'une cohabitation, une démission ne changerait rien puisque la composition de l'Assemblée nationale restera obligatoirement la même pendant un an, comme le prévoit la Constitution. La convocation d'une élection présidentielle anticipée n'aurait donc aucune conséquence.

Par ailleurs, le président de la République conserve des prérogatives importantes, même sans majorité au Parlement. Premièrement, c'est lui qui signe les décrets et ordonnances -des "lois" décidées par les ministres sans vote du Parlement- et peut donc les bloquer en cas de désaccord. Temporairement et symboliquement car le Premier ministre peut alors transformer le texte en un projet de loi soumis au Parlement qui, s'il est adopté, s'inscrira alors dans la loi.

Aussi, "Emmanuel Macron peut avoir son mot à dire sur le ministère de la Défense, dans la mesure où la Constitution place le président en tant que chef des armées, et dans le choix du ministre des Affaires étrangères, puisque toujours en raison de la Constitution, le président est celui qui négocie les traités internationaux et est garant de l'indépendance nationale", explique le politologue Dominique Rousseau auprès du Point.

Sur la question de la défense nationale, Emmanuel Macron reste également le seul maître de la force nucléaire puisque c'est uniquement lui qui peut donner l'ordre d'engagement. Enfin, il garde (un peu) la main sur l'administration de l'Etat puisque c'est lui qui nomme aux emplois civils et militaires, notamment les préfets.

Rester pour affaiblir l'opposition ?

Par cette dissolution, certains voient en Emmanuel Macron le calcul de mettre aux commandes du pays une formation politique afin de la discréditer auprès des Français en vue de la présidentielle de 2027, tout en ne lui confiant pas l'intégralité des clés du pays.

"En conservant sa fonction symbolique et d'expression publique pour tenir le compte des échecs et des contradictions du RN au pouvoir", Jérôme Jaffré imagine ainsi le chef de l'Etat "aider à l'émergence d'un bloc central rénové en 2027 et même à la mise sur orbite de son candidat." Pour le directeur du Centre d'études et de connaissance sur l'opinion publique, "Macron redeviendrait un point d'appui pour tous ceux qui ne veulent pas d'une installation durable du RN aux manettes du pays", comme il l'a confié au Figaro.

Une démission contrainte par un blocage institutionnel ?

Difficile donc d'imaginer Emmanuel Macron démissionner.. Mais des surprises restent possibles, comme celle de l'annonce de la dissolution de l'Assemblée au soir du 9 juin. L'événement a été une preuve de la capacité du chef de l'Etat à prendre des décisions radicales et contraires à ses précédentes affirmations sans prévenir. Pour rappel alors que le RN exigeait une dissolution en cas de victoire aux élections européennes, le Président avait rétorqué dans un entretien pour La Tribune Dimanche et La Provence que "l'élection des députés européens" appellerait une "conclusion d'abord européenne" et non nationale... Le chef de l'Etat peut donc encore changer d'avis sur sa démission.

D'autant qu'une démission présidentielle est de plus en plus considérée comme un scénario possible après les législatives dans un cas de figure en particulier. Si aucune force politique n'obtient de majorité franche à l'Assemblée nationale, le gouvernement pourrait être plongé dans un blocage institutionnel et devenir incapable de faire passer un texte de loi. Emmanuel Macron pourrait alors juger que la seule solution pour sortir de l'impasse serait de démissionner et d'organiser une nouvelle élection présidentielle. Mais cette option présente des failles, car l'élection d'un nouveau président ne résoudrait pas le problème du blocage institutionnel dans l'hémicycle.

Macron peut-il démissionner pour se représenter à une présidentielle ?

Mais si Emmanuel Macron envisageait de démissionner pour pouvoir se représenter en 2027 ? C'est ce que soupçonnent plusieurs internautes sur les réseaux sociaux, mais cette hypothèse n'est pas crédible. Une démission ne permettrait pas au chef de l'Etat d'être élu une troisième fois car l'article 6 de la Constitution limite à deux le nombre de mandats consécutifs possible à la tête de l'Etat : "Le président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct. Nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs". Une démission ne change en rien le fait qu'Emmanuel a déjà effectué deux mandats, même si le second n'est pas complet. Au contraire, démissionner après les législatives priverait le chef de l'Etat de ses trois dernières années de présidence avant une possible nouvelle candidature en 2032.

La Rédaction

Date de dernière mise à jour : 26/06/2024

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