Agriculture, éducation, salaires, santé : ce qu'il faut retenir du discours de Gabriel Attal

Trois semaines après sa nomination comme Premier ministre, Gabriel Attal a prononcé sa déclaration de politique générale ce mardi devant les députés. Voici ce qu'il faut en retenir.

Trois semaines après sa prise de poste à Matignon, Gabriel Attal a prononcé ce mardi son discours de politique générale devant l'Assemblée nationale. Le Premier ministre a longuement évoqué l'agriculture, en pleine gronde du monde paysan, le travail, l'éducation et la transition écologique.

Juste avant le début de la déclaration de politique générale du Premier ministre, les groupes de gauche ont déposé une motion de censure à l'Assemblée nationale, a annoncé la présidente de l'institution, Yaël Braun-Pivet, à l'ouverture de la séance. LFI, socialistes, Verts et communistes présentent leur démarche comme une "motion de défiance" contre Gabriel Attal, en lui reprochant de ne pas solliciter de "vote de confiance" de l'Assemblée.

Discours de politique générale : Gabriel Attal plaide pour une « exception  agricole française »

"La France ne sera jamais un pays qui subit, ni hier, demain", a commencé le Premier ministre, évoquant les crises "énergétique, l’inflation, la menace terroriste" qui "se superposent, s’enchevêtrent et s’additionnent. Elles n’offrent aucune solution miraculeuse, mais méthodiquement, avec les Français, nous y répondrons !" a-t-il assuré.

"Dans un monde où tout s'accélère et se transforme, je refuse que notre identité puisse se diluer ou se dissoudre", a déclaré Gabriel Attal. "La France a son rang à tenir, sa voix à faire entendre, sa singularité à imposer : nous avons une fierté française à maintenir, une fierté européenne à consolider", a poursuivi le chef du gouvernement.

"Il faut une exception agricole française"

Sur la crise agricole en cours, "nous serons au rendez-vous, sans aucune ambiguïté", a assuré le chef du gouvernement, assumant une "exception agricole française".

"Notre agriculture est notre force, et notre fierté aussi", a affirmé Gabriel Attal qui a salué "nos agriculteurs, nos pêcheurs, qui travaillent matin, midi et soir pour nous nourrir". Pour répondre à la gronde paysanne, "supprimer des normes, c'est possible : vendredi dernier, j'ai annoncé la suppression de 10 normes nationales pour nos agriculteurs - et beaucoup d'autres suivront !", a assuré le Premier ministre.

Gabriel Attal a promis que "d'ici le 15 mars", "toutes les aides de la PAC seront versées sur les comptes bancaires" des agriculteurs. Concernant les viticulteurs, il a annoncé le "déblocage de nouveaux moyens avec un fonds d’urgence avant la fin de la semaine", sans détailler davantage.

"Le travail doit payer mieux que l'inactivité"

"Ma priorité est claire, favoriser le travail", a dit Gabriel Attal, qui a annoncé une réforme sur les bas salaires pour "désmicardiser" la France. "Nous devons faire évoluer un système qui nous a conduits, depuis des décennies, à concentrer nos aides, nos exonérations, au niveau du Smic", a déclaré le chef du gouvernement.

Le Premier ministre souhaite aussi "aller plus loin" dans la réforme de l'assurance-chômage : les chômeurs en fin de droits n'auront plus d'allocation spécifique de solidarité permettant "sans travailler, de valider des trimestres de retraite" et basculeront au Revenu de solidarité active (RSA). Il a également annoncé la généralisation à tous les départements du dispositif qui conditionne le RSA à 15 heures d'activité par semaine, d'ici le 1er janvier 2025.

Par les annonces sur la thématique du travail, dont le Premier ministre a longuement parlé, Gabriel Attal a enfin demandé aux ministères d'expérimenter "la semaine en quatre jours", "sans réduction du temps de travail", dans leurs administrations et demandé que "désormais, dans l'État, les personnels d'entretien de l'administration qui le souhaitent puissent travailler aux mêmes horaires que tout le monde, c'est-à-dire aux horaires de bureau", souhaitant "donner l'exemple s'agissant de l'organisation du travail".

Logement : un "choc de l'offre" pour "déverrouiller" le secteur

En matière de logement, Gabriel Attal affirme vouloir créer un "choc de l'offre" pour "déverrouiller" le secteur, en "simplifiant massivement les normes", notamment en revoyant notamment le diagnostic de performance énergétique (DPE) et en simplifiant l'accès à MaPrimeRénov.

Le Premier ministre propose de désigner 20 territoires où accélérer les procédures afin de créer 30.000 nouveaux logements d'ici trois ans. Il veut aussi poursuivre la réquisition de bâtiments vides.

Pour inciter les maires à développer du logement social, "nous allons [leur] donner la main pour la première attribution dans les nouveaux logements sociaux construits sur leur commune", a-t-il poursuivi. Le gouvernement entend également "faire évoluer" le monde du logement social afin de "soutenir les classes moyennes", a précisé M. Attal : "Vous le savez, d'ici 2025, toutes les communes soumises à la loi SRU doivent posséder au moins un quart de logements sociaux sur leur territoire. Nous proposerons d'ajouter pour une part les logements intermédiaires, accessibles à la classe moyenne, dans ce calcul", a déclaré le Premier ministre.

Santé : "Quand on ne vient pas sans prévenir, on paye"

Pour réduire le nombre de rendez-vous médicaux non honorés par les patients, qui font perdre "des millions d'heures" de temps médical, Gabriel Attal s'est dit favorable à ce que le patient "paie" quand il n'honore pas une consultation. "Quand on a un rendez-vous chez le médecin et qu'on ne vient pas sans prévenir, on paye", a-t-il martelé.

Pour lutter contre les déserts médicaux, il envisage de "restaurer" des "obligations de garde" pour les médecins libéraux dans les départements mal pourvus, "en soirée ou le week-end, dans leurs cabinets, à l’hôpital ou en maisons de santé". Il a aussi annoncé "la régularisation des médecins étrangers sur notre territoire", ainsi que la nomination d'une émissaire pour aller "chercher à l'étranger des médecins qui voudraient venir exercer en France".

Quant aux infirmières anesthésistes, qui sont à bac+5, elles "doivent pouvoir entrer directement en troisième année de médecine" si elles ont plusieurs années d'expérience, a fait valoir le Premier ministre.

Côté soins, M. Attal a annoncé également une augmentation du tarif de remboursement de la consultation d'un psychologue dans le cadre du dispositif "MonSoutienPsy", qui "n'a pas donné les résultats escomptés". "Nous allons augmenter le tarif de la consultation remboursée pour limiter au maximum le reste à charge pour les jeunes patients et leurs familles", a-t-il dit. "Pour lever tous les verrous, nous permettrons aussi aux jeunes d'avoir accès directement à un psychologue, sans nécessairement passer par un médecin", a-t-il ajouté.

Le chef du gouvernement a par ailleurs indiqué que la réforme de l'Aide médicale d'État (AME) pour les étrangers sans papiers aurait lieu "avant l'été". Sur cette question, il a assuré qu'il tiendrait "l'engagement" de sa prédécesseure, Elisabeth Borne. Mme Borne l'avait promis à la droite lors des négociations sur le projet de loi immigration. "Nous le ferons avant l'été par voie réglementaire", sur la base du rapport de l'ex-ministre PS Claude Evin et de Patrick Stefanini, figure de LR, a-t-il précisé.

Enfin, le Premier ministre a annoncé une revalorisation de salaire et une prime exceptionnelle pour les infirmières scolaires, estimant qu'elles "accomplissent un travail remarquable" : "J'ai décidé de verser en mai prochain aux infirmières scolaires une prime exceptionnelle de 800 euros et de revaloriser leur salaire de 200 euros nets par mois en moyenne à compter de cette date", a déclaré Gabriel Attal, selon qui "pour la santé et notamment la santé psychologique, les infirmières scolaires sont des relais essentiels auprès des élèves". "Nous devons recruter davantage d'infirmières scolaires et mieux reconnaître leur engagement", a-t-il martelé.

Éducation : création de "travaux d'intérêt éducatif"

L'ancien ministre de l'Éducation a annoncé une nouvelle peine "équivalente" aux travaux d'intérêt général pour les moins de 16 ans, des "travaux d'intérêt éducatif", selon un principe simple : "Tu casses, tu répares ; tu salis, tu nettoies ; tu défies l'autorité, on t'apprend à la respecter", a martelé le chef du gouvernement. "Je ne me résoudrai pas à ce qu'on préfère attendre avant de donner une lourde peine, alors que bien souvent, c'est très tôt qu'il aurait fallu agir", a-t-il ajouté.

Des "travaux" seront également lancés pour généraliser le Service national universel (SNU) "à la rentrée 2026". Le président Emmanuel Macron avait annoncé à la mi-janvier que son gouvernement irait vers "une généralisation du service national universel" en classe de seconde. Promesse de campagne du chef de l'État, le SNU a été lancé en 2019. Il comporte un "séjour de cohésion" et une "mission d'intérêt général" et ne concerne jusqu'à présent que des jeunes volontaires.

L'accompagnement des enfants en situation de handicap pendant la pause de midi par un ou une AESH (personnel dédié) à l'école sera désormais financé par l'État, a aussi annoncé le Premier ministre. "Depuis des années, l'État et les collectivités se renvoient la balle sur la prise en charge des AESH sur la pause du midi. Résultat, dans beaucoup d'endroits, personne ne le finance", a déclaré Gabriel Attal. "La conséquence, c'est une double défaite : des élèves pas suffisamment bien accompagnés au moment du repas, et des AESH qui ne peuvent faire un temps complet pour améliorer leur rémunération", a-t-il ajouté. "Il faut sortir de cette situation. L'État prend ses responsabilités et financera désormais l'accompagnement des enfants en situation de handicap sur le temps du déjeuner en lieu et place des collectivités locales", a encore dit le Premier ministre.
Côté soins, M. Attal a annoncé également une augmentation du tarif de remboursement de la consultation d'un psychologue dans le cadre du dispositif "MonSoutienPsy", qui "n'a pas donné les résultats escomptés".

Un plan de réduction de la pollution plastique

Sur la question de l'environnement, le Premier ministre a défendu l'ambition de "la planification écologique", qui doit faire baisser les émissions de gaz à effet de serre françaises de 55% d'ici 2030.

Assumant de faire partie d'un gouvernement "pro-énergie nucléaire", une "fierté" française, Gabriel Attal a assuré que l'EPR de Flamanville, dont la construction se prolonge depuis 2007, serait "opérationnel" cette année. "Nous allons continuer la montée en puissance de notre parc nucléaire, investir massivement dans les programmes. Et cette année, l'EPR de Flamanville sera opérationnel", a-t-il affirmé.

Le Premier ministre a aussi annoncé son intention de lancer un plan de réduction de la pollution plastique visant les 50 sites les plus générateurs d'emballages plastiques en France. Une initiative semblable avait été annoncée fin 2022 concernant les industries émettant le plus de gaz à effet de serre.

Gabriel Attal déposera "un deuxième projet de loi industrie verte", a-t-il affirmé. Le Parlement a adopté le 11 octobre un premier projet de loi industrie verte, avec pour objectif de permettre de réindustrialiser le pays tout en favorisant la transition écologique. Il visait à "diviser par deux" les délais d'implantations d'usines, aujourd'hui estimés à 17 mois, en anticipant les procédures administratives.

Il a par ailleurs annoncé une réforme du régime des catastrophes naturelles qui permet de rembourser les dégâts après de graves intempéries, pour éviter que des assureurs ne refusent de couvrir les biens dans certaines régions.
"Nous ferons évoluer le régime de catastrophes naturelles pour le moderniser et éviter que certains assureurs n'abandonnent les territoires les plus à risques", a promis le chef du gouvernement.

Gabriel Attal souhaite enfin lancer en 2027 un "service civique écologique" qui réunira 50.000 jeunes désireux de "s'engager concrètement pour le climat" : "Réussir la transition écologique est le défi de notre génération. Notre jeunesse veut s'engager, participer, aider. Elle se demande comment être utile pour la planète".

"Responsabilité budgétaire" et "débureaucratisation"

Le Premier ministre a affirmé vouloir "tenir le cap" d'un retour du déficit public sous les 3% du PIB d'ici à 2027, grâce notamment à "la maîtrise de nos dépenses" et non à "trop d'impôts", évoquant une "responsabilité budgétaire" et ajoutant que "les premières propositions d'économies pour le prochain (budget) seront annoncées dès le mois de mars".

Il s'est lancé également dans un plaidoyer pour la "débureaucratisation" du pays, soulignant les "60 milliards d'euros" perdus chaque année "à cause des démarches et des complexités du quotidien". Il a annoncé le lancement "après l'été" d'une nouvelle étape de la réforme du droit du travail, pour "libérer les énergies de nos TPE et PME", en "simplifiant considérablement leur quotidien et en leur permettant de négocier certaines règles directement, entreprise par entreprise".

Pour lui cette volonté de simplification "ne se limite pas au travail" : "Nous évaluerons les normes qui peuvent être supprimées ou simplifiées, avec les Français, avec les professionnels, avec les élus, nous regarderons les démarches qui peuvent être améliorées, tous les sujets sont sur la table", a-t-il dit.

Le Premier ministre a indiqué aussi qu'il serait possible "dès cette année" de porter plainte en ligne*, "partout sur le territoire". "La bureaucratie qui recule, c'est la liberté qui avance",* a-t-il conclu.

Un projet de loi sur l'aide active à mourir "avant l'été"

Dans un des rares moments de calme de cette déclaration de politique générale, le Premier ministre a annoncé un projet de loi sur l'aide active à mourir "avant l'été", tout en promettant de renforcer "considérablement" les unités de soins palliatifs.

"On ne peut légiférer sur la fin de vie qu'avec la plus grande prudence, la plus grande retenue et le plus grand respect", a dit Gabriel Attal. "Aujourd'hui, nos compatriotes appellent à revoir notre droit" , a souligné le Premier ministre. "C'est un appel grave, auquel nous devons répondre. Nous y répondrons", a-t-il promis, en souhaitant que le débat sur ce sujet délicat puisse " se tenir dans une volonté d'équilibre et dans le respect des convictions de chacun".

Fin décembre, le président Emmanuel Macron avait évoqué la présentation d'un texte sur cette aide active à mourir "en février" après l'annonce "en janvier" d'un plan stratégique décennal sur les soins palliatifs, toujours pas dévoilé à ce jour.

Pour démontrer que sur des questions de société, "les mentalités évoluent", le Premier ministre Gabriel Attal a fait référence, lors de ce moment politique solennel, à son homosexualité : "Être Français en 2024, c'est dans un pays qui, il y a dix ans seulement, se déchirait encore sur le mariage pour tous, pouvoir être Premier ministre en assumant ouvertement son homosexualité", a-t-il déclaré dans les phrases de clôture de son discours. "De tout cela, je vois la preuve que notre pays bouge, la preuve que les mentalités évoluent", a-t-il ajouté.

La Rédaction Service politique

 

Date de dernière mise à jour : 30/01/2024

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